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France: Sammy Baloji s'expose au Grand Palais à Paris

France: Sammy Baloji s'expose au Grand Palais à Paris 2020-11-16
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Dans le cadre de la saison « Africa 2020 », l’artiste congolais expose deux immenses sculptures devant le Grand Palais, à Paris, explorant les angles morts de la colonisation.

Sammy Baloji se serait volontiers soustrait à l’exercice biographique. « Ma vie n’est pas excitante », esquive l’artiste congolais (RDC), 41 ans, sur la terrasse d’une grande brasserie parisienne où il roule sa cigarette, une semaine avant le nouveau confinement. On insiste : ce n’est quand même pas banal d’avoir exposé, à moins de 40 ans, dans deux grands raouts de l’art contemporain, la Biennale de Venise en 2015 et la Documenta de Cassel en 2017. « Disons que Venise et la Documenta étaient des défis qui ont marqué mon passage de la photographie vers l’installation », répond-il, aussi cool qu’imperturbable.

Branchez-le toutefois sur « son » Grand Palais et là, il devient intarissable. Invité par le président de l’institution parisienne, Chris Dercon, dans le cadre de la saison « Africa 2020 », Sammy Baloji a installé deux immenses sculptures. Ses instruments de musique en cuivre scarifié trônent sur des socles vides jusqu’alors, de part et d’autre de l’escalier extérieur d’un bâtiment tout sauf neutre. Erigée en 1900, l’imposante architecture a servi d’écrin à l’Exposition universelle, vitrine d’un progrès industriel dont la colonisation fut le moteur. Le mastodonte avait tellement fasciné le roi belge Léopold II qu’il engagea son architecte en chef, Charles Girault, pour construire à Tervuren, à une dizaine de kilomètres de Bruxelles, le Musée royal de l’Afrique centrale.

Deux histoires sans lien apparent

Ainsi se connectent, pour le Congolais Baloji et le Belge Dercon, deux histoires sans lien apparent. Le plasticien, dans ses deux sculptures monumentales financées par la galeriste Imane Farès, tisse une trame subtile entre la prédation minière au Congo et les cuivres abandonnés par la fanfare de l’armée coloniale à Saint-Domingue, que les anciens esclaves récupéreront pour créer leurs propres parades. Ce qui ramène le rouleur de cigarette à sa biographie.

A Lubumbashi, où Sammy Baloji est né en 1978 dans une famille de commerçants, la vie tournait déjà autour de l’extraction du cuivre. Le jeune homme se souvient de la cheminée fumante de la Gécamines, la société administrant les mines depuis l’époque coloniale, et des sirènes qui scandaient le quotidien laborieux de la ville. Il n’a pas oublié non plus les violences du début des années 1990, quand le président autocrate du Zaïre, Mobutu Sese Seko, sent son pouvoir vaciller. Lors du massacre des étudiants sur le campus de l’université de Lubumbashi, Sammy Baloji a 12 ans. Emeutes, pillages et xénophobie : la crise rattrape les Luba du Kasaï, l’ethnie dont est issue la famille Baloji, qui perd alors tous ses biens. « Tout ce que je fais aujourd’hui trouve ses racines dans cette expérience violente de devoir renier l’ethnie d’où je viens », rapporte-t-il avec pudeur.

Adolescent, Sammy Baloji cherche à raconter dans ses bandes dessinées les histoires de son pays. En réponse aux planches importées qui « parlaient des réalités occidentales plutôt qu’africaines », il cofonde le collectif Vicanos Club, regroupant un premier noyau de dessinateurs, vite rejoints par d’autres créateurs. Parallèlement à ses études en sciences de l’information et de la communication, Baloji pratique la photo, d’abord avec sa tante, qui tient un studio, puis de manière plus professionnelle, avec le photographe Simon Mukundayi.

Une époque gommée des manuels scolaires

Il se cherche jusqu’en 2003, lorsqu’il découvre le potentiel artistique et politique des archives. Invité par l’Institut français à répertorier les traces du paysage industriel et architectural de Lubumbashi, il tombe sur le fonds photographique de la Gécamines. Devant ses yeux défilent les scènes d’une époque gommée des manuels scolaires, où l’absurde le dispute à la cruauté. Un choc pour le jeune Lushois, qui ignore tout ou presque du passé de son pays avant l’indépendance. Depuis, il n’aura de cesse d’explorer les angles morts de la colonisation, en tressant les images d’hier et d’aujourd’hui dans des installations d’une implacable sobriété.

Les musées le repèrent en 2007, aux Rencontres photographiques de Bamako. Trois ans plus tard, le voilà au Museum for African Art, à New York, puis en 2012 au prestigieux Smithsonian, à Washington. Depuis, il figure au générique d’importantes expositions à Paris, Londres ou Sydney. Sans jamais oublier son pays natal. Pour braquer les projecteurs sur une scène congolaise d’une incroyable vitalité, il a fondé en 2008 l’association Picha (« image », en swahili), qui organise la Biennale de Lubumbashi.

Confiné au printemps à la Villa Médicis, à Rome, où il était en résidence, Sammy Baloji s’est mis à redessiner à partir des motifs de tissus congolais, en vue de sa prochaine exposition aux Beaux-Arts de Paris, dont l’ouverture le 4 décembre est suspendue aux déconfîmes. Qu’il vive à Bruxelles, expose à Paris ou réside à Rome, tout le ramène invariablement à sa matrice, le Congo.


Le Monde / MCP, via mediacongo.net
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