
Monde
Pour une 17e journée, la mobilisation continue en Équateur contre la hausse des prix de l'énergie, alors que les négociations sont au point mort. Des manifestants indigènes ont marché dans les rues de Quito et le gouvernement a décrété l'état d'urgence dans quatre provinces hors de la capitale.
De nouvelles manifestations indigènes contre la vie chère ont eu lieu mercredi 29 juin 2022 à Quito, dans un contexte toujours tendu et sans perspective immédiate de sortie de crise, le gouvernement refusant de négocier « avec un pistolet sur la tempe ». L'état d'urgence a été décrété dans quatre provinces hors de Quito.
Alors que la mobilisation entre dans son dix-septième jour, quelques milliers d'indigènes ont marché dans les rues du centre-ville ainsi qu'aux abords de la présidence, dans le quartier historique de la capitale, pour réclamer « la reprise des négociations ».
La résistance continue
En plus ou moins petits groupes, et sans incident notable, les manifestants ont arpenté avenues et carrefours du secteur, dans le voisinage du Parlement et autour du Centre culturel équatorien (CCE), un vaste centre culturel indigène qui leur sert de QG et de base de vie.
« Nous sommes ici pour résister (...), nous resterons tant que le gouvernement ne nous donnera pas de réponse », tempêtait Isak, 28 ans, déguisé en Captain America, bouclier étoilé compris. « Nous sommes pauvres, nous avons faim, nous n'avons rien à perdre ».
« Nous ne voulons pas dix cents, nous voulons des résultats! », scandait la foule bigarrée, femmes à poncho rouge en tête de cortège, entourée de lanciers à casques de chantiers et boucliers de tôle.
Des hommes autochtones avec des boucliers se tiennent ensemble avant de marcher dans la zone du parc El Arbolito à Quito, le 22 juin 2022. | RODRIGO BUENDIA / AFP
Le gouvernement lâche du lest, mais pas assez pour les manifestants
Dimanche, le gouvernement avait annoncé une réduction de 10 cents de dollar pour les carburants, mais les manifestants jugent cette baisse insuffisante et réclament une réduction de plus de 20%.
Dans les rues étroites aux bâtisses élégantes du centre historique survolé par un hélicoptère, tous les commerçants s'empressaient de baisser leur rideau à l'approche du cortège. Depuis le début de la contestation le 13 juin, les abords du Palais Carondelet, la présidence, sont fortifiés derrière de lourdes grilles de fer et des cordons policiers.
Mardi, le président conservateur Guillermo Lasso a suspendu le dialogue initié la veille avec des représentants indigènes dont Leonidas Iza, chef de la puissante Confédération des nationalités indigènes (Conaie, fer de lance des manifestations), après une attaque en Amazonie au cours de laquelle un soldat a trouvé la mort.
Retour du couvre-feu
Guillermo Lasso a posé comme condition à une reprise des discussions la présence de « représentants légitimes » des indigènes « ouverts à un dialogue réel et franc ».
« Nous sommes prêts à écouter, à dialoguer, mais nous ne le ferons pas avec un pistolet sur la tempe », a ajouté mercredi son ministre des Affaires gouvernementales, Francisco Jimenez.
Le gouvernement avait mis fin samedi à l'état d'urgence décrété une semaine auparavant dans six des 24 provinces. Mercredi, il l'a décrété à nouveau dans quatre provinces hors de la capitale, dans la partie andine (Azuay, Imbabura) et en Amazonie (Sucumbios et Orellana).
Cette mesure de trente jours, prévoyant également un couvre-feu, a été prise après « des actions violentes qui ont troublé l'ordre public », et vise à garantir la sécurité publique et l'approvisionnement de ces provinces en produits de première nécessité.
De violentes manifestations près du palais Carondelet, siège du gouvernement équatorien, à Quito, le 17 juin 2022. | CRISTINA VEGA RHOR / AFP
Des morts lors des manifestations
Six personnes, cinq manifestants et un soldat, ont été tuées depuis le début des manifestations. Plus de 600 personnes, civils ou membres des forces de sécurité, ont été blessées, avec quelque 150 arrestations, selon des observateurs.
Durant la nuit de mardi à mercredi, deux postes de police ont été incendiés au nord de Quito.
La capitale, où sont rassemblés des milliers de manifestants indigènes, sur les 14 000 dans l'ensemble du pays selon la police, est au coeur de la mobilisation. Quelques petites contre-manifestations pro-gouvernementales s'y déroulent également, à bord de véhicules, dans la partie nord et aisée de la ville, épargnée par les manifestations.
La contestation pèse sur l'économie du pays, en particulier l'extraction pétrolière. Des mobilisations passées du mouvement indigène ont provoqué la chute de trois présidents entre 1997 et 2005.
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