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La guerre en Ukraine a déjà des effets désastreux sur l'économie mondiale

La guerre en Ukraine a déjà des effets désastreux sur l'économie mondiale 2022-04-06
Economie
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Faim en Afrique, dérapages inflationnistes, course aux armements: les conséquences du conflit impactent bien au-delà de la zone de guerre.

En décidant d'envahir l'Ukraine, Poutine n'a pas seulement provoqué la mort de milliers de personnes et bouleversé l'existence de millions d'autres, il a remis en cause un fragile équilibre alimentaire mondial, chamboulé les circuits de l'énergie, compromis les efforts déjà insuffisants de réduction des émissions de gaz à effet de serre et provoqué une nouvelle course aux armements. Une action destructrice dont les effets seront durablement négatifs sur l'ensemble du globe!

L'histoire ne se répète pas, dit-on, mais les événements tragiques ont une fâcheuse tendance à se reproduire, sous des formes peut-être nouvelles, mais avec des effets désespérément similaires. À l'époque de la Guerre froide, l'équilibre de la terreur nucléaire incitait les grandes puissances rivales, États-Unis et URSS, à ne jamais s'affronter directement, mais leur rivalité se traduisait par des conflits locaux où chacune d'elles armait et soutenait plus ou moins ouvertement des forces antagonistes en Asie, en Afrique ou en Amérique latine.

Avec la chute du régime soviétique, la prise du pouvoir par Poutine en Russie et la montée en puissance de la Chine, nous ne sommes plus dans un monde bipolaire, le jeu s'est encore un peu compliqué, mais, toujours avec le souci d'éviter une conflagration majeure, les conflits restent circonscrits géographiquement. Dans le cas de l'invasion de l'Ukraine, on évitera très certainement une guerre mondiale, mais les conséquences du conflit seront très lourdes bien au-delà de la zone de guerre.

Croissance mondiale ralentie

Le Fonds monétaire international n'a pas encore corrigé ses prévisions de la croissance mondiale, qu'il estimait en janvier à 4,4% en 2022 et 3,8% en 2023, soit un ralentissement progressif à partir des 5,9% enregistrés en 2021, mais les chiffres qu'il devrait annoncer à la mi-avril lors de son assemblée de printemps seront certainement nettement plus faibles.

La Russie et l'Ukraine ne représentent que 2% du PIB mondial mais jouent un rôle majeur dans les échanges de quelques produits essentiels.

Le recul de l'activité qui va être enregistré dans le monde ne peut être entièrement imputé à l'invasion de l'Ukraine par l'armée russe; déjà, en janvier, le FMI s'attendait à un recul très fort de la croissance des États-Unis, qui devait passer de 5,6% en 2021 à 4% cette année et 2,6% l'an prochain, ce qui pèse lourd dans les statistiques mondiales.

L'économie américaine était au bord de la surchauffe et devait impérativement ralentir; la première hausse du taux directeur de la banque centrale américaine, annoncé le 16 mars dernier, n'a pas constitué une surprise. Et les mesures de confinement décidées en Chine vont provoquer des perturbations supplémentaires dans le commerce international. Mais la guerre en Ukraine va toucher durement des pays dont l'activité aurait dû progresser cette année ou reculer modérément.

A priori, un tel impact de cet événement sur l'ensemble du monde peut sembler étonnant: ainsi que le font remarquer les économistes de l'OCDE, la Russie et l'Ukraine ne représentent ensemble que 2% du PIB mondial et un pourcentage du même ordre du commerce. Le problème est que ces deux pays jouent un rôle majeur dans les échanges de quelques produits essentiels: environ 30% des exportations mondiales de blé, 20% pour le maïs, les engrais minéraux et le gaz, et 11% pour le pétrole.

Et si l'on ajoute leur rôle dans l'approvisionnement du reste du monde en palladium, en nickel et d'autres métaux utilisés dans nombre d'industries dont l'automobile et l'aéronautique, on s'aperçoit que la capacité de nuisance de la Russie dépasse largement son poids économique.

Inflation galopante

Pour l'ensemble du monde, selon les estimations réalisées par l'OCDE à la mi-mars, le recul du PIB pourrait être un peu supérieur à un point de pourcentage la première année et la hausse des prix à la consommation pourrait approcher 2,5 points. La zone euro, compte tenu de sa proximité et de sa dépendance à l'égard des deux pays, verrait l'impact négatif sur son PIB annuel s'établir à 1,4 point. L'institut Rexecode a ramené sa prévision de croissance pour la France de 3,7% à 2,9% cette année et de 0,7% à 0,4% l'an prochain.

Des différences sont à noter selon les pays: les plus exposés sont les pays limitrophes de la Russie et de l'Ukraine; en Europe de l'Ouest, l'Allemagne et l'Italie, très dépendantes du gaz russe, sont plus touchées que la France, l'Espagne ou le Portugal. Aux risques de rupture des approvisionnements s'ajoute pour ces pays une tension inflationniste plus forte.

Le dérapage inflationniste s'explique presque exclusivement par la hausse des prix de l'énergie: 44,7% en un an selon les estimations d'Eurostat.

L'Insee estime que la hausse des prix en France s'est élevée à 4,5% sur un an en mars. Eurostat a une estimation un peu supérieure, à 5,1%, qui reste néanmoins très inférieure à celle de l'ensemble de la zone euro (7,5%) et très en dessous des niveaux atteints dans certains pays: 15,6% en Lituanie, 14,8% en Estonie,11,9% aux Pays Bas, etc. Seule Malte aurait une hausse des prix annuelle un peu plus faible que la nôtre, à 4,6%.

 
On peut remarquer que ce dérapage inflationniste s'explique presque exclusivement par la hausse des prix de l'énergie: 44,7% en un an selon les estimations d'Eurostat!

Des réseaux de sous-traitance disloqués

Si l'envolée des prix du gaz et des produits pétroliers est de loin le phénomène qui marque le plus ici, le conflit a d'autres conséquences moins visibles.

Prenons un exemple rapporté par la Chambre de commerce France-Israël: les entreprises israéliennes de haute technologie ont brutalement perdu une partie des ingénieurs en informatique dont elles ont besoin. Auparavant, elles s'adressaient principalement à des sous-traitants indiens, mais l'Ukraine a nettement pris l'avantage au cours des dernières années: elle est plus proche, sur le même fuseau horaire et, face à un salaire moyen de 220 dollars par mois dans ce pays, un informaticien est très heureux de travailler pour 2.500 dollars par mois pour des entreprises israéliennes; et celles-ci sont également très heureuses car elles seraient obligées de payer au moins quatre fois plus un ingénieur local.

Avec la guerre, ce réseau de sous-traitants a été disloqué et les entreprises israéliennes se retournent précipitamment vers l'Inde et les Philippines. Mais un réseau ne se reconstitue pas du jour au lendemain. Il est probable que beaucoup d'entre elles verront leur développement freiné et il n'est pas exclu que certaines fassent faillite.

Avant la guerre, 220.000 programmeurs ukrainiens (dont seulement 20.000 étaient employés par des entreprises israéliennes) rapportaient plus de 3 milliards de dollars par an à leur pays; beaucoup d'entreprises européennes aussi sont perturbées.

Guerre en Ukraine, faim en Afrique

Mais aussi difficile que soit la situation des pays qui ont à gérer la rupture de certains de leurs approvisionnements en marchandises ou en services, aussi compliqués que soient les problèmes sociaux face à l'afflux de réfugiés et aux conséquences de la hausse des prix sur les plus démunis en Europe et dans d'autres pays développés, le plus grave est ailleurs.

La hausse du coût des denrées alimentaires et l'énergie peut conduire à des troubles sociaux graves dans certaines régions du monde.

«La guerre en Ukraine signifie la faim en Afrique », s'est écriée Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI. Le danger est réel. Dans l'Afrique subsaharienne, les importations de blé représentent environ 85% de l'approvisionnement et un tiers provient de Russie et d'Ukraine. Mais si ces pays se tiennent bien, ils ont une chance d'être approvisionnés: le dimanche 3 avril, le numéro deux du Conseil de sécurité russe a déclaré que la Russie n'exporterait des céréales et d'autres denrées alimentaires que vers les «pays amis», en clair ceux qui n'ont pas pris de sanctions contre Moscou après l'invasion de l'Ukraine...

Même en supposant que l'évolution du conflit n'ait pas un effet dramatique sur les récoltes de cet été et que le pire puisse être évité, la hausse du coût des denrées alimentaires ajoutée à celle des prix de l'énergie peut conduire à des troubles sociaux graves dans cette région du monde, mais aussi au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Amérique latine.

Ruée sur les énergies fossiles

Le problème agricole se pose avec d'autant plus d'acuité que, depuis le début de l'année, les alertes climatiques se multiplient: on parle de la sécheresse en France ou dans d'autres pays d'Europe comme le Portugal, mais on ne doit pas oublier celle qui sévit au Maroc, à Madagascar ou dans l'Est de l'Afrique, où 20 millions de personnes seraient menacées.

Et, face à la menace russe, tous les pays européens se ruent vers les autres producteurs de pétrole et de gaz pour tenter de sécuriser leurs approvisionnements. Certes, il est question aussi de développer l'éolien et le solaire, mais la priorité est bien pour l'instant donnée à la recherche d'énergies fossiles. Et là tout est bon: le gaz naturel liquéfié d'Amérique du Nord, même si c'est du gaz de schiste extrait par fracturation hydraulique, beaucoup plus émetteur de gaz à effet de serre que le gaz naturel reçu par oléoduc, du fait de son mode d'extraction et de son mode de transport, le pétrole extrait des sables bitumineux de l'Alberta, etc. Les producteurs de pétrole et de gaz se marrent franchement.

Le ministre de l'Énergie des Émirats arabes unis ironise sur tous ces gens qui faisaient comprendre aux producteurs qu'ils étaient «indésirables» lorsque l'on parlait du climat lors de la COP 26 et qui maintenant les traitent comme des «super-héros» qui pourraient les aider à se passer de la Russie. Et, évidemment, il leur répond qu'il ne faut pas y compter.

Quant aux producteurs canadiens, ils se font un plaisir de critiquer tous ceux qui refusaient de voir les réalités des besoins en énergie et se sont placés sous la dépendance croissante de pays dirigés par des dictateurs.

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre risque de ne pas être fameux pendant encore quelques années… Et pendant ce temps-là, certains groupes écologistes ne trouvent rien de mieux à faire que de s'attaquer au nucléaire. C'est ce qui s'appelle avoir le sens des priorités.

La course aux armements relancée

On peut s'inquiéter aussi de voir beaucoup de pays travailler à une forte hausse de leurs dépenses d'armement, l'exemple le plus spectaculaire étant celui de l'Allemagne. Si l'on s'en tient strictement aux considérations géopolitiques et à une mise en œuvre du précepte «si tu veux la paix prépare la guerre», on peut dire que ces décisions sont éminemment raisonnables. Mais on pourrait trouver encore plus raisonnable de dépenser l'argent public pour le logement, la santé, l'éducation ou la culture.

La pandémie n'avait en rien ralenti les ventes d'armes –de ce point de vue le monde d'après ressemble étrangement au monde d'avant– et la crise ukrainienne va les relancer.

On pourrait continuer à énumérer tous les maux, grands ou petits, dont le monde entier va souffrir du fait de l'action d'un dictateur. Et il n'est même pas certain que cela servira de leçon. Les Africains de la zone sahélienne qui risquent de manquer de nourriture sauront-ils qu'ils le doivent à Poutine? Rien n'est moins sûr. Il y a au moins un point sur lequel le régime russe a su faire fructifier l'héritage de la période soviétique: l'efficacité de sa propagande.


Slate / MCP, via mediacongo.net
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