
Politique
Comme en témoigne son véto, Kinshasa ne veut pas que Thabo Mbeki s’investisse sur la situation sécuritaire de l’est car il défend déjà ceux qui agressent le pays. C’est la réaction au vitriol du gouvernement congolais qui a décliné l’invitation de l’ex-président sud-africain pour participer à une rencontre dans son pays avec certains opposants congolais du 3 au 6 septembre 2025.
Des membres de l’exécutif sont invités, ainsi que Eberande Kolongele, monsieur Sécurité du chef de l’État et Vital Kamerhe, comme aussi le numéro 1 de la Chambre basse qui se retrouverait d’ailleurs en Afrique du Sud en raison des soins médicaux. « Quelles que soient les intentions de l’ancien président sud-africain, le président de l’Assemblée nationale et le conseiller spécial du chef de l’État en matière de sécurité ne répondront pas à l’invitation », tranche Patrick Muyaya. Donc l’initiative, a-t-il annoncé, est inopportune, car l’administration Tshisekedi est déjà engagée dans d’autres démarches. « Il ne faut pas oublier que la nature de la crise que nous connaissons, elle est d’abord sécuritaire du fait de l’agression du Rwanda et que celle-là est bien prise en charge par les processus de Washington et de Doha », a fixé le ministre de la Communication et des Médias.
Quoi qu’il en soit, précise Muyaya, c’est une initiative informelle qui ne peut nullement intéresser les autorités congolaises. « […] Nous sommes déjà engagés dans un processus bilatéral avec le Rwanda à Washington et dans un processus à Doha, avec ses supplétifs (AFC/M23) », a-t-il rappelé. En interne, a-t-il ajouté, il y a l’initiative des chefs religieux qui ont proposé une feuille de route pour l’organisation d’un dialogue politique inclusif. « Donc vous voyez que nous sommes déjà engagés sur trois pistes pour nous conduire à la paix. On n’a pas besoin de pistes supplémentaires, surtout pas par celle qui est perçue comme partisane ».
À cette conférence de paix, Thabo Mbeki y a aussi convié les religieux congolais, impliqués dans l’organisation d’un dialogue national. Ils devraient être représentés par Donatien Nshole pour la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et Eric Nsenga de l’Église du Christ au Congo (ECC). Des membres de la société civile, comme le lanceur d’alerte Jean-Jacques Lumumba ou le militant de la Lucha Bienvenu Matumo, sont également invités.
Côté politique, les organisateurs ont invité tous les leaders de l’opposition : Joseph Kabila, Moïse Katumbi, et Martin Fayulu, qui devrait faire le déplacement en personne, tout comme Seth Kikuni. Antipas Mbusa Nyamwisi, plusieurs fois ministre, figure politique influente dans l’est de la RDC, est aussi attendu. « La Fondation Thabo Mbeki estime que la voix de l’opposition politique congolaise est essentielle », peut-on lire sur l’invitation.
« Votre participation permettra d’éclairer non seulement les débats nationaux, mais également les décideurs africains réunis à Johannesburg », poursuit le texte. L’opposition armée n’a pas été oubliée. Corneille Nangaa, chef de l’Alliance fleuve Congo (AFC), partenaire des rebelles du M23, a reçu son carton d’invitation , tout comme le chef de guerre, Thomas Lubanga, qui dirige la Convention pour la révolution populaire (CRP), qui sévit en Ituri.
L’ombre de Sun City
Le choix de Johannesburg et surtout le rôle de Thabo Mbeki n’étaient pas anodins. L’ancien président sud-africain fut déjà l’artisan du dialogue intercongolais de 2002 à Sun City, qui avait conduit à un accord historique mettant fin à la Deuxième Guerre du Congo. Sa méthode, parfois musclée, avait contribué à débloquer les négociations, notamment en imposant des ultimatums aux belligérants.
Certains observateurs rappellent aussi sa proximité politique avec Joseph Kabila, ce qui alimente aujourd’hui la méfiance de Kinshasa. Le gouvernement congolais estime qu’une telle médiation, initiée de l’extérieur et portée par une personnalité jugée non neutre, aux yeux de Kinshasa, risquerait de fragiliser les efforts internes déjà engagés, notamment ceux de la CENCO et de l’ECC.
Le refus du gouvernement pose une question cruciale, cette rencontre pourra-t-elle conserver son sens sans la participation des autorités congolaises ? Les acteurs de l’opposition et de la société civile qui y prendront part, auront une tribune politique certes mais pour plusieurs analystes, l’absence de Kinshasa vide partiellement la conférence de sa substance, car aucun compromis durable ne peut être trouvé sans le gouvernement. À l’inverse, d’autres estiment que ce boycott pourrait renforcer la visibilité de l’opposition et repositionner Joseph Kabila comme acteur incontournable du jeu politique.
Entre l’espoir d’un nouveau souffle diplomatique et la crainte d’une manœuvre politique, l’avenir de cette initiative reste incertain. Pour l’instant, le gouvernement congolais campe sur sa position, préférant miser sur des mécanismes de dialogue jugés plus légitimes à l’interne.
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Félix Tshisekedi, président de la RDC et Thabo Mbeki, président honoraire de l’Afrique du Sud. @ Photo montage Ouragan.