
Politique
De l’alternance historique de 2019 au réquisitoire implacable de la justice militaire, Joseph Kabila vit un véritable cauchemar. Poursuivi pour « trahison », « crimes de guerre » et « organisation d’un mouvement insurrectionnel » en intelligence avec le Rwanda, l’ancien président de la RDC (2001-2018) risque désormais la peine capitale. Requise par l’auditeur général des FARDC, cette condamnation symbolise la chute vertigineuse de celui qui croyait avoir réussi une transition pacifique en cédant le pouvoir à Félix Tshisekedi. Retour sur une descente aux enfers judiciaire qui interroge sur les mystérieuses consultations de l’exilé dans les zones tenues par le M23.

L’histoire récente de la République Démocratique du Congo s’écrit avec un nouveau chapitre dramatique et inattendu : l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, autrefois figure de la stabilité et de l’unité, est désormais l’objet d’un procès pour haute trahison et risque la peine de mort. Un sort qui contraste de manière saisissante avec l’alternance « pacifique et civilisée » qu’il a orchestrée en 2019, en cédant le pouvoir à Félix Tshisekedi.
Le mythe de l’alternance brisé
Pendant dix-huit ans, de 2001 à 2019, Joseph Kabila a dirigé un pays meurtri, hérité de l’assassinat de son père, Laurent-Désiré Kabila. Son règne a été marqué par la réunification du pays après le Dialogue intercongolaais de 2002 et l’organisation des premiers cycles électoraux démocratiques.
En 2019, il a posé un geste fort, une première dans l’histoire mouvementée de la RDC : il a quitté le pouvoir sans violence, passant le flambeau à son successeur élu.
À l’époque, cette transition a été saluée comme un signe de maturité politique et une lueur d’espoir pour la démocratie en Afrique centrale. Joseph Kabila, devenu sénateur à vie, pensait s’être mis à l’abri des turbulences. Il se voyait en « sage » de la République, un rôle qu’il semble avoir voulu préserver. Mais les faits qui ont suivi ont transformé cette retraite en une fuite en avant.
Le réquisitoire d’une justice implacable

Devant la Haute Cour Militaire de Kinshasa, l’auditeur général des Forces armées, le lieutenant-général Lucien-René Likulia, n’a pas mâché ses mots. Le réquisitoire, lu en l’absence de l’accusé, a dressé un portrait accablant de l’ancien président de la République. La peine de mort a été requise pour des chefs d’accusation d’une gravité extrême : « crimes de guerre », « trahison », et « organisation d’un mouvement insurrectionnel ».
Le ministère public a également demandé des peines de 20 et 15 ans de prison pour d’autres chefs d’accusation comme l’« apologie de crimes de guerre » et le « complot ».
Selon l’accusation, Joseph Kabila serait le chef de l’Alliance fleuve Congo (AFC), la branche politique du M23, un mouvement rebelle qui sème la terreur dans l’Est du pays. La justice militaire le tient pour responsable des massacres, des viols et des exactions commis par ce groupe dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.
Une persécution politique ou une menace réelle ?
Pour les partisans de Joseph Kabila, ce procès n’est qu’une « mascarade politique ». Son parti, le PPRD, dénonce une « haine » manifeste et une « mise en scène » destinée à écarter un acteur majeur de la scène politique congolaise. Ils rappellent que l’ancien président de la République, en tant que sénateur à vie, jouissait d’une immunité qui a été levée pour permettre ces poursuites.
Pourtant, la réapparition de Kabila fin mai dans la ville de Goma, contrôlée par les rebelles de l’AFC-M23, a alimenté les doutes. Alors qu’il est en exil depuis plus de deux ans, sa présence au cœur de la zone de conflit, où il a mené des « consultations pour le retour à la paix », a été interprétée par Kinshasa comme la preuve de sa collusion avec les rebelles. Pour les autorités congolaises, cette visite n’était pas un acte de médiation, mais une manifestation de son allégeance à un mouvement insurrectionnel.
Les enjeux d’un verdict historique
Au-delà du destin personnel de Joseph Kabila, ce procès est lourd de conséquences pour l’avenir de la RDC. Le verdict, attendu dans les prochaines semaines, pourrait marquer un précédent judiciaire et politique. Alors que le moratoire sur la peine de mort est souvent observé dans le pays, la requête du procureur soulève des questions sur la volonté du gouvernement de Kinshasa d’aller jusqu’au bout.
Dans l’Est du pays, la population civile, constituée en partie civile dans le procès, réclame des milliards de dollars US de dommages et intérêts. La justice, dans ce cas, est perçue comme un moyen de réparer les atrocités commises. Mais pour d’autres, notamment dans les zones rebelles, le procès est une provocation qui pourrait compromettre les pourparlers de paix.
De l’alternance pacifique de 2019 au spectre de la peine de mort en 2025, le parcours de Joseph Kabila est un miroir des tensions et des défis de la RDC. Il illustre la fragilité des transitions politiques et la difficulté à tourner la page sur un passé complexe, où les allégeances et les trahisons se jouent à huis clos, loin des regards, mais sous les feux de la justice.
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