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En RDC, l’accès au livre reste un défi

En RDC, l’accès au livre reste un défi 2020-02-14
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Même si le pays n’imprime quasiment aucun livre, des passionnés se démènent pour faire exister des librairies. Et Kinshasa a sa Fête du livre, qui doit débuter vendredi.

A quelques pas de la place Victoire, une petite boutique détonne dans la tentaculaire capitale congolaise. Etroite et sans prétention, la vitrine respire à peine, coincée entre un snack et un réparateur de téléphone, invisible pour le piéton lambda le nez sur ses chaussures pour éviter trous et flaques des trottoirs de Kinshasa. Mais celui qui lève les yeux sur la boutique découvre une promesse en guise d’enseigne, car Pêle-Mêles’est rebaptisée « maison du savoir ».

La librairie s’ouvre sur un espace exigu, abrité par un toit en tôle transparente. Biographie du général de Gaulle, le Larousse des médecines douces, des polars en format poche… Une foule de livres d’occasion sont soigneusement rangés dans l’allée principale et sur de hautes étagères. Dada Ngita, le propriétaire du lieu, vend principalement des ouvrages de seconde main pour un coût moyen de 5 dollars pièce contre 20 dollars pour un neuf. Pendant les soldes, il brade même à moins de 2 dollars et ses tarifs sont négociables. Des prix qui ne sont toutefois pas à la portée de toutes les bourses dans un pays où le salaire moyen mensuel s’élève à 36 dollars, selon la Banque mondiale. Mais cela n’empêche la ville d’organiser du vendredi 14 au samedi 22 février la Fête du livre, l’occasion pour les Kinois de se familiariser avec une denrée qui reste rare.

« Au début, on m’a pris pour un fou »

L’idée de Dada Ngita, qui vit entre Bruxelles et Kinshasa, est justement « de donner au plus grand nombre l’accès aux livres ». Sinon, il ne serait pas rentré au pays et n’aurait pas bravé les moqueries. Car, au début, on l’a regardé d’un drôle d’œil : « On s’est étonné que je quitte l’Europe pour venir vendre des livres ici ! On m’a pris pour un fou. Mais j’ai persévéré et maintenant on me félicite », sourit le libraire qui emploie aujourd’hui six personnes.

Cet amoureux des livres a commencé l’aventure en répondant à une demande spécifique : une envie de dictionnaires. « Et puis, petit à petit, j’ai eu des demandes pour d’autres livres », raconte-t-il. Alors, il s’est lancé et a installé son petit magasin sur la parcelle familiale. Sans ce bout de terrain, il n’aurait pas pu payer de loyer. Et comme la plupart des bouquinistes de la ville, il aurait dû opter pour la vente de rue. C’est le cas de Flory Gebanda, qui chaque jour déballe son stock sur le trottoir, devant les bâtiments de l’administration aérienne.

Cet ancien électricien préside depuis plus de vingt ans l’Association des bouquinistes de Kinshasa et vend les mêmes gros succès que Dada : les romans Harlequin à l’eau de rose, des policiers type SAS ou des Agatha Christie. Enfin, après les livres professionnels, car « le gros de la clientèle ici, ce sont des magistrats qui viennent acheter des livres de droit, des économistes et des informaticiens aussi ». La lecture plaisir vient après.

Flory achète ses livres chez des collègues bouquinistes de Kinshasa ou fait appel à ses connaissances qui voyagent en Europe. Quand Dada, lui, se fournit exclusivement à Paris et Bruxelles, écumant les marchés et les abords des magasins d’occasion comme Gibert Joseph. Ses conteneurs de livres, stockés dans un entrepôt de Bruxelles, prennent la route d’Anvers et embarquent par cargo jusqu’à Matadi : 6 500 euros l’unité ! S’il faut faire traverser l’océan Atlantique au Crime de l’Orient-Express et autres Windows 10 pour les nuls, c’est que presque aucun livre n’est édité ou imprimé en RDC.

« Même les écoles n’ont pas de livres »

Si le livre est donc un luxe à Kinshasa, dans les provinces il est encore plus difficile de s’en procurer. Des ONG tentent bien d’en introduire à l’est de la RDC, meurtri par plus de vingt ans de guerres, à l’instar de Books for Congo, créée il y a deux ans par une jeune Américaine. Pas moins de 60 000 pièces ont déjà été distribuées à des bibliothèques de Goma, de Bukavu et à des petits villages isolés, mais cela ne suffit pas. « Même les écoles n’ont pas de livres. La plupart des jeunes arrivent au niveau universitaire sans avoir eu l’occasion de voir une bibliothèque », pose Ergy Kabonga, le coordinateur local du projet. A terme, le projet de l’ONG est d’ouvrir de vraies bibliothèques dans toutes les grandes villes du pays. Mais il reste un peu de chemin avant d’y parvenir.

A Kinshasa, les étudiants fréquentent les bibliothèques universitaires, mais peu de grosses structures sont ouvertes au public. L’une d’elles est la médiathèque de l’Institut français, qui dispose d’un confortable budget de 10 000 euros annuels pour l’achat de livres. Avec Culturetech, la médiathèque permet aux Kinois abonnés un accès en ligne à la plateforme de journaux, de livres et de BD depuis chez eux.

Aussi rare soit-il dans la ville, le livre a ses passionnés qui, à l’instar de Soraya Odia, partagent leurs lectures. En parallèle de son blog Majuscaux, la jeune diplômée en économie a lancé un club de lecture sur les réseaux sociaux. Son groupe d’une dizaine de jeunes se réunit chaque mois pour discuter autour d’un goûter. Dimanche dernier, Paulo Coelho était à l’honneur et les débats étaient enflammés. « On dit toujours que les Congolais n’aiment pas lire, je déteste entendre ça, observe la jeune femme à l’enthousiasme communicatif. C’est comme pour la raclette, comment on peut dire je n’aime pas si on n’a jamais essayé ? »

Juliette Dubois(Kinshasa, correspondance)
Le Monde / MCP, via mediacongo.net
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1 commentaire(s)

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Salima | TTYVYQL - posté le 14.02.2020 à 14:19

Et pourtant il y a ce qu'on clame haut la coopération intérieure! On coopère sur quoi au final si des choses basiques comme les livres qui aident y compris la fameuse francophonie sont rares.

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