
Culture
Paru en janvier 2020, le livre de troix cent vingt pages est l'oeuvre de l'écrivain français Paul Kawczak, qui vit au Canada depuis 2011. «Ténèbre» est écrit sans « s » pour que cette «Ténèbre» soit « totale », a expliqué l'auteur.
Le récit du livre se déroule à la fin du XIXe siècle, principalement au Congo, au lendemain de la conférence de Berlin qui a consacré le partage de l'Afrique par les grandes puissances. « Une haine blanche assoiffée de pays qu’elle haïssait comme sa propre vie, qu’elle haïssait comme on aime, obscène et frissonnante d’excitation. L’histoire qui suit est celle d’un suicide blanc dans un monde sans Christ ; celle d’un jeune homme oublié dans un labyrinthe de haine et d’aveuglement : l’histoire du démantèlement et de la mutilation de Pierre Claes», a indiqué l'auteur dans le livre.
Le livre raconte l'histoire de Pierre Claes, un jeune géomètre belge, originaire de la ville de Bruges, mandaté par le roi Léopold II pour y « découper un territoire volé ». C'est ainsi que Pierre Claes débarque en mars 1890 dans un port du Congo. Sur place, explique ledevoir.com, le géomètre va s’assurer les services de Xi Xiao, un ancien bourreau chinois adepte du lingchi - appelé aussi supplice des « cent morceaux » — venu tenter l’aventure africaine et qui y survit comme maître tatoueur et homme à tout faire.
Cette méthode de torture raffinée qu’il pratiquait consistait à prélever par tranches fines les muscles et les organes du supplicié, engourdi d’opium, jusqu’au coup de grâce. « Jamais n’avait-on vu encore, à une telle échelle, d’organisation si rationnelle et si intéressée de la mort. En chaque coin du pays, des subordonnés de cet État mortifère et raciste, amorçant ce qui reviendrait, en dernier lieu, au suicide de leur propre civilisation, assassinaient par centaines de milliers des vies africaines qu’ils eurent voulu oublier dans les brumes de leur délire.
Le sang et la boue se mêlaient au sol comme ces insectes qui s’aiment d’une étreinte mécanique et furieuse, se dévorant le cou, les yeux ouverts sur la mort, le fond impossible de la vie », indiquePaul Kawczak, à la page 246 du livre.
« Ma première source d'inspiration, c'était de travailler sur la mutilation, notamment à partir de textes de Georges Bataille qui parlent de la découpe humaine qui se pratiquait en Chine. Je voguais moi-même dans la littérature d'aventures puisque ma thèse portait sur le roman d'aventures. J'ai vu qu'il y avait eu beaucoup de mutilations symboliques ou véritables au Congo. J'ai donc voulu faire ressortir une réflexion sur une certaine violence morbide qui serait sous-jacente, intrinsèque dans l'entreprise coloniale occidentale », a dit l'auteur lors d'une interview avec le magazine canadien TJ Extra, de Radio Canada.
« Le Congo de Léopold II appartenait au roi en personne, et pas à la Belgique. C’était le projet d’un seul homme, une entreprise commerciale. On a donc là le croisement de la privatisation capitaliste, de la course effrénée au profit, de la colonisation, qui donnera en fin de compte quinze millions de morts, pour satisfaire des investissements… On n’est pas loin du tout de la situation actuelle, où la planète brûle, et des gens meurent, pour satisfaire les actionnaires. Pour moi, le Congo de Léopold II est le premier acte de la grande tragédie de l’Occident moderne, la première fois qu’on a industrialisé de la mort », a signifié l'auteur.
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