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Chemaf : qui est Virtus Minerals, le candidat « en tête » poussé par Washington ?

2026-02-12
12.02.2026
2026-02-12
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Alors que le dossier de rachat de la Chemaf traine en longueur depuis près de deux ans, un nouvel acteur jusque-là discret et presqu’inconnu émerge comme favori soutenu par les États-Unis : Virtus Minerals. L’entreprise décrit par ses promoteurs comme une compagnie américaine dédiée à sécuriser des minerais critiques pour les chaînes d’approvisionnement occidentales s’est jointe publiquement dans la course aux ressources minières congolaises. Coup de projecteur sur l’ambitieux nouveau.

Sur son site internet, Virtus se présente comme centrée sur « un projet de raffinerie cuivre-cobalt en République démocratique du Congo » et revendique l’objectif de bâtir des « verticales ore-to-OEM » pour fournir des minerais « alignés avec la sécurité nationale, la défense, la technologie, l’automobile et l’industrie » des États-Unis, visant à « contrer la domination étrangère », sans citer laquelle. Plusieurs spécialistes voient dans la manœuvre le bras de fer des Etats-Unis pour contrer l’étendue de la Chine sur les minerais en Afrique.

Le groupe affirme aussi agir « selon les plus hauts standards environnementaux, éthiques et durables », selon la rubrique « About » consultée par M&B Magazine.

Forces spéciales US

Le profil de Virtus repose en grande partie sur l’expérience revendiquée de ses dirigeants. Gregory Roberts, vice-président des opérations, est présenté comme un ancien officier des forces spéciales et responsable ayant œuvré au sein de comités liés au renseignement et à la sécurité nationale aux États-Unis. Phil Braun, directeur général, dirige par ailleurs ROK Metals, filiale américaine opérant en RDC : « ROK est une société locale… qui vise à contrôler la chaîne d’approvisionnement cuivre-cobalt en RDC, depuis les permis miniers jusqu’à une usine de lixiviation et de production de cathodes de cuivre puis de cobalt », indique la page consacrée au projet ROK. Le site précise que ROK « met l’accent sur des opérations éthiques et durables et la création d’emplois, notamment pour les femmes ».

Le discours de Virtus et de sa filiale ROK fait écho aux priorités officielles américaines : Washington soutient, d’après le Financial Times, un consortium mené par Virtus comme investissement « phare » pour concrétiser le partenariat minier américano-congolais et réduire la dépendance aux chaînes d’approvisionnement dominées par la Chine.

Virtus revendique également des compétences en logistique et financement. Le profil de son directeur financier mentionne une formation à la Naval Academy et à la Harvard Business School, ainsi qu’une expérience en private equity et en conseil, soulignant la volonté du groupe de mobiliser des capitaux et des compétences internationales pour développer des usines de transformation sur place.

L’aubaine Chemaf

Le dossier Chemaf est plus que capital. L’entreprise, basée à Dubaï et propriétaire du projet Mutoshi, produit aujourd’hui moins de 20 000 tonnes de cuivre par an mais dispose, selon le Financial Times, d’un potentiel cobalt majeur à développer, conditionné à un plan d’investissement d’environ 300 millions de dollars. La vente, en discussion depuis fin 2023, a déjà suscité une intense compétition internationale et des interventions diplomatiques, après l’échec d’une cession au chinois Norin Mining annoncée en 2024.

Plusieurs facteurs juridiques et financiers compliquent la transaction : la famille Virji (propriétaire), l’État congolais (actionnaire à 5 %) et le créancier Trafigura, qui a arrangé un prêt de 600 millions de dollars en 2022, disposent chacun de leviers importants sur l’avenir de Chemaf, rappelait récemment le FT.

Virtus n’a pas répondu directement aux sollicitations citées par les médias. Ses promoteurs mettent en avant la création de « verticales ore-to-OEM » et un ancrage local via ROK, soulignant la volonté d’« offrir des ressources sécurisées à des entreprises cherchant à réduire leur exposition aux aléas du commerce international », selon le texte publié sur leur site.

 

Elisha Iragi
M&B Magazine
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