
Politique
Vingt ans après la promulgation du texte fondateur de la Troisième République, Évariste Boshab assume le choix de la révision. Considéré comme l’un des plus éminents constitutionnalistes de la RDC, l’ancien président de l’Assemblée nationale relance le débat sur la révision constitutionnelle.
Le professeur de droit constitutionnel ne soupèse pas ses mots. La Constitution de 2006, aujourd’hui dépassée par le temps et par les mutations profondes de la société congolaise, n’est plus un socle intouchable, mais un cadre à adapter, voire à transformer. « Nous fêtons aujourd’hui les 20 ans. Cela signifie que nous avons déjà dépassé la moyenne. Est-ce une raison pour s’en complaire ou est-ce une raison pour se dire que les réalités qui ont présidé à l’adoption de ce texte ne sont plus les mêmes aujourd’hui ? », s’est-il vivement interrogé.
Intervenant le 18 février 2026, dans un colloque marquant le vingtième anniversaire de la Loi fondamentale, Boshab s’est appuyé sur l’analyse du juge américain Stephen Breyer pour défendre son argumentaire : la durée de vie moyenne d’une Constitution est de dix-sept ans. La RDC en compte vingt. Dépassée. Déphasée. Selon lui, la révision ou le changement intégral n’est plus une hypothèse, mais une nécessité incontournable.
Une sortie polémique
L’ex-directeur de cabinet de Joseph Kabila ne se contente pas d’une observation académique. Il distingue avec rigueur la révision constitutionnelle, légale si la procédure est scrupuleusement respectée, du changement complet, qui relève d’un choix politique et non juridique. Le juriste pose les jalons d’une réflexion que beaucoup redoutaient : après vingt ans, les mécanismes instaurés, à savoir; décentralisation, régime semi-parlementaire, équilibre des pouvoirs n’ont pas réellement produit la stabilité ou le développement escompté.
Le constat de Boshab est tranchant : « Si la Constitution ne reflète plus les aspirations actuelles de la nation, il faut avoir le courage de la retailler pour l’adapter à la morphologie contemporaine de l’État ». L’ex-speaker martèle que le texte fondamental ne saurait être un texte sacré, immuable, mais un instrument au service de la gouvernance et du peuple.
Une Constitution dépassée et contestée
Pour le professeur constitutionnaliste, trois griefs majeurs accablent l’actuelle Loi fondamentale, à savoir : une rédaction faite à l’étranger et par des étrangers : Comme l’indique l’ouvrage de Gilbert Tshilumba Kalombo, la Constitution de 2006, comme celle de 1960, a été rédigée à Liège, en Belgique, dans un contexte de tiers exogènes, une structure précipitée et inachevée : La Constitution présente des titres, chapitres, sections et paragraphes qui semblent dépourvus de rigueur formelle, révélant un texte conçu dans l’urgence, une inadéquation aux temps actuels : Certaines dispositions paraissent d’une généralité vide de substance, inadaptées à la réalité sociale et politique actuelle de la RDC.
Ainsi, Evariste Boshab interpelle la société congolaise à haute voix. Faut-il se laisser séduire par le mode des révisions, ou faut-il d’abord comprendre ce que l’on souhaite réellement changer ? Ces questionnements reflètent la profondeur du malentendu et la nécessité d’une circonspection politique.
Tensions autour du changement constitutionnel
Depuis plusieurs années, le régime Tshisekedi est accusé par l’opposition de vouloir modifier la Constitution. Les tentatives détectées ont suscité des réactions immédiates. Ensemble de Moïse Katumbi, Lamuka de Martin Fayulu, FCC de Joseph Kabila et plusieurs ténors de l’opposition s’étaient farouchement opposés à toute révision ou changement de la loi des lois, jurant de faire bloc pour ne pas laisser le président franchir ce seuil.
Si certains y voient d’ailleurs une nécessité pour défendre l’intégrité territoriale, d’autres concluent à un calcul politique malsain. Pour rappel, en 2024, chaque déplacement de Félix Tshisekedi à Kisangani, Lubumbashi ou Isiro fut ponctué d’affirmations sur l’urgence de corriger un texte que le président jugeait rédigé à l’étranger par des étrangers.
Controverse sur le troisième mandat
L’article 217, qui permet la conclusion d’accords pouvant impliquer un abandon partiel de souveraineté pour promouvoir l’unité africaine, cristallise la polémique. Pour le président de la République, cette disposition consacre carrément la vente de la souveraineté du pays à des États africains. Pour l’opposition, par contre, cet argument serait un prétexte pour permettre au chef de l’État de briguer un troisième mandat. Tshisekedi lui-même avait déclaré en décembre 2024. « Qui peut m’empêcher, moi garant du bon fonctionnement des institutions, de changer la Constitution ? Personne ne changera ma position sur la révision ou le changement de la Constitution ».
Le chef de l’Etat dénonçait également l’inaction face à ce qu’il considère comme un danger pour la nation. « Demander aux Congolais de ne pas revoir leur Constitution alors qu’il y a le fameux article 217 qui consacre la vente de notre souveraineté ? Le pays est en danger. Je suis l’un des Congolais les mieux placés pour comprendre cela ».
Une démarche technique et évaluative
Boshab replace le débat dans une perspective scientifique. Le constitutionnaliste invite à mesurer si les objectifs assignés par le constituant de 2006 ont été atteints. La Constitution a-t-elle mis fin aux cycles de rébellions ? Le découpage en 26 provinces et l’autonomie financière sont-ils effectifs ou paralysés ? Le régime semi-parlementaire permet-il une gouvernance efficace ou engendre-t-il des blocages ? L’approche, bien que méthodique, ne peut dissiper la méfiance politique. Le risque demeure que les révisions ne servent que les intérêts d’une classe politique et non le peuple.
Pour Évariste Boshab, la Constitution de 2006, jadis pilier de la République, est devenue un vêtement trop étroit pour les aspirations actuelles du peuple congolais. Il rappelle à tous que « la nation ne peut se permettre le confort des demi-mesures ». Le débat sur sa révision ou son remplacement n’est plus un choix, mais une nécessité urgente, une flamme que plus personne ne pourra éteindre. Jusqu’ici, cette question était restée en retrait, étouffée par les tensions dans l’est et les actions déstabilisatrices du M23. La déclaration de Boshab ravive désormais la polémique au niveau national.
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Le professeur Evariste Boshab, un des éminents constitutionnalistes congolais @Photo Droits tiers.