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Kigali est, le 21 septembre, la capitale mondiale du cyclisme. Routes flambant neuves, hôtels cinq étoiles, maillots arc-en-ciel, storytelling calibré : « le Rwanda, premier pays africain accueillir les Mondiaux de cyclisme ». Une consécration sportive. Mais derrière cette vitrine, l’arrière-plan est tout autre. Dans l’Est du Congo, le M23, soutenu par Kigali, continue de semer le chaos : villages incendiés, populations déplacées, enfants enrôlés de force, femmes victimes de violences sexuelles.
Pendant que les sponsors déroulent leur publicité « Visit Rwanda », des familles congolaises fuient à pied les collines du Kivu, sans bagages, sans protection. Le contraste est brutal. Kigali déroule des boulevards lisses, pendant qu’a Rutshuru les routes sont barrées par des checkpoints armés. Ici, on installe un podium, la-bas on dresse des tentes de fortune dans des camps de déplacés. Ici, on célèbre la « fête du vélo », la-bas on compte les morts après chaque offensive.
Le Rwanda a parfaitement compris l’époque : un grand événement sportif vaut plus qu’un rapport des Nations unies. L’UCI, la FIFA, la NBA : tous séduits par un pays qui se présente comme stable, moderne, visionnaire. Le sport comme détergent géopolitique. Ce ne sont plus seulement les maillots qu’on nettoie : c’est une image, un récit, un pouvoir.
Évidemment, le cyclisme est un sport magnifique. Évidemment, les coureurs ne sont pas responsables de la géopolitique. Mais il serait naïf de croire que ces Mondiaux sont neutres. Ils sont une lessiveuse géante. Une opération de communication millimétrée pour masquer les crimes d’un régime qui, pendant que les caméras tournent, alimente une guerre dans son arrière-cour.
Et même ces caméras, Kigali choisit lesquelles. La preuve : un journaliste de la VRT, critique du régime, a été purement et simplement boycotté. Les routes sont ouvertes pour le peloton, mais fermées pour la presse libre. Alors oui, les Mondiaux auront lieu, impossible de les arrêter. Mais il nous reste un choix : détourner ce projecteur. Que l’on soit congolais ou simplement humain, profitons de cette semaine pour parler du drame du Congo comme jamais. Pour que, derrière les maillots arc-en-ciel, on voie enfin les larmes du Kivu.
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