
Politique
Depuis des décennies, une phrase résonne dans l’imaginaire collectif congolais et au-delà : « Après moi, le déluge », attribuée à Mobutu Sese Seko. Cette expression laisse entendre que l’ancien président du Zaïre (actuelle RDC) aurait prédit un chaos généralisé après son départ du pouvoir. Mais a-t-il réellement prononcé ces mots ? Et surtout, cette prophétie s’est-elle réalisée ?
Il est vraie que la phrase « Après moi, le déluge » est souvent attribuée à Mobutu Sese Seko, mais il n’existe pas de preuve formelle qu’il l’ait réellement prononcée. Cette expression, qui signifie qu’après son départ, le chaos s’installerait, est en réalité une citation historique attribuée au roi Louis XV de France.
En effet, l’expression « Après moi, le déluge » trouve son origine en France, où elle est attribuée à Louis XV. Le souverain l’aurait prononcée pour signifier que son règne était le dernier rempart avant un effondrement inévitable. Certains historiens avancent que c’est plutôt sa maîtresse, Madame de Pompadour, qui aurait dit « Après nous, le déluge », en référence aux troubles qui allaient suivre leur époque.
Cependant, Mobutu a effectivement laissé entendre à plusieurs reprises que son départ provoquerait l’instabilité en République Démocratique du Congo (ex-Zaïre). En 1991 et 1997, lors des périodes de crise politique et de rébellion qui ont conduit à sa chute, il a mis en garde contre un effondrement du pays s’il n’était plus au pouvoir. Son régime s’est effondré en mai 1997 avec l’entrée des troupes de Laurent-Désiré Kabila à Kinshasa.
Dans le contexte congolais, aucun enregistrement officiel ne prouve que Mobutu ait effectivement prononcé cette phrase. Toutefois, plusieurs témoignages rapportent qu’il avait averti ses proches et ses interlocuteurs étrangers que son départ provoquerait une instabilité sans précédent en RDC.
Lorsqu’il fuit le pays en mai 1997 sous la pression de la rébellion menée par Laurent-Désiré Kabila, le Zaïre, qu’il dirigeait d’une main de fer depuis plus de 30 ans, s’effondre rapidement. S’ensuivent des décennies de crises politiques, de guerres et de tensions persistantes qui ont empêché une réelle stabilité.
Aujourd’hui, en 2025, la RDC est encore confrontée à de graves crises sécuritaires, notamment avec l’avancée du M23 au Nord-Kivu, les tensions politiques internes et des défis économiques majeurs. Beaucoup de Congolais s’interrogent : Mobutu avait-il raison ? Son départ a-t-il réellement entraîné un « déluge » de chaos ?
Si certains y voient la preuve d’un pays en quête de repères après des décennies de gestion centralisée, d’autres estiment que les causes des crises actuelles sont plus complexes et ne peuvent être réduites à la simple absence de Mobutu. Ce dernier a, en effet, laissé un héritage politique et économique controversé, marqué par la corruption et l’affaiblissement des institutions, qui ont pu favoriser les troubles post-Mobutu.
Que Mobutu ait ou non prononcé cette phrase, elle est devenue un élément incontournable du débat sur l’histoire du pays. Plus qu’une citation, elle illustre la manière dont les dirigeants congolais, passés et présents, sont perçus : des figures incontournables dont le départ semble toujours précipiter l’incertitude.
Mais une question demeure : la RDC peut-elle, un jour, sortir de ce cycle et prouver que l’avenir ne se résume pas à un « déluge » après chaque régime ?
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