
Politique
A la clôture de la mission officielle â Washington aux États-Unis d’Amérique, le ministre de la Communication et Médias, Patrick Muyaya, a déclaré qu’en matière de minerais critiques tant recherchés, le Rwanda est « un pays périphérique » parce que tout le monde a compris que Kigali a basé sa stratégie de développement sur le pillage des ressources de la République démocratique du Congo, en organisant la déstabilisation dans l’Est.
Ayant compris que Kigali les mettait en position de réceleurs, plusieurs capitales ont préféré désormais faire des affaires directement avec Kinshasa. C’est le cas du deal entre les USA et la RDC. Cette interview réalisée à Washington suscite énormément d’intérêt.
Ci-dessous l’intégralité de l’interview du ministre de la communication et des médias et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya.
Question : quelles leçons tirer du séjour du Président de la République, Félix-Antoine Tshisekedi, à Washington ?
Ministre Muyaya : Alors, ici, il y a une simple chose à dire, je ne sais pas si je dois parler des leçons à tirer, mais j’ai envie de dire que le Congo est de retour. Ça veut dire qu’aujourd’hui, le Congo, dans son rôle naturel de leadership, a pris sa place, parce que, cette semaine, aux États-Unis, on a beaucoup parlé des critiques minérales, des minerais critiques. Les minerais critiques, ce sont des minerais sans lesquels on ne peut pas répondre à certains impératifs et on ne peut pas trouver de réponses sur ces questions sans avoir le grand Congo à la table. Et donc, la simple présence du Président de la République qui constitue, en réalité, le retour de la RDC dans la place où les décisions se prennent, contrairement à certains pays périphériques qui ont cru devenir des acteurs à travers le processus de pillage. Mais ici, la réponse a été donnée, et le reste de l’avenir nous le dira.
Pourquoi une certaine agitation de Kigali autour de la considération actuelle du président Félix Tshisekedi et de la RDC ?
Le Président rwandais vient de reconnaître que quotidiennement, son action en RDC ou son action politique est fondée notamment sur la stratégie du mensonge, que, heureusement, nous avons suffisamment déconstruit. Et donc, il est arrivé au bout du rouleau, il vient confirmer ce que son ambassadrice avait dit il y a quelques semaines ici, à Washington. Et c’est donc la preuve que nous l’avons mis à bout. Et lorsque la République démocratique du Congo reprend sa place, comme c’était le cas cette semaine à Washington, on ne peut malheureusement plus jamais parler du Rwanda, parce que, comme je l’ai dit, c’est un pays périphérique qui s’est construit sur le modèle de pillage.
Les restes, c’est des choses qui vont se régler très rapidement dans le temps.
Attentes de la RDC concernant les accords signés à Washington avec le Rwanda et aussi le partenariat avec les USA
Il est évident que le fait que le Rwanda ne fasse pas sa part dans le cadre de l’accord qu’ils ont librement signé pose problème par rapport à sa relation avec les Américains, et les Américains agissent, et ils agiront sûrement davantage pour s’assurer que les promesses faites à leur président soient tenues.
Et d’ailleurs, il suffit de voir ce qu’on appelle ici les body language et les mots qui ont été dits pour comprendre qu’en réalité, l’Amérique aujourd’hui ne peut pas penser constituer ses réserves stratégiques en termes de mines sans avoir la République démocratique du Congo. Et je dois vous rappeler qu’à toutes les instances où nous avons été, la République démocratique du Congo, son impératif de stabilité, son impératif de paix et de respect d’intégrité territoriale est une des conditions à la table.
Et donc, on ne pourra pas véritablement avancer dans ce que nous voulons faire si cela n’est pas rétabli. Et les Américains savent exactement ce qu’ils doivent faire pour que cette paix revienne, notamment en ce qui concerne l’attitude du Rwanda.
La RDC compte aussi sur elle-même au-delà des accords signés ?
Je voudrais que ça, tout le monde le note, c’est que nous devons d’abord compter sur nous-mêmes. Et qu’on ne vous trompe pas, la République démocratique du Congo, un peu comme nous avons coutume de l’expliquer, nous sommes à la fois sur le front militaire, diplomatique, judiciaire, médiatique ainsi qu’économique. Nous utilisons tous ces leviers en même temps.
Il est évident que les Américains, dans leur rôle de médiation, parce qu’aujourd’hui, les différentes réunions qui se tenaient dans les cas du mécanisme conjoint du suivi de l’accord ne se tiennent plus, ou du comité de supervision, parce qu’il y a un acteur qui a choisi de ne pas respecter ce qui a été convenu. Après, le Secrétaire d’Etat Rubio avait prédit qu’il y aurait des « up and down ». Aujourd’hui, dans les différentes discussions que le Président de la République, que nous avons eues avec les différents officiels américains, pour eux tous, il n’est plus question d’ambiguïté sur le fait qu’ils doivent agir sur le Rwanda. Sûrement qu’ils agissent à travers des mécanismes de pression avant d’arriver à des sanctions, mais ça, c’est la partie américaine.
Nous, ce qui nous intéresse, c’est que du côté de la République démocratique du Congo, nous continuons de prendre nos dispositions et de nous organiser pour nous assurer que nous protégeons notre territoire.
Les USA ont les moyens pour pousser le pouvoir de Kigali de se plier aux engagements pris à travers les accords ?
Je crois que les Américains disposent des leviers non négligeables qui, s’ils sont utilisés sur le Rwanda, le Président Kagame sera le responsable de l’étouffement que connaîtra le peuple rwandais.
Je n’ai pas besoin de rappeler la structuration de l’économie rwandaise qui se fonde sur le vol et le pillage de ressources en RDC, et qui se fonde un peu sur la solidarité internationale. Si aujourd’hui, les Américains arrivaient (…), mais finalement, je crois qu’ils finiront par s’y résoudre, parce que pour nous, et pour eux, s’il faut avancer dans l’agenda, notamment en ce qui concerne les partenariats stratégiques au plan économique, ils doivent agir.
N’oubliez pas non plus qu’avec les Américains, nous avons un mémorandum sur la sécurité. Donc, quoi qu’il en soit, c’est pour ça que pour moi, le Rwanda, c’est même un sujet périphérique, parce que ça va s’y régler dans le temps. Lorsqu’on parle aujourd’hui des grands enjeux dont dépendent l’avenir stratégique, notamment de l’industrie militaire américaine, je ne suis pas sûr que le Rwanda puisse peser dans la balance, lorsque les enjeux décisifs sont engagés dans un contexte mondial qui est le nôtre aujourd’hui ».
La RDC pays solution grâce à ses minéraux critiques ?
Avant quand on parlait du Congo, on parlait du Congo sous le prisme de la guerre, de la violence, mais aujourd’hui, et cette semaine, nous l’avons vécu, on a plus parlé du Congo en ce que le Congo donne des réponses aux problèmes cruciaux de l’humanité, et principalement aux problèmes stratégiques du gouvernement américain. Et donc, c’est clair que nous avons repris le rôle, et c’est plus ou moins le résultat de tous ces efforts consentis par le Président de la République depuis plus de six ans maintenant, pour permettre à la République démocratique du Congo de jouer son rôle, qui est un rôle moteur à la fois en Afrique, mais aussi à la résolution du problème du monde.
Donc, lorsque nous disons de la République démocratique du Congo que c’est un pays solution, c’est la preuve que nous venons d’avoir, entre autres, avec tout ce qui s’est passé à Washington.
Dialogue pour la résolution de la crise sécuritaire dans l’est de la RDC ?
Je pense aussi qu’au 31 janvier dernier, lorsqu’il a rencontré le corps diplomatique, le Président de la République a dit toute sa disponibilité concernant le dialogue, et que la question actuellement n’est plus, et plus plutôt une question de séquençage qu’une question de la tenue même du dialogue et de ses certains détails. Alors ici, ce qu’il faut que je rappelle, c’est que nous avons déjà deux autres dialogues qui se tiennent.
Nous avons terminé le dialogue principal avec le père, le Rwanda, en ce que nous avons un accord signé ici à Washington, et que cet accord souffre d’application parce que le père, sachant que cet accord vient mettre à mort ses activités illicites, ses activités qui financent son économie, il est bien mal à l’aise pour contribuer à la concrétisation de cet accord.
Au-delà du dialogue avec le père, nous avons un dialogue avec le fils. Le dialogue avec le fils est à Doha, mais pour nous, il était tout aussi clair qu’on ne pouvait pas continuer dans ces discussions de la manière dont on les faisait lorsque le père, à côté du fils, a décidé de les rejoindre dans ces activités qui devraient en réalité ne plus avoir lieu, parce que nous avions déjà, lorsque nous discutions, dit qu’on arrêtait les hostilités, on parlait du cessez-le-feu.
Donc vous avez un dialogue avec le père qui grippe, parce que le père, le Rwanda, n’est pas disposé à exécuter ce qui est prévu dans le cadre de l’accord de paix, et puis vous avez le dialogue avec le fils interrompu parce que le fils solidaire du père est rentré comme brigade avancée dans des activités hostiles. Mais j’ose croire qu’avec, et justement la pression américaine, avec ce qui a pu être ressorti de droit, le mécanisme du cessez-le-feu, voyons voir comment tout ça va se mettre en place pour permettre la suite.
Et donc, maintenant, sur la question du dialogue en interne, le Président de la République l’a dit. Il a dit aussi qu’au-delà de ces dialogues, on ne consacrera pas non plus l’impunité.
Et donc aujourd’hui, c’est une question, comme je le disait, des séquençages jusqu’à arriver à sa mise en œuvre. Parce que c’est un processus qui doit être complémentaire, et en cohérence avec ce que nous avons fait à Washington, et ce que nous faisons à Doha, de sorte que nous puissions avoir un paquet qui permet à la RDC de respirer l’air de la paix.
Nous avons été à Washington où nous avons signé un accord avec le président américain qui est l’homme le plus puissant du monde et vous avez vu que dans la même période le président Rwandais a attaqué Uvira de la manière la plus violente. Dites-moi, vous pensez que si nous nous asseyons entre nous Congolais, le lendemain le Président Rwandais va cesser ses activités?
Aujourd’hui, il faut qu’on soit clair le dialogue du Président de la République a été précis, s’il doit y avoir ce dialogue, il se tiendra sur le territoire national et il ne consacrera pas l’impunité.
Vous avez plus ou moins la logique du Président qui a été dessinée. Et donc, le dialogue ne sera pas en lui-même suffisant pour mettre fin à une crise qui est sécuritaire liée à l’agression. C’est pour ça qu’il faut faire tout de suite le lien de la complémentarité lorsqu’on aura fini avec le père, lorsqu’on aura fini avec le fils, on pourra maintenant dans le cadre de ce dialogue traiter des questions de ceux malheureusement, qui sont devenus complices du fils ou du père, ou exécutants du père et du fils dans un mélange malsain contre la République parce qu’ils ont des intérêts politiciens.
Les entreprises américaines déjà prêtes à investir en RDC ?
Il y a eu réunion de ce qu’on appelle en anglais le Joint Steering Committee, les comités directeurs conjoints, créés dans le cadre de l’exécution du partenariat stratégique entre la République démocratique du Congo et les États-Unis.
Vous avez appris que non seulement la Gécamines a déjà fourni 100 000 tonnes de cuivre, ici aux États-Unis, mais qu’il y a eu ces deals autour de Gécamines et de la société américaine Virtus. Vous avez sûrement aussi suivi cette intention d’une société américaine oriente, je pense, le rachat de quelque part de Glencore, on parle de 9 milliards, nous sommes dans du concret. Et si vous lisez tous les actes ou tous les documents qui accompagnent, il y a une volonté pour la Gécamines de continuer à fournir aux États-Unis. Et donc, nous sommes déjà dans le concret.
C’est vous dire l’attractivité de notre pays, et c’est vous dire aussi que nous sommes rentrés dans un tournant. Vous savez, quand un arbre pousse, on n’entend sûrement pas les bruits.
Mais peut-être que dans les mois qui viennent, ou dans une année, vous allez voir un arbre bien pointé. Mais tout ça va venir concrétiser ces efforts du président de la République à travers une stratégie claire et des lignes clairement dessinées pour que la République démocratique du Congo soit en mesure de jouer son rôle plein qui est attendu dans le cadre du partenariat stratégique avec le gouvernement américain, mais aussi d’être ce pays qui pourra fournir des solutions ou à partir de quel, pourra partir des solutions pour les industries stratégiques américaines.
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