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Politique

Au-delà du feuilleton Kamerhe : la démocratie à plusieurs vitesses

2014-02-11
11.02.2014 , Kinshasa
Politique
2014-02-11
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La signature du « Protocole d’Accord » et du « Code de bonne conduite » entre la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) et près de 350 partis politiques sur les 450 que compte, sur papier, la République démocratique du Congo, est considérée par beaucoup comme un signal fort et positif entre les parties prenantes au processus électoral de 2013 à 2015. Malheureusement, ce partenariat est assombri par le feuilleton Kamerhe, dont la genèse remonte au mois de décembre 2013.

En effet, depuis qu’il a annoncé la conduite de sa « caravane de la paix » dans l’Est du pays, l’homme n’a toujours pas bougé de Kinshasa, pour des raisons multiples. Au-delà de ce qui peut paraître comme la volonté manifeste de l’intéressé de ne pas se rendre au Nord-Kivu, en Province Orientale et au Kasaï-Oriental, on note une sorte de limitation de la liberté des mouvements des leaders de l’Opposition vers le Congo profond.

On peut à ce propos s’étonner de l’obligation leur faite, jusqu’à nouvel ordre, d’obtenir l’autorisation préalable du ministre de l’Intérieur, qui tient à être informé de tous les contours de leurs missions (contenu des messages, parcours, agenda de travail, contacts, composition des délégations, etc.). Le décor d’une démocratie à plusieurs vitesses semble solidement planté. Et ceci arrive, comme par hasard, au moment où la Ceni vient de lancer le train des élections locales, municipales et urbaines en souffrance depuis 2006 ainsi que celui des scrutins des députés provinciaux, des sénateurs et des gouverneurs de provinces, non tenus depuis 2011.

L’opinion se demande comment les partis et regroupements politiques dont les membres sont interdits de mouvement et de parole à travers le territoire national, vont participer à l’exécution du « Protocole d’Accord » et du « Code de bonne conduite » signés avec cette institution d’appui à la démocratie. En principe, la pré-campagne électorale est lancée. Et, dans un Etat démocratique qui se respecte, c’est le moment idéal pour les plateformes et formations politiques de mobiliser l’électorat autour des enjeux électoraux, lesquels s’articulent autour de la consolidation des acquis politiques, économiques et sociaux pour la Majorité au pouvoir, et des discours du changement de gouvernance pour l’Opposition.

Le jeu démocratique veut que les tenants du pouvoir présentent les images les plus positives possibles de leur mandature sur tous les plans et qu’à contrario, l’Opposition peigne le tableau le plus sombre de leurs actions. Et, c’est de bonne guerre.

Des problèmes partout…

Sera-t-il possible à l’Opposition congolaise de battre la pré-campagne et la campagne électorale dans le cadre du cycle électoral de 2013 à 2016 ? Rien n’est moins sûr. Les réalités du terrain indiquent que le grand Congo, hormis les problèmes sécuritaires qui touchent le Nord, l’Est et le Sud baigne, des difficultés économiques et sociales partout. Car, en dépit des efforts que déploie le gouvernement pour améliorer le social, les Congolais des provinces souffrent du manque des voies de communication, de la faible desserte en eau potable et électricité, de l’insuffisance des infrastructures scolaires et sanitaires, du chômage, de la rareté et de la surenchère des biens manufacturés, de l’absence d’industries lourdes et de transformation, du manque de modernisation de l’agriculture, de la pêche et de l’élevage, de la corruption, des tracasseries administratives et policières, de l’insécurité, etc.

Forcément, s’il leur était permis de sillonner les coins reculés du pays, les candidats de l’Opposition s’accrocheraient à ce tableau noir pour flatter la sensibilité de l’électorat. Mais comment le faire s’il faille, avant tout mouvement vers l’arrière-pays, décliner son agenda de pré-campagne ou de campagne au ministère de l’Intérieur ?

La peur de l’avenir

Les restrictions que vient d’imposer le ministre de l’Intérieur à certains membres de la classe politique congolaise font craindre le pire pour la suite du processus électoral entamé en 2005 et le renouvellement des mandats des élus de 2011. Cette peur se justifie par l’impossibilité, pour beaucoup, de se mouvoir désormais et parler librement. Ce climat de haute surveillance des faits et propos des membres de l’Opposition rappelle le triste feuilleton des violences préélectorales et électorales de 2006 et 2011, marquées par des arrestations arbitraires, des interdictions de parole dans les médias publics et privés, des passages à tabac par la police et les milices de certains partis politiques, voire des cas d’agressions physiques et de tueries des Opposants ou de leurs « combattants ».

D’aucuns redoutent la mise en route d’un régime d’intimidations de tous ceux qui auraient, sur la marche du pays, des opinions contraires à celles des hommes au pouvoir. A quoi bon, dans ce cas, avoir fait signer un « Protocole d’accord » et « un Code de bonne conduite » aux membres de l’Opposition, si ces derniers passent désormais pour des « dangers publics » pour la République ?


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