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Economie

« Dirty diesel »: Du carburant toxique vendu en Afrique !

2022-09-20
20.09.2022
Afrique
2022-09-20
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Alors que la limite de soufre admise en Europe est de 10 ppm (parties par million), elle dépasse largement 1 500 ppm dans certains pays africains.

L’ONG Public Eye a mesuré des taux de soufre effarants dans les carburants vendus par les négociants genevois en Afrique de l’Ouest. Son enquête, « Dirty diesel », décrypte le modèle d’affaires mal connu du carburant à bas prix.

La charge est lourde, mais bien documentée. Après une enquête longue de trois ans, l’organisation affirme avoir testé 47 échantillons de carburants (25 de diesel et 22 d’essence) vendus par les filiales de Vitol, Trafigura, Addax&Oryx et Lynx Energy, toutes basées à Genève. Ces produits ont été vendus dans les stations-service en Angola, Bénin, Congo-Brazzaville, Côte d'Ivoire, Ghana, Mali, Sénégal et Zambie. Le constat est toujours le même : les carburants livrés sont dangereux pour la santé !

Parmi les substances les plus nocives, du soufre, des composés aromatiques, du benzène, classé cancérigène, et même certains métaux comme le manganèse, un métal neurotoxique. Au Mali, la société suisse Oryx « a remporté, parmi nos 47 échantillons, la palme avec son diesel comportant une teneur de 3 780 ppm ! Autrement dit, 378 fois plus que la limite autorisée à Malte », écrit l'ONG helvétique Public Eye dans son enquête.

Augmentation des cancers des poumons


Comment expliquer que le continent africain, qui produit du pétrole souvent d'excellente qualité, ne propose aux Africains que de l'essence toxique ? Un carburant responsable de l'augmentation vertigineuse du nombre de personnes souffrant d'asthme, de maladies respiratoires chroniques, de cancer des poumons et de maladies cardiaques.

C'est simple : les pays africains vendent la quasi-totalité de leur or noir vers l'Europe et les États-Unis pour acquérir des devises. Ils sont ainsi contraints d'importer la quasi-totalité de l'essence et du diesel ! Le Nigeria, par exemple, n'a raffiné que 3 % de sa production en 2014. Quant aux onze raffineries d'Afrique de l'Ouest, elles sont pour la plupart obsolètes.

Mais comme ces pays africains, dans leurs législations, se contentent de normes particulièrement laxistes, notamment en ce qui concerne la teneur en soufre, des multinationales, souvent installées en Suisse, leur fourguent des carburants sales, mélangés à d'autres produits chimiques, comme le naphta de cokéfaction, invendables ailleurs ! Une seule livraison, dans des navires en fin de vie, peut générer un bénéfice de 7 millions de dollars. Entre eux, les pétroliers ne se gênent pas pour parler de « qualité africaine ».

Des déchets de l'industrie chimique


Bref, l'Afrique se ruine pour acheter de l'essence dangereuse pour la santé. Public Eye constate que le Ghana, pourtant riche en pétrole brut, engloutit 10 % de son PIB pour se fournir en essence et en diesel. Non seulement le nombre de voitures dans le pays a plus que triplé entre 2005 et 2012, mais le carburant raffiné est indispensable pour faire tourner les générateurs de courant « qui pallient les défaillances structurelles de la compagnie nationale d'électricité ». Ces négociants européens ne se contentent pas de transporter et de vendre des carburants pollués, ils les fabriquent eux-mêmes.

En effet, l'essence et le diesel sont le résultat d'un mélange de différents composants, appelés produits pétroliers intermédiaires (blendstocks). Si la clientèle est peu regardante, le négociant ne va pas utiliser les meilleurs ingrédients, il lui arrive même d'intégrer des déchets de l'industrie chimique. « Comme les gouvernements de nombreux pays africains tolèrent des carburants dont la teneur en soufre est de plusieurs centaines de fois supérieure à la limite admise en Europe, les négociants cuisinent spécialement pour eux », souligne cette enquête passionnante, mais qui donne froid dans le dos. C'est comme si un cuisinier dans un hôpital donnait des produits avariés à des malades trop faibles pour protester.

Un chiffre d'affaires de 168 milliards de dollars


L'ONG suisse Public Eye s'est principalement intéressée aux géants du négoce, dont le siège social est en Suisse, comme Vitol, Trafigura, Glencore ou Gunvor. Certains d'entre eux ont investi leurs immenses bénéfices dans des réseaux de stations-service en Afrique en utilisant d'autres noms.  Trafigura opère sous la marque Puma Energy, présente dans 19 pays. Vitol porte le nom de Shell, après avoir racheté 40 % des parts du réseau de distribution du pétrolier anglo-néerlandais. Ce géant distribue ses produits frelatés dans 16 pays.

Au total, Trafigura et Vitol possèdent 2 000 stations-service en Afrique. À titre de curiosité, Vitol a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires de 168 milliards de dollars. Quel pays du continent peut lutter contre un tel monstre ?

Le retard africain

Du côté des traders, on juge le rapport de Public Eye orienté, basé sur des stéréotypes négatifs sur leur industrie, et reflétant une certaine ignorance des processus complexes qui régissent les marchés pétroliers, comme l’a écrit Vitol dans une prise de position remise à l’ONG.

La genevoise Addax&Oryx s’est montrée la plus détaillée dans ses réponses aux questions soumises par Public Eye. « Les produits pétroliers sont naturellement riches en soufre et ce n’est que récemment que des investissements massifs dans des raffineries (dans les pays développés) ont permis de réduire la teneur en soufre des carburants », note la société.

Sur ce plan, l’Afrique est en retard, mais elle s’améliore lentement en matière de normes sur la qualité de l’air, ajoute l’entreprise, qui juge cette tendance « très positive ».


Le Point / Le Temps / MCP , via mediacongo.net
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