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Covid-19: à quand un vaccin?

Covid-19: à quand un vaccin? 2020-05-07
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Un ingénieur travaillant sur un vaccin contre le coronavirus à Beijing, en Chine, le 29 avril 2020. — © NICOLAS ASFOURI/AFP

Près de 80 recherches sont en cours dans le monde pour élaborer un vaccin contre le SARS-CoV-2. Plusieurs ont commencé les essais cliniques sur l’homme, et pourraient aboutir d’ici quelques mois. Mais les vaccins à venir seront-ils efficaces? La question reste posée.

La science ne dispose, à l’heure actuelle, d’aucun remède efficace contre le nouveau coronavirus. Dans un contexte de pandémie, tous les regards se tournent dès lors vers un possible vaccin. Sur le sujet, les articles se succèdent, suscitant tous l’espoir. Hier, le groupe chinois Sinovac Biotech s’est dit prêt à produire 100 millions de doses par an de son «Coronavac», qui n’en est encore qu’au stade expérimental. A Berne, Martin Bachmann, responsable du département d’immunologie de l’université, a récemment annoncé qu’il pourrait aboutir à l’automne. Mais comment les laboratoires fabriquent-ils ce fameux vaccin? Le point en sept questions.

Combien de vaccins sont-ils en lice?

Le dernier décompte de l’Organisation mondiale de la santé date du 26 avril 2020. A cette date, 79 recherches étaient en cours pour un vaccin, dont sept étaient en phase clinique, c’est-à-dire qu’elles avaient commencé des essais sur l’homme afin de vérifier en premier lieu l’innocuité du vaccin, c’est-à-dire déterminer s’il provoque des effets secondaires. Parmi ces projets se trouvent trois recherches en Chine: celle de Sinovac, celle de CanSino Biological et celle de l’Institut des produits biologiques de Pékin, en association avec l’Institut de Wuhan.

Un autre projet est porté par l’Université d’Oxford, l’une des références dans la fabrication de vaccins au niveau mondial, et avec qui travaille notamment Martin Bachmann, à Berne. La firme américaine Inovio Pharmaceuticals en développe également un, ainsi que l’Institut national des maladies allergiques et infectieuses, situé aux Etats-Unis. Enfin, un dernier projet est mené par un consortium composé de la firme allemande BioNTech, de son partenaire chinois Fosun Pharma et de la multinationale américaine Pfizer. Qui sera sur le podium? Il est trop tôt pour le savoir.

Comment fabrique-t-on un vaccin?

Le premier vaccin a été inventé en 1796 par Edward Jenner. A cette époque, où sévissait la variole, le médecin anglais avait remarqué que les fermiers étaient moins touchés par la maladie, et que leurs vaches présentaient des croûtes ressemblant aux lésions provoquées par la maladie chez les humains. «Il a fait un essai, en inoculant ces croûtes au fils de sa femme de ménage, raconte Alessandro Diana, médecin associé en maladies infectieuses dans le service de l’enfant et adolescent des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Cela a marché! Il l’ignorait, mais la variole bovine, différente de la variole humaine, fait naître des anticorps chez l’homme. Ce sont des petits soldats qui neutralisent la maladie.» C’est ainsi qu’est née la première vaccination, terme qui vient du mot latin vacca, soit «vache». Depuis cette date, le principe est resté le même.

«C’est un peu plus facile de fabriquer des vaccins contre les virus que contre les parasites, qui se transforment tout le temps, précise Blaise Genton, responsable de la policlinique de médecine tropicale et des voyages à Unisanté et chef de projet à l’Institut tropical et de santé publique suisse à Bâle. Donc je pense qu’on peut trouver un vaccin contre le SARS-CoV-2. Il n’empêchera peut-être pas totalement la venue de la maladie, mais il peut en diminuer les complications.»

Est-ce plus compliqué pour un coronavirus?

Il est vrai que pour les coronavirus humains précédents, comme le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) ou le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS-CoV), aucun vaccin n’a été fabriqué. Mais l’ampleur de l’épidémie était moindre, et donc la recherche a été limitée. Il existe en revanche des vaccins contre des coronavirus vétérinaires. Selon les recherches déjà publiées, ce nouveau coronavirus provoque une réaction immunitaire dans l’organisme, et il n’est donc pas impossible de créer un vaccin.

Il faut noter que la compétition est telle, et les enjeux sont si grands, que les résultats préliminaires de la plupart des études n’ont pas été publiés. Les informations qui filtrent sur les recherches viennent donc des laboratoires eux-mêmes, qui défendent leur propre technique. Il faudra attendre pour lire des résultats fiables sur le sujet.

Quelles sont les méthodes utilisées par les scientifiques ?

Depuis la fin du XVIIIe siècle, les techniques ont quelque peu évolué. On n’inocule plus la maladie elle-même, mais un organisme qui lui ressemble, afin de flouer le corps humain. «Celui-ci croit qu’il est en présence d’un terroriste, et lance donc toutes ses troupes, qui seront efficaces pour le protéger vraiment de la maladie», explique l’infectiologue Alessandro Diana en utilisant l’analogie de la guerre. Une fois cela dit, il existe plusieurs méthodes pour fabriquer ce jumeau inoffensif du virus.

La première, choisie par deux des recherches menées en Chine, consiste à prendre une particule du virus et à l’inactiver, comme le vaccin contre la coqueluche, par exemple.

La deuxième consiste à mettre une des protéines qui enveloppent le coronavirus, appelée protéine Spike, dans un autre virus, afin que celui-ci se réplique dans le corps humain, et accélère la fabrication d’anticorps. C’est la technique qui a fait ses preuves pour le vaccin Ebola, et c’est aussi celle choisie par l’Université d’Oxford et Martin Bachmann à Berne, qui compte utiliser un vecteur viral venant des plantes. «La réponse immunitaire est généralement bonne avec ce type de vaccins, qui me paraît prometteur», relève Blaise Genton.

La troisième méthode, utilisée par Inovio Pharmaceuticals, consiste à injecter dans le corps humain une molécule des protéines du gène (ADN) ou du messager du gène (RNA) du coronavirus. La particule sera sélectionnée précisément afin de provoquer la meilleure réponse immunitaire possible. Problème: «Cette plateforme est récente et utilisée dans différentes recherches, mais elle n’a jamais produit de vaccin à ce stade», note-t-il.

Comment sait-on si un vaccin est efficace?

Des études cliniques, menées sur des panels de population réduits, peuvent rapidement montrer si un vaccin est sûr ou pas. Mais démontrer son efficacité est plus complexe. Après la phase 1 vient le temps de la phase 2, où l’équipe doit démontrer que le vaccin fonctionne dans une population restreinte, puis la phase 3, où les essais doivent avoir lieu par exemple sur 2000 à 5000 personnes. Cela prend du temps: il s’agit d’abord de vacciner ces gens, puis de voir, dans un contexte de pandémie, s’ils attrapent le virus ou pas.

Une procédure permettrait d’aller plus vite. Surnommée le «human challenge» (défi humain), elle consiste à sélectionner un groupe de personnes, de les vacciner, puis de leur inoculer le virus afin de voir s’ils le développent ou pas. Cette méthode est bien utilisée dans le cas des recherches sur la malaria. Mais si elle est autorisée par les comités d’éthique, c’est qu’un traitement existe contre cette infection.

Impossible, dans le cas du SARS-CoV-2, d’y avoir recours, car il n’existe pas de médicament pour soigner la personne si elle tombe vraiment malade, estime Marcel Tanner, président de l’Académie suisse des sciences et épidémiologiste. «Cela dit, on peut accélérer un peu les différentes phases cliniques nécessaires comme nous l’avons vu dans le cas Ebola et développer un bon vaccin, qui vise un haut niveau d’anticorps.»

Combien de temps peut-il nous protéger?

Attraper le coronavirus ne veut pas forcément dire en être protégé à jamais. D’ailleurs, quelques personnes l’auraient attrapé deux fois… Un bon vaccin pourrait surmonter ce problème. Mais rien ne dit qu’il provoquera une protection définitive – d’ailleurs il arrive que l’on doive se vacciner tous les ans, car les protéines de surface du virus se transforment et il faut adapter la formule (grippe) ou faire des rappels (tétanos ou encéphalite à tiques). «Le système immunitaire perd parfois la mémoire du virus, explique Alessandro Diana. Il peut suffire d’un simple rappel pour réactiver ses souvenirs. Mais à ce stade, on ne sait pas comment cela va se passer pour le coronavirus. Il faut avoir la modestie de dire qu’il y a quatre mois, on ne connaissait même pas son existence.»

Combien de temps cela va-t-il prendre?

Martin Bachmann, à Berne, maintient qu’il n’est pas irréaliste de viser le mois d’octobre pour avoir un vaccin prêt à être diffusé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) souligne l’incroyable réactivité de la communauté scientifique et rappelle que le premier essai de vaccin a démarré soixante jours à peine après que la séquence génétique du virus a été partagée par le Chine. «Mais malgré des procédures accélérées, relève l’institution, le développement d’un vaccin contre le Covid-19 prendra du temps.» Elle va aussi lancer de son côté un essai de solidarité pour le développement de vaccins, comme elle l’a fait pour les traitements contre le Covid-19. Contrôlé, randomisé, international et multisite, il «permettra d’évaluer simultanément les avantages et les risques de chaque vaccin candidat prometteur dans les trois à six mois suivant sa mise à disposition», ajoute-t-elle.

Trois projets suisses suscitent de l’espoir

Selon le chercheur bernois Martin Bachmann, nous pourrions compter sur un vaccin contre le Covid-19 d’ici à cet automne. Deux autres recherches menées en Suisse suscitent aussi un grand intérêt: celle de la start-up Innomedica, basée à Marly (FR), et celle de l’immunologue bâlois Peter Burkhard. Toutes trois développent des approches différentes, mais sur des bases comparables. Pour Marcel Tanner, président de l’Académie suisse des sciences, «il faut soutenir ces trois projets simultanément, car ils comptent parmi les quinze les plus prometteurs au niveau mondial. Sans compter que si l’un d’entre eux aboutit, les Suisses seront les premiers à en profiter – et bien sûr nous devrons collaborer afin de distribuer le vaccin à des pays bien plus pauvres que nous.»

Marie Maurisse
Le Temps / MCP, via mediacongo.net
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