
Politique
Martin Fayulu est allé au-delà des fractures et des rancœurs pour tendre la main au chef de l’État, non pour un poste, mais pour un sursaut national, enraciné dans l’appel des Églises catholique et protestante à un dialogue salvateur. Devant un Tshisekedi encore distant des religieux, l’opposant, lui, a franchi le pas.
Je lui ai demandé de tout faire pour rencontrer les évêques de la CENCO et les pasteurs de l’ECC afin de voir ensemble ce pacte social qu’ils proposent , a-t-il confié à la presse, la voix ferme.
Dans le salon feutré du Palais de la Nation, symbole fort de l’autorité présidentielle, c’est une scène que peu d’observateurs auraient imaginée. Le chef de file de l’ECiDé, est venu en homme de devoir pour convaincre le garant de la nation à s’aligner derrière le projet du Pacte social des chefs religieux catholiques et protestants.
Depuis des semaines, les pères spirituels plaident pour une rencontre inclusive, porteuse de solutions durables aux crises multiples sociale, sécuritaire, politique qui étranglent la République. Mais jusque-là, le silence du chef de l’État, ou du moins sa réticence de donner une réponse directe aux responsables religieux, faisait grincer les dents. Ce jeudi, Martin Fayulu a porté ce silence à la table présidentielle, l’a mis en face du premier d’entre les Congolais et a exigé une réponse. Elle est promise « rapidement », assure-t-il.
Loin des rumeurs, près du peuple
Dans une atmosphère que la présidence qualifie de « conviviale », les images montrent une accolade franche entre les deux hommes. Pas de mise en scène figée. Mais un geste fort, qui tranche avec les années d’animosité. Pourtant, derrière cette chaleur relative, Fayulu n’a pas perdu le nord. Aux rumeurs le propulsant Premier ministre dans un hypothétique gouvernement d’union nationale, il oppose une condition ferme : « Pas sans dialogue préalable ».
L’opposant a fait comprendre que qu’il n’y aura aucun compromis dans l’ombre, rien sans le peuple, rien sans les institutions morales du pays. « Le soldat du peuple », comme ses soutiens l’appellent, ne veut pas de bricolage politique mais plutôt un cap, un socle, une légitimité refondée par la parole collective. Et pour cela, pense-t-il, seule une table de dialogue crédible, avec les religieux en arbitres, peut donner du sens à toute avancée.

Plus qu’un rapprochement, un déclic
Car au-delà du geste, c’est une philosophie du pouvoir qui s’affronte ici. D’un côté, une gouvernance accusée de s’enfermer dans l’entre-soi, de l’autre, une opposition qui accepte le risque de la main tendue. L’ancien candidat à la présidentielle de 2023 l’a dit sans fioritures. « Le pays est dans une passe très difficile. Nous sommes attaqués de partout. Nous n’avons pas 36 solutions. Nous devons créer un camp de la patrie », a-t-il lancé.
Depuis la rencontre à Genève en novembre 2018, où les principaux leaders de l’opposition s’étaient engagés à présenter une candidature commune (un engagement brisé quelques jours plus tard), les relations entre Tshisekedi et Fayulu ont été marquées par des tensions exacerbées. Le leader de l’ECiDé, se considérant comme le « président élu » de 2018, n’a eu de cesse de contester la légitimité de son rival.
Mais la gravité de la situation actuelle semble avoir ouvert une brèche dans ce mur d’opposition. Cette rencontre survient dans un contexte sécuritaire tendu, marqué par des affrontements entre l’armée congolaise et les rebelles du M23 dans l’est du pays. D’ailleurs, lundi, le président Tshisekedi avait salué le « patriotisme » de Fayulu et s’était dit prêt à le rencontrer pour « sauver la République ».
Le chef de file de Lamuka avait informé les évêques, il y a deux mois, de son intention de rencontrer Tshisekedi pour surmonter le blocage. La semaine passée encore, il aurait échangé encore avec les religieux, qui étaient au parfum de sa démarche. Le radical opposant a également réitéré cette position il y a deux semaines à Faure Gnassingbé, médiateur désigné par l’Union africaine.
Depuis la rupture de 2018
La dernière fois (depuis leur rupture de 2018) où les deux hommes s’étaient croisés officiellement, c’était pendant la campagne présidentielle de 2023 quand la Commission électorale avait réuni tous les candidats pour fixer les règles. Une poignée de main brève, que Fayulu avait jugée « de courtoisie ». Cette fois, une étreinte franche. Le geste ne fait pas un accord, mais il balise un chemin. Celui du dialogue. Celui que Félix Tshisekedi, désormais interpellé publiquement, ne peut plus éluder sans exposer sa responsabilité dans l’impasse nationale. Si l’échange de ce jeudi ne débouche sur rien de concret, l’histoire retiendra que l’opposant a porté la voix des Églises et a appelé à l’unité nationale sans rien demander en retour.
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Les accolades chaleureuses entre le président de la République, Félix Tshisekedi et l’opposant Martin Fayulu au Palais de la Nation à Kinshasa. @ Photo Droits tiers.