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Santé

Paludisme en RDC, nécessité d’amplifier l’action ! (Analyse d’Oasis Kodila*)

2024-01-29
29.01.2024
Société
2024-01-29
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En 2015, dans un rapport publié par l’Organisation mondiale de la santé sur le plan de lutte 2016-2030 contre le paludisme, une annonce importante était faite : six pays sur le continent africain (l’Algérie, le Cap-Vert, la Swaziland, le Botswana, l’Afrique du Sud et les Comores) avaient la possibilité d’éradiquer cette maladie d’ici 2020. En ce mois de janvier 2024, une bonne nouvelle vient de tomber : le Cap-Vert est devenu le troisième pays d’Afrique à être déclaré exempt de paludisme, après l’Algérie en 2019 et l’Ile Maurice en 1973.

En République démocratique du Congo, selon les données officielles collectées dans les différents Rapports annuels du secteur de la santé et du Programme National de Lutte contre le Paludisme (PNLP), en 2021, plus de 21 millions de cas de paludisme ont été enregistrés dont plus de 2 millions de cas de paludisme grave (9,77 %) et 10 millions d’enfants âgés de moins de 5 ans ont souffert de paludisme en 2021 dont 1 million de cas de paludisme grave. Les femmes enceintes n’ont pas non plus été épargnés, avec un décompte de 1 million de cas de paludisme enregistrés dont 894.196 cas de paludisme simple et 221.421 cas de paludisme grave (19,84 %). Au-delà de l’endémicité, le paludisme demeure l’une des maladies les plus meurtrières. En 2021, 22.729 congolais ont perdu la vie à la suite du paludisme dont 15.297 survenus chez les enfants âgés de moins de 5 ans, soit 67 %.

De manière tendancielle, les morts liés au paludisme reculent. En 2016, 39 054 morts ont été dénombrés. Comparé à 2021, le taux de croissance a été de -41,8 %. Dit autrement, le nombre de morts a sensiblement chuté. Mais le nombre de cas paludéens a cru de 75,15 %, de 12 186 639 à 21 345 031. Soit 9,15 millions de cas supplémentaires.

À vrai dire, le gouvernement n’est pas resté indifférent face à ce problème de santé publique au regard de la hausse du décaissement pour faire à cette maladie. Plus spécifiquement, il a organisé sa réponse autour de la prévention, de la prise en charge et de la stratégie de soutien. Au sujet de la prévention, l’État a consacré la plus grande part de ce décaissement, soit 29 % en 2021, à la distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticides à longue durée d’action (MILD). Ce qui a permis sans doute de faire passer le nombre de MILD distribuées de 20 millions à 22 millions, soit une croissance de 9,5 %. L’essentiel de cette distribution porte sur les campagnes de masse (16,7 millions) contre la distribution en routine (5,2 millions). Néanmoins, en dépit de cette croissance dans la distribution, il est clair que le niveau actuel demeure encore loin de celui de 2016, lorsque le nombre distribution de MILD avait dépassé 31 millions. En sus, l’augmentation du nombre de distribution de MILD n’est pas le seul défi. En effet, à peine 44,1 % de la population ont accès aux Moustiquaires imprégnées d’insecticide (MII) selon les données de MICS-Palu 2018. Cette distribution demeure inégale : 59,4 % de la population la plus riche y ont accès contre 28,4 % de la population la plus pauvre. L’usage de ces MII pose également problème. Pour ceux qui y ont accès, 83 % de la population l’ont utilisée la nuit dernière et 52 % seulement des membres des ménages qui ont dormi la nuit précédente ont utilisé n’importe quelle moustiquaire. Autant de défis donc qui expliquent notamment la non-corrélation entre l’incidence du paludisme et la distribution de MILD/MII. Pour faire face à ces défis, des actions multi-sectorielles ont été envisagées dans le cadre de la stratégie nationale de lutte contre le paludisme pour maintenir et renforcer le niveau de disponibilité des MILD dans les ménages ainsi que leur utilisation systématique et continue.

En plus de la distribution de MILD, la RDC, au travers de son PNLP, tente de respecter les recommandations de l'OMS en matière de traitement préventif intermittent chez la femme enceinte. Il y a lieu d’indiquer également que le gouvernement tente de communiquer davantage et faire le plaidoyer au sujet de cette maladie. Ainsi, il consacre 6 % de son décaissement à cette cause et actualise les directives de prise en charge. Il élabore notamment les fiches techniques de prise en charge. Aussi, consacre-t-il une bonne partie de ses décaissements à la stratégie de soutien (formation, suivi et évaluation, surveillance épidémiologique, approvisionnement en intrants, recherche opérationnelle).

En dépit de de l’intervention étatique face la lutte vectorielle comme indiqué, on est loin d’éradiquer le paludisme. Cette réalité n’est pas sans conséquence sur le développement de la RDC. En 2001, le célèbre économiste du développement américain, Jeffrey Sachs a trouvé dans une recherche que la croissance du PIB/tête des pays avec une forte prévalence de paludisme serait plus faible de 1,3 % par an. Une diminution de 10 % du paludisme serait associée à une croissance supérieure de 0,3 %. Plus récemment, d’autres travaux ont même indiqué que le paludisme est l’un des principales causes du sous-développement de l’Afrique. À la base, il y a plusieurs facteurs au-delà des dépenses catastrophiques qu’il entraîne. Le paludisme justifie l’hypothèse de remplacement des enfants morts/« de l'enfant survivant » : à cause de la mortalité liée au paludisme, les parents sont incités à faire davantage d’enfants pour remplacer ceux qui meurent ou vont mourir ou à cause de l’exposition au risque de conception. Cette hausse de fécondité réduit l’investissement éducatif dans l’enfant, accroit le ratio de dépendance et empêche la transition démographique, qui laisse des marges de manœuvre importantes pour emprunter la trajectoire du développement. Aussi, le paludisme ampute l’économie des facteurs de production et donc la productivité, mais augmente également la probabilité ne pas trouver un emploi rémunéré pour les adultes. Parmi les facteurs, il y a également l’impact négatif de la malaria sur la capacité cognitive et le capital humain. Une étude a attribué 13 à 50 % des absences scolaires pour raisons médicales à la maladie. Une autre montre un effet positif sur les taux de redoublement et d’achèvement dans le primaire et quand on éradique le paludisme, le nombre d’année de scolarisation et d’alphabétisation augmente. D’autres études ont montré une corrélation causale de cette maladie avec la réussite scolaire et les performances cognitives. 

Bref, la liste des canaux de transmission du paludisme au développement est longue. Cette longueur est amplement suffisante pour pousser à l’action. Les résultats récents de l’Algérie ou du Cap-Vert montrent que l’impossible n’existent pas. Au travail…

*Oasis KodilaTedika est un économiste et auteur récemment du livre Financement du développement en RDC : diagnostic, opportunités et perspectives.

Kodila
congo-press.com / MCP, via mediacongo.net
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