
Politique
Discret mais déterminé, Olusegun Obasanjo sillonne les capitales africaines pour arracher le consensus pour un dialogue direct entre Congolais. L’ex-président nigérian, aujourd’hui médiateur dans la crise congolaise, croit encore au pouvoir des mots dans un pays fracturé par la guerre et les trahisons. Mais son initiative suscite autant d’espoirs que de suspicions.
Arrivé à Kinshasa dans la nuit du 2 au 3 mai, Obasanjo a remis au président Tshisekedi un message clair : « Ouvrir le dialogue avant qu’il ne soit trop tard ». Il venait alors de rencontrer à Harare un Joseph Kabila, reclus depuis décembre 2023 et toujours dans le viseur du pouvoir actuel. L’ex-chef d’État, accusé d’être le patron de la rébellion du M23, affiche sa défiance à l’égard de son successeur, qu’il juge incapable de gérer la crise.
Le projet d’Obasanjo ? Une conférence intercongolaise inspirée de Sun City, lieu historique du compromis de 2002. Addis-Abeba, Accra ou encore Lomé pourraient l’accueillir. Et dans ses valises, l’ancien président propose une transition inclusive pour sortir le pays de l’impasse. Une idée qui rappelle des épisodes douloureux de l’histoire congolaise… et réveille de vieilles blessures. Mais, l’idée ne passe pas dans le chef des tenants du pouvoir. « Le dire au baobab serait le frustrer », glisse une source à Ouragan. A analyser les faits et gestes, Kinshasa ne croit pas à ce schéma. Le pouvoir joue la montre espérant conclure trois accords importants notamment avec les États-Unis, le Rwanda et le M23, renvoyant l’opposition à attendre 2028.
Entre-temps, des voix s’élèvent pour décrier le manque de neutralité d’Obasanjo. En première ligne, Jonas Tshiombela, figure de proue de la société civile. L’activiste dénonce déjà une médiation biaisée. D’après lui, Obasanjo est resté sourd aux exactions du M23, aux viols, massacres et pillages. « Le peuple congolais ne veut plus de complices silencieux », tonne-t-il. Pour lui, la venue de l’émissaire nigérian est une provocation. Une gifle à la mémoire des victimes de l’est.
Malgré ces critiques, les efforts diplomatiques se poursuivent. À Washington, la RDC et le Rwanda ont signé une déclaration de principes le 25 avril. La signature d’un accord définitif est prévue au mois de juin. Le Qatar, de son côté, tente de faire dialoguer Kinshasa et le M23. Obasanjo s’insère dans cette dynamique complexe, entre intérêts croisés, tensions internes et quête de légitimité.
Mais son pari est risqué : convaincre des camps opposés de s’asseoir ensemble. Reste à savoir si les forces politiques croient à un dialogue porté par un homme dont le silence passé pèse aussi lourd que ses intentions actuelles.
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