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D'après le Wall Street Journal, la Chine a obtenu l'accord du Cuba pour y construire une station d'espionnage. À cent kilomètres à peine de la frontière des États-Unis, une telle installation serait un coup dur pour Washington.
Ils se sont tous empressés de nier. Ni la Chine, ni Cuba, ni les États-Unis n'ont connaissance la moindre connaissance d'une "base secrète d'espionnage" que Pékin serait sur le point de construire à Cuba.
Le Wall Street Journal avait affirmé le contraire dans un article publié jeudi 8 juin en citant des "responsables américains qui ont connaissance de documents hautement classifiés".
Selon le quotidien, la Chine et Cuba ont conclu un accord de principe prévoyant le paiement de "milliards de dollars" à La Havane afin d'avoir le droit d'installer une station d'écoute sur l'île.
Chine-Cuba, même combat ?
Cette installation serait capable d'intercepter des communications en tout genres tels que les appels téléphoniques, les emails ou encore les transmissions de données par satellite, précise le Wall Street Journal.
"Si cette information venait à être confirmée, ce serait un important pavé dans la mare sécuritaire américaine, car la station se trouverait à 100 kilomètres à peine de la Floride et pourrait espionner tout le sud des États-Unis où se trouvent un grand nombre d'installations militaires", affirme Anurag Mishra, spécialiste des relations internationales des États-Unis à l'International Team for the Study of Security (ITSS) Verona.
Les élus américains siégeant à la Commission du Sénat sur le renseignement trouvent aussi que la perspective d'une telle installation aux portes des États-Unis a de quoi faire froid dans le dos. "Nous sommes profondément troublés par les rapports selon lesquels La Havane et Pékin collaborent pour cibler les États-Unis et notre peuple", ont affirmé les responsables de cette commission parlementaire dans une déclaration commune.
Ce projet sino-cubain, bien que non confirmé, est dans la logique des choses, d'après les experts interrogés par France 24. "Les relations entre Cuba et les États-Unis sont actuellement très dégradées, notamment depuis que Washington a décidé d'inscrire Cuba à nouveau [le 12 janvier 2021, NDLR] sur la liste des États qui soutiennent le terrorisme. Une hostilité dont la Chine va sûrement chercher à tirer profit", souligne Ho Ting Bosco Hung, spécialiste des questions de sécurité chinoise à l'ITSS. Une opportunité d'autant plus facile à saisir pour Pékin "que les deux régimes sont idéologiquement proches", précise Anurag Mishra.
Enjeux géopolitiques et économiques
La Chine a tout intérêt à construire une "station d'espionnage" à Cuba. D'abord pour des raisons géopolitiques. "Poser un premier pied sur le continent américain est très important, car quel que soit le conflit ou bras de fer dans lequel la Chine risque d'être impliquée – à Taïwan, ou en mer de Chine –, il y a toujours un risque d'intervention nord-américaine. Il est donc vital pour Pékin d'en apprendre le plus possible sur les capacités militaires des États-Unis", assure Ho Ting Bosco Hung. Pour lui, une base d'écoute permettrait au régime chinois d'obtenir les informations nécessaires pour "savoir quel risque d'être le prix à payer si Pékin décide de déclencher une guerre".
Disposer de grandes oreilles à Cuba peut aussi apporter un avantage économique. "En Chine, l'État et les grands groupes travaillent en bonne intelligence et si cette station d'écoute permet d'espionner des entreprises texanes ou de Floride, les informations pourront certainement intéresser leurs concurrents chinois", résume Anurag Mishra.
Pékin estime peut-être aussi qu'il est temps de se doter des mêmes armes que les États-Unis dans la guerre des espions. "Il ne fait pas de doute que si ce projet existe vraiment, les Chinois vont le justifier en rappelant que Washington dispose d'accord de renseignement avec Taïwan, ce qui revient à dire que les États-Unis disposent aussi de postes d'écoute alliés à proximité immédiate de la Chine", souligne Rosemary Foot, spécialiste des relations sino-américaines au St. Antony's College d'Oxford. Pékin signifie ainsi à son rival américain qu'il "estime être en mesure de jouer dans la même cour", ajoute Anurag Mishra.
Les "révélations" du Wall Street Journal font aussi les affaires de Cuba. "La question cubaine n'était pas inscrite à l'agenda des priorités du président américain, Joe Biden", note Anurag Mishra. L'hypothèse d'une collaboration entre Pékin et La Havane dans le domaine du renseignement vient rappeler le danger pour la Maison Blanche de délaisser le dossier cubain.
Avant le déplacement de Blinken en Chine
Même si les rumeurs autour de cette station d'écoute venaient à se révéler infondées, elles vont laisser des traces. "Les États-Unis vont se sentir obligés de faire davantage attention aux communications à portée d'un poste d'écoute chinois à Cuba, au cas où", estime Anurag Mishra.
"Le timing de publication de cette information est aussi très intriguant", note la spécialiste Rosemary Foot. La dernière fois que les activités chinoises d'espionnage ont tenu le haut du pavé médiatique, c'était à l'occasion de l'affaire dite du ballon "espion", en février 2023. À l'époque, le secrétaire d'État américain, Anthony Blinken, avait décidé d'annuler une visite en Chine pour protester contre ce qui était perçu comme un acte agressif de la part de Pékin.
Il se trouve que ce précédent voyage avait été reprogrammé pour la fin juin. Autrement dit : "on peut se demander si ces rumeurs ne visent pas à saboter ce déplacement", souligne Rosemary Foot. L'article du Wall Street Journal va, en tout cas, "nourrir le sentiment antichinois aux États-Unis, ce qui va compliquer toutes les initiatives pour améliorer les relations sino-américaines", regrette Ho Ting Bosco Hung.
Finalement, que cette information soit fondée ou non, elle va obliger Washington à réagir. Et il est parfois plus compliqué de trouver le bon moyen de se battre contre des moulins à vent que contre de vraies menaces.
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