
Politique
Le débat sur la révision ou le changement de la Constitution, que la guerre dans l’est avait provisoirement étouffé, refait surface, cette fois-ci avec une grande intensité. À Kinshasa, les déclarations se succèdent, les lignes se durcissent et les intentions continuent de se dévoiler sans fard. Derrière la volonté affichée de toucher à la Constitution du 18 février 2006, une question taraude les esprits : s’agit-il de corriger un texte imparfait ou d’ouvrir la voie à un troisième mandat de Félix Tshisekedi ?
Le camp au pouvoir exprime son intention
Le ton avait été donné par le secrétaire général de l’UDPS. Le 7 mars dernier, Augustin Kabuya, a levé toute ambiguïté en déclarant devant cadres et militants : « Soyez calmes, nous allons toucher à cette Constitution ». Pour légitimer cette orientation, ce haut cadre du parti présidentiel a même convoqué l’histoire : « Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila, tous ont touché aux textes fondamentaux. Au nom de quel principe allez-vous interdire à notre régime d’y toucher ? » , s’est-il interrogé ce jour-là.
Dans cette même veine, certaines voix de la majorité présidentielle vont encore plus loin. Le ministre des Sports, Didier Budimbu, n’a pas hésité à évoquer ouvertement la perspective d’un troisième mandat, déclarant ouvertement : « Nous allons tout droit vers un troisième mandat, nous n’aurons pas honte ». Une sortie qui, dans le contexte politique actuel, ne fait qu’alimenter les soupçons d’une révision constitutionnelle aux motivations éminemment politiques.
Face à cette offensive de l’Union sacrée, l’opposition, elle, brandit un refus catégorique. Des figures majeures telles que Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund ou encore Delly Sesanga dénoncent une dérive potentielle et s’emploient déjà à mobiliser l’opinion publique contre ce projet. Pour eux, la Constitution de 2006 ne saurait être l’objet d’une manipulation opportuniste au gré des conjonctures politiques.
C’est dans ce climat électrique qu’intervient une contribution intellectuelle de Dieudonné Nkishi Kazadi. Cet enseignant-chercheur à l’Université de Kinshasa et directeur exécutif de l’École de hautes études politiques et juridiques, vient de publier un ouvrage au titre évocateur : « Les 117 péchés de la Constitution du 18 février 2006, autopsie critique d’un ordre constitutionnel inachevé ».
Loin des postures partisanes et des slogans politiques, cet ouvrage se présente comme une radiographie méthodique de la loi fondamentale congolaise. À travers une démarche rigoureuse, l’auteur identifie, analyse et contextualise 117 failles qu’il qualifie de « péchés », mettant en lumière les ambiguïtés juridiques, les compromis politiques et les fragilités structurelles qui, au fil des années, ont contribué à affaiblir l’État.
Mais au-delà du diagnostic, la portée de cette œuvre réside également dans son orientation intellectuelle. En exposant avec une telle minutie les insuffisances du texte constitutionnel, Dieudonné Nkishi Kazadi ne se contente pas de décrire un dysfonctionnement, il en suggère implicitement l’issue. Pour lui, ces « 117 péchés » ne sont pas de simples imperfections théoriques, ils constituent autant de limites qui, cumulées, empêchent l’actuelle Constitution de jouer pleinement son rôle de socle stable et efficace de l’État.
L’intérêt majeur de cette œuvre réside précisément dans sa capacité à dépasser le tumulte conjoncturel pour poser les véritables termes du débat. Là où certains invoquent la nécessité de réviser la Constitution au nom de son inadéquation supposée à la réalité actuelle, Dieudonné Nkishi Kazadi apporte des éléments concrets qui viennent nourrir cette thèse.
En mettant à nu les contradictions internes du texte, ces zones d’ombre juridiques et les compromis politiques qui l’ont façonné, le chef de file du Front alimente, sur une base scientifique, l’idée qu’une réforme, voire une refonte pourrait s’avérer nécessaire.
Spécialiste des questions de l’État, du constitutionnalisme et des transformations institutionnelles en Afrique, l’auteur aligne son analyse dans une approche de politologie critique, à la croisée du droit constitutionnel, de la sociologie politique et de la théorie de l’État postcolonial. En mobilisant les apports de penseurs tels que Michel Foucault, Pierre Bourdieu, Achille Mbembe ou encore Émile Bongeli, Nkishi propose une lecture fine des mécanismes du pouvoir, de domination et de reproduction des élites qui structurent la vie politique congolaise.
Plus encore, l’ouvrage met en perspective la crise de l’État en République démocratique du Congo en interrogeant les rapports complexes entre héritage colonial, normativité constitutionnelle et pratiques politiques contemporaines. Une grille de lecture essentielle, à l’heure où certains prônent des réformes rapides.
Chez Dieudonné Nkishi Kazadi, l’idée de changement constitutionnel ne relève donc pas d’un opportunisme politique, mais d’un raisonnement construit, nourri par l’analyse des failles accumulées et de leur impact sur le fonctionnement de l’État.
En cela, « Les 117 péchés de la Constitution » apparaît comme une contribution salutaire et, osons le dire, structurante dans le débat actuel. Car en identifiant méthodiquement les limites du texte de 2006, l’auteur offre une base intellectuelle solide à ceux qui plaident pour une transformation du cadre constitutionnel. Il ne s’agit plus seulement d’une revendication, mais d’un débat désormais étayé par une analyse académique rigoureuse.
Au moment où ce débat est relancé, l’ouvrage de Dieudonné Nkishi Kazadi devient un instrument de clarification. En exposant les failles d’un texte qui, 20 ans après son adoption, peine à répondre aux exigences contemporaines, il contribue à déplacer la discussion du terrain des intentions vers celui des arguments. Dieudonné rappelle à travers son ouvrage une évidence souvent négligée : une Constitution n’est pas un monument figé, mais un organisme vivant, appelé à évoluer au rythme des réalités qu’il encadre. Encore faut-il que cette évolution soit guidée par la rigueur, la lucidité et l’intérêt supérieur de l’État.
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Dieudonné Nkishi, le coordonnateur du Front anti-dialogue @Photo Droits tiers.