
Politique
La question d’une éventuelle révision de la Constitution de la République Démocratique du Congo n’est plus un débat feutré entre juristes: elle est devenue, en une semaine, un marqueur des fractures au sein de l’Union sacrée, la coalition présidentielle. Au centre de la tempête, Modeste Bahati, deuxième vice‑président du Sénat et membre du présidium de l’Union sacrée, joue les grain de sable. Sa prise de position ferme contre toute modification de la loi fondamentale a déclenché une vague de réactions, jusqu’au désaveu explicite du Sénat et l’ouverture d’une motion de défiance visant à le démettre de son poste au bureau de la chambre haute.
Le paradoxe est saisissant. D’un côté, Bahati incarne la résistance institutionnelle: pour lui, toucher à la Constitution sans large consensus serait un acte dangereux, susceptible d’éroder l’autorité des institutions. De l’autre, des voix au sein de la majorité, plus offensives, pilotent un agenda inverse, prêtes à remodeler la règle du jeu politique. Le face‑à‑face n’est pas seulement politique: il est symbolique. Qui écrira demain les limites du pouvoir?
Risque de déflagration au sein de l’Union sacrée
La réponse la plus bruyante est venue du camp pro‑révision, naturellement mené par l’UDPS. Augustin Kabuya, président intérimaire du parti présidentiel, a pris le parti d’agiter l’argument historique: «Mobutu a révisé la Constitution 17 fois, Laurent‑Désiré Kabila 3 fois, Joseph Kabila l’a retouchée en passant de deux tours à un tour. Soyez calmes, nous allons toucher la Constitution», a‑t‑il lancé samedi à Limete, provoquant autant l’espoir que l’inquiétude.
Sa posture, loin d’apaiser, accentue la polarisation et transforme la question constitutionnelle en enjeu de pouvoir à court terme. Le coup de théâtre a pris un autre relief depuis Luozi, au Kongo central. Didier Budimbu, Autorité morale de l’Autre Vision du Congo -AVC-, a annoncé que son parti accompagnerait «éventuellement» une candidature de Félix Tshisekedi à un troisième mandat.
Mieux: devant une foule mobilisée, Budimbu s’est engagé à proposer à l’Union sacrée une révision permettant ce troisième mandat, promettant une opération de communication de grande ampleur, notamment une tournée à Seke Banza, Kasangulu, Moanda et meeting imminent à Lemba, pour «vulgariser sans complexe» ce projet.
Dimanche 8 mars, Christophe Mbodo Nkodia, 2e vice-président de l’Assemblée nationale et président de CRD, est revenu en renfort au duo UDPS-AVC en lâchant: «seule la Bible est inchangeabl». Signe des temps: le débat sort des cercles feutrés et se joue désormais sur les places publiques. Les meetings succèdent aux consultations, les slogans aux analyses juridiques. Et la majorité, censée être unie autour du chef de l’État, montre ses lignes de fracture au grand jour. Alors que le pays se bat encore pour recouvrer son intégrité territoriale et régler le dossier sécuritaire, le débat constitutionnel fait rage et pose le problème de choix des priorités.
Quelles conséquences pour l’institutionnel ?
La tension interne n’est pas qu’un feuilleton politique; elle interroge la solidité des garde‑fous institutionnels. Une motion de défiance victorieuse contre Bahati illustrerait la capacité du pouvoir à discipliner ses dissidents; à l’inverse, l’échec d’une telle motion renforcerait la légitimité des réticences et imposerait une pause dans tout projet de révision.
Entre ces deux extrêmes, un compromis parlementaire -moratoire, commission de réflexion, large consultation publique- resterait la voie la moins périlleuse. Sur la scène internationale, l’horloge tourne aussi. Toute tentative perçue comme une manipulation opportuniste de la Constitution risque d’émousser la confiance des partenaires et d’alimenter des critiques sur la dérive autoritaire. Au plan intérieur, une révision hâtive pourrait alimenter les tensions sociales et fragiliser davantage la fragile cohésion nationale.
Leçon de pédagogie et d’apaisement
Au‑delà des manœuvres politiciennes, l’affaire met en lumière une nécessité simple et désarmante: la Constitution n’est pas un instrument de conquête mais le pacte qui structure la communauté politique. La question de la modifier exige donc plus de transparence, de pédagogie et de consultations que d’invectives et de démonstrations de force.
Sans cela, le pays prend le risque d’un affrontement qui ne servira ni la stabilité ni le développement. En l’état, l’Union sacrée est à la croisée des chemins: elle peut choisir la précipitation et voir la contestation se cristalliser, ou opter pour la délibération et transformer un sujet explosif en exercice démocratique. Rien n’oblige à l’urgence dans le contexte sécuritaire actuel. Mais le temps presse et la manière dont la majorité résoudra son différent dira beaucoup de la maturité politique du régime et de l’avenir institutionnel de la République.
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