mediacongo.net - Actualités - La chute du cardinal Angelo Becciu fait frémir le Vatican



Retour Religion

La chute du cardinal Angelo Becciu fait frémir le Vatican

La chute du cardinal Angelo Becciu fait frémir le Vatican 2020-09-25
http://www.mediacongo.net/dpics/filesmanager/actualite/2020_actu/10-octobre/12-18/Cardinal-angelo.jpg -

Pourquoi le pape François a demandé à l'ancien n°3 du Vatican, accusé de malversations financières dont il se défend, de quitter toute responsabilité.

L'homme était de petite taille mais il était l'un des plus puissants du Vatican. Le cardinal Angelo Becciu, 72 ans, a été démis de toutes ses fonctions par le pape François dans la soirée du 24 septembre. Dont celle de Préfet de la Congrégation pour la Cause des Saints, poste prestigieux, de niveau ministériel, qu'il occupait. Plus exactement, il a dû présenter sa démission à François qui l'a acceptée sur-le-champ lors d'un entretien ombrageux de vingt minutes. Ce dernier l'avait pourtant nommé cardinal en juin 2018, signe éminent de la confiance qu'il avait en lui.

Un article sur des malversations financières impliquant l'argent d'Église que ce cardinal d'origine Sarde aurait couvertes et qui auraient profité à ses frères de sang, publié dans l'hebdomadaire de gauche, l'Espresso, à paraître ce week-end, a précipité la chute de celui qui occupa le poste stratégique de n°3 du Saint-Siège de 2011 à 2018.

La «méthode Becciu»

Que lui reproche-t-on ? Une première alerte rouge sonna il y a un an dans le cadre d'une enquête sur l'acquisition, par le Vatican, d'un immeuble commercial dans un riche quartier londonien. Le nom du Cardinal Becciu circula alors. Il avait effectivement donné le feu vert à cette transaction complexe et risquée, loin des attributions habituelles de l'Église catholique mais sur des fonds de la Secrétairerie d'État. L'enquête est toujours en cours. Il a tout reconnu en considérant qu'il était de son devoir de « faire travailler l'argent des fonds de la secrétairerie d'État ».

Des sources vaticanes très informées indiquaient toutefois, vendredi, que d'autres montages financiers du même genre se seraient produits sous sa juridiction impliquant des hommes d'affaires italiens proches du cardinal et des circuits financiers très sophistiqués. Ce serait donc « la méthode Becciu » qui serait aujourd'hui publiquement remise en cause. En le chassant le pape donnerait un « signe spectaculaire » du ménage qu'il mène actuellement contre la corruption financière au Vatican « avec la même vigueur que sa bataille pour la transparence contre les affaires de pédophilie » assure ces sources.

En le chassant le pape donnerait un « signe spectaculaire  » du ménage qu'il mène actuellement contre la corruption financière au Vatican

Quant à l'article retentissant de l'hebdomadaire italien de gauche, l'Espresso, il certifie que le cardinal Becciu aurait versé au moins 100 000 euros de fonds d'Église dans une coopérative caritative, dirigée par son frère, en Sardaigne. Ce que le cardinal Becciu n'a pas nié, vendredi lors d'une conférence de presse, assurant que c'était dans ses « prérogatives » d'alors d'effectuer ce type de versement à finalité caritative et que cet argent était « toujours disponible » dans le diocèse sarde.

De même, a-t-il reconnu, vendredi, avoir fait travailler un autre de ses frères, menuisier, dans des travaux à la nonciature de Cuba où Angelo Becciu fut nonce apostolique – autre grief soulevé par le magazine – ne voyant pas en quoi c'était « illégal » d'autant qu'il aurait demandé « l'autorisation » à Rome. Il en revanche « nié absolument » la troisième accusation de la revue italienne d'avoir investi de l'argent d'Église dans l'entreprise de boissons et de bières de son… troisième frère.

«Je ne suis pas corrompu»

Mais il ne s'est en revanche pas exprimé sur la plus lourde accusation de l'article de l'Espresso, peu argumenté il est vrai, d'une série de montages incertains qui auraient fini par coûter « 450 millions d'Euros » au Saint-Siège selon l'hebdomadaire.

Depuis jeudi soir, le cardinal Becciu, un homme très pugnace, se déclare donc « innocent » et promet qu'il le prouvera. Il affirme que ce qu'a écrit l'Espresso est « totalement faux », qu'il n'a procédé à aucun « détournement de fonds ». Qu'il a accepté la décision du pape « par obéissance et amour de l'Église » mais qu'il a demandé le « droit » au pape d'organiser sa propre « défense » car son « honnêteté » ne saurait être remise en cause. « Ma conscience me dit que je ne suis pas corrompu » a-t-il encore insisté.

Toutefois, le fait rare d'une démission aussitôt acceptée par le pape suggère que le dossier ne serait pas sans fondement. Quand il y a doute, le Vatican protège d'ordinaire les prélats jusqu'au moment où la justice établit la preuve formelle d'une culpabilité. Ce fut typiquement le cas pour le cardinal Barbarin. Une décision immédiate du pape, qui plus est sur la base d'informations émanant de la magistrature italienne, indique au contraire que les éléments dont il dispose seraient suffisants pour trancher.

Le cardinal Becciu a accepté la décision du pape « par obéissance et amour de l'Église » mais qu'il a demandé le « droit » au pape d'organiser sa propre « défense »

Autre indice : les conséquences de cette décision d'application immédiate sont drastiques. Si Mgr Angelo Becciu garde son titre de cardinal, il n'en a plus aucune prérogative : à savoir l'élection d'un pape en cas de conclave dont il est désormais exclu et où il aurait joué un rôle de faiseur de pape et surtout l'arrêt instantané de sa fonction de conseiller du chef de l'Église catholique. Ce qui signifie une sortie brutale du cercle du pouvoir d'un homme d'Église qui a exercé depuis dix ans, des responsabilités décisives au cœur de l'administration vaticane. Au point d'avoir même été l'homme incontournable à une époque encore très récente. Cet homme de confiance qui ne l'est plus, réputé pour son efficacité opérationnelle, avait été ainsi choisi par le pape François pour reprendre en main l'Ordre de Malte, un dossier à haute charge financière, en février 2017, en tant que « délégué spécial » et avec « tous les pouvoirs ».

Avant d'être nommé il y a deux ans par François à la « cause des saints » comme l'on dit à Rome c'est-à-dire au ministère chargé d'instruire toutes les causes des béatifications et de canonisations, poste peu politique mais très honorifique et à dimension mondiale, il fut en effet le « Substitut » de 2011 à 2018. Ce nom trompeur ne désigne pas un strapontin. « Il sostituto » est encore moins un simple ministre de l'intérieur comme on peut le lire. Il est beaucoup plus.

Un choc sismique au Vatican

Le Substitut est surtout le secrétaire général de l'Église catholique. Dans son bureau converge informations et décisions venues du pape, du Secrétaire d'État (le premier ministre) mais de tous les ministères du Vatican – dont les finances, la communication – et de puissants bastions du Saint-Siège comme la gestion de la cité du Vatican, celle de la basilique Saint-Pierre, des musées du Vatican et...la gendarmerie vaticane donc le renseignement intérieur. Bref, la haute responsabilité qu'il a occupée, cumulerait en France le secrétariat général de l'Élysée, de Matignon et de tous les ministères.

D'où le choc sismique ressenti dans le petit monde du Vatican. C'est une figure et un homme fort qui tombe. Il avait été nommé par Benoit XVI au poste de Substitut mais a toujours été très fidèle au pape François qui le fit cardinal. Sa chute aura donc des répercussions sur le prochain conclave dont beaucoup commencent à parler à Rome.

Le Saint-Siège ne s'est donc pas répandu en commentaires sur cette affaire au parfum de scandale mais une réaction a été fort remarquée. Celle d'un autre cardinal. Il s'est publiquement réjoui de la décision du pape. Il s'appelle George Pell. Il est australien. François l'avait fait venir à Rome au début du pontificat comme ministre des finances pour remettre de l'ordre dans l'argent de l'Église.

Très vite Pell et Becciu se sont opposés car la Secrétairerie d'État dont le Sarde avait les clés n'a jamais voulu soumettre les comptes et les finances de la Secrétairerie d'État - le cœur de la curie romaine - à cette nouvelle entité financière. Ce nouveau ministère des finances voulu par François avait pourtant été confié à l'Australien qui devait avoir aussi le contrôle de gestion.

Le cardinal Pell a alors connu de violents ennuis judiciaires sur des questions de pédophilie dont il s'est toujours défendu et dont il vient seulement de se sortir mais qui l'ont amené à quitter Rome et sa fonction. Il a publié jeudi soir ces quelques lignes : « le Saint-Père a été élu pour nettoyer les finances du Vatican. Il joue sur le long terme et doit être remercié et félicité pour ces récents développements. J'espère que le ménage des écuries continuera ».

Jean-Marie Guénois
Le Figaro / MCP, via mediacongo.net
407 suivent la conversation
1 commentaire(s)

Faites connaissance avec votre « Code MediaCongo »


Vous avez sans doute remarqué un nouveau code à 7 caractères affiché à droite de votre Nom/Pseudo, par exemple « AB25CDF ».
Il s’agit de Votre Code MediaCongo, unique à chaque utilisateur, et qui permet de faire la différence entre utilisateurs ayant le même Nom ou Pseudo.

Nous avons en effet reçu des réclamations d’utilisateurs se plaignant de confusion dans les commentaires ou dans les « Petites annonces » avec d’autres utilisateurs ayant respectivement les mêmes noms.

Notre seul objectif et engagement est de continuer de vous offrir un service de qualité. N’hésitez pas à écrire à support@mediacongo.net si vous avez des questions ou suggestions.


Merci et excellente expérience sur mediacongo.net

MediaCongo – Support Utilisateurs

gomes | IQNKUTC - posté le 19.10.2020 à 13:38

Voilà tout ce paye ici bas. Un Cardinal corrompu. Cella fut la même chose quand il a reçu une grande somme de dollards à l'ancien president de l'Angola pour suspendre de leur fonctions certains Abbés qui opinaient pour un Monseigneur d'origine Cabindaise. Donc c'est celui, le Mgr. Becciu, qui a provoqué le sisme dans la communité Catholique au Cabinda/Angola qui perdure jusqu'aujourd'hui. Il est trop colonialiste. Angelo Becciu s'est fut corropmre par le parti au pouvoir en Angola et l'egise catholique s'est divisé.

Non 0
Oui 1
Êtes-vous d'accord avec ce commentaire ?


right
ARTICLE SUIVANT : Moïse, prophète aux visages multiples
left
ARTICLE Précédent : Kongo Central : contribution de l’Assemblée provinciale à l’érection du musée de l’église Kimbanguiste à Nkamba