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Politique

Félix Tshisekedi : la tentation du troisième mandat

2026-04-04
04.04.2026
2026-04-04
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Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, président de la République

Alors que l’Est s’enfonce dans la guerre, Kinshasa s’embrase autour d’une éventuelle révision constitutionnelle, sur fond de soupçons de troisième mandat. Opposition et Église montent déjà au front.

Kinshasa s’engage dans un débat à haut risque. Alors que l’est du pays reste en proie à une crise sécuritaire persistante, le pouvoir relance la question de la révision constitutionnelle. Une initiative portée par l’UDPS qui, loin de faire consensus, ravive tensions politiques, inquiétudes sociales et mises en garde institutionnelles.

La polémique enfle depuis que lors d’une matinée politique organisée le 7 mars au siège national de l’UDPS, les dirigeants du parti ont réaffirmé leur volonté de revoir la loi fondamentale. Le secrétaire général du parti, Augustin Kabuya, a assuré que la question avait déjà fait l’objet de discussions internes et qu’elle restait d’actualité.

Selon lui, les différentes structures de l’UDPS ont débattu de cette question depuis 2024, notamment lors des États généraux des fédérations du parti à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. « Depuis 2024, toutes les structures de l’UDPS ont déjà discuté de cette question. Pour nous, ce débat est déjà dépassé. Nous avons toujours estimé que cette Constitution devait être changée. »

Augustin Kabuya a également invoqué l’héritage politique d’Étienne Tshisekedi, fondateur de l’UDPS, qu’il qualifie de « père idéologique » du mouvement. « Notre père idéologique avait déjà prévenu que cette Constitution représentait un danger pour la République. Il avait même affirmé que le jour où l’UDPS accéderait au pouvoir, elle serait changée. »

Le secrétaire général du parti présidentiel a aussi souligné que plusieurs dirigeants congolais ont déjà modifié les textes fondamentaux dans l’histoire politique du pays, citant notamment Mobutu Sese Seko, Laurent-Désiré Kabila et Joseph Kabila.

« Au nom de quels principes peut-on aujourd’hui menacer le régime de l’UDPS pour ne pas toucher à la Constitution ? » s’est-il interrogé, avant d’ajouter : « Je vous assure : soyez calmes, nous allons “toucher” à la Constitution. Nous allons garder notre cap vers cet objectif. »

Une opposition frontale et une société civile mobilisée

Face à cette volonté affichée, les réactions sont immédiates. Plusieurs figures de l’opposition dénoncent une initiative déconnectée des priorités du pays.

Prince Epenge, porte-parole de la coalition Lamuka et président du parti Action pour la démocratie et le développement au Congo, estime que le véritable problème du pays ne réside pas dans la Constitution. Selon lui, « ce qu’il faut changer, ce n’est pas la Constitution mais plutôt la personne de Félix Tshisekedi ». Il affirme également que l’idée d’une révision constitutionnelle serait, selon lui, une stratégie visant à diviser les Congolais.

De son côté, Jean-Marc Kabund-a-Kabund, président de l’Alliance pour le Changement (A.Ch) et figure de la Coalition de la gauche congolaise, a dénoncé la relance de ce débat. « Remettre ce débat sur la table dans un tel contexte est bien la preuve d’une mauvaise hiérarchisation des priorités par le pouvoir en place. »

Le mouvement citoyen Lutte pour le Changement (Lucha) promet également de s’opposer à toute initiative visant à modifier la Constitution. Dans une déclaration récente, l’organisation affirme qu’elle se mobilisera « avec la même détermination et force » pour défendre la Constitution, comme elle l’avait fait par le passé lorsque l’actuel pouvoir s’opposait lui-même à toute révision sous le régime précédent.

La Lucha appelle ainsi à une vigilance citoyenne « totale » et rappelle que l’article 64 de la Constitution impose à chaque Congolais le devoir de faire échec à toute personne exerçant le pouvoir en violation de la loi fondamentale.

Katumbi sonne l’alerte

Dernière réaction en date, celle de l’opposant Moïse Katumbi, président du parti Ensemble pour la République. Dans une réaction sur ses réseaux sociaux, il met en garde le pouvoir contre tout projet de révision de la Constitution pouvant ouvrir la voie à un troisième mandat du président Félix Tshisekedi.

« Ce n’est pas à cause de la Constitution que nous n’avons plus de routes, que les fonctionnaires sont mal payés, que les enfants meurent de faim ou qu’il n’y a pas d’emplois », affirme-t-il, sans une adresse vidéo sur son compte X. Une sortie qui intervient alors que les évêques catholiques ont eux aussi déconseillé toute initiative en ce sens, estimant qu’elle pourrait aggraver la crise sécuritaire.

Ainsi, Moïse Katumbi se montre catégorique. « L’heure est grave », dit-il tout en appelant à une vigilance générale face à toute initiative visant à modifier la Constitution. « Je demande à la population congolaise d’être éveillée et de dire non à ce changement constitutionnel. Nous avons besoin de la paix dans notre pays, de l’unité de notre pays. Soyons prêts, nous devons nous défendre pour qu’on ne touche pas à notre Constitution. Nous avons la meilleure Constitution du monde », affirme-t-il.

Selon Moïse Katumbi, la crise que traverse le pays ne tient pas à la Constitution, mais à la gouvernance actuelle. Il interpelle directement le président Félix Tshisekedi, rappelant leur combat commun contre toute révision du texte sous le régime précédent. « Pensez aux souffrances de la population. Nous n’allons jamais accepter un changement de la Constitution, surtout si ça venait de vous, ce serait une trahison de la population congolaise », alerte-t-il.

Kabila appelle à « balayer le système »

Quelques jours avant lui, l’ancien président Joseph Kabila avait lui aussi décidé de prendre la parole de manière frontale sur ce dossier. Pour lui, la situation du pays dépasse la seule question constitutionnelle. Il pointe avant tout un problème de gouvernance et de vision politique. Il affirme notamment dans un long entretien à nos confrères de La Libre Belgique qu’« il n’y a plus de Constitution » et que « notre Constitution est foulée aux pieds par Félix Tshisekedi et son clan ».

Joseph Kabila met également en garde contre une dérive plus profonde et appelle à éviter ce qu’il qualifie de « soudanisation » du pays, plaidant pour le dialogue comme seule issue viable à la crise. Très critique envers les initiatives diplomatiques en cours, il qualifie Félix Tshisekedi de « va-t-en-guerre » et estime que la stratégie actuelle risque d’aggraver les tensions.

Sa position est sans ambiguïté : il ne faut pas modifier la Constitution. Mais au-delà, il affiche un objectif politique plus large : « mettre fin au régime Tshisekedi » et « balayer » le système actuel, qu’il considère comme à bout de souffle.

L’Église catholique met en garde contre une aggravation de la crise

Dans ce contexte tendu, l’Église catholique prend position. La Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), par la voix de son secrétaire général Monseigneur Donatien Nshole, met en garde contre les conséquences d’une telle initiative. « Aller dans ce sens-là, dans le contexte sécuritaire actuel, ce serait encore aggraver la crise. »

Les évêques insistent sur leur vigilance face à toute démarche susceptible de fragiliser la paix sociale. « Les évêques sont très regardants sur tout ce qui concerne le bien-être de la population, et surtout sur ce qui concerne la paix. Il est évident que toute approche politique qui irait dans le sens de menacer la paix sociale ne laissera pas les évêques indifférents. »

Pour Monseigneur Donatien, la priorité est claire : « Le contexte sécuritaire en termes de la dégradation, c’est justement ce qui urge aujourd’hui. Sur la mise en œuvre de ce pacte social, les évêques ont insisté sur le fait de ne surtout pas le confondre avec un dialogue politique qui vise un partage du pouvoir. »

Des garde-fous constitutionnels sous tension

Au-delà du débat politique, la question se heurte à des limites juridiques prévues par la Constitution elle-même. Plusieurs dispositions dites « verrouillées », notamment l’article 220, interdisent toute modification de certains principes fondamentaux, tels que la forme républicaine de l’État, le suffrage universel, le nombre et la durée des mandats présidentiels, l’indépendance du pouvoir judiciaire ou encore le pluralisme politique.

Pour plusieurs juristes, ces dispositions constituent un véritable garde-fou destiné à empêcher toute remise en cause des fondements démocratiques de l’État.

D’autres spécialistes du droit constitutionnel défendent toutefois une lecture plus évolutive. Évariste Boshab, ancien vice-Premier ministre et professeur de droit constitutionnel, soutient qu’« au-delà d’une quinzaine d’années soit environ 17 ans un débat sur son évolution peut devenir légitime dans la vie d’un État ».

Pour André Mbata, constitutionnaliste, député national et cadre de l’UDPS : « Si cette dernière est la “meilleure” que le pays ait connue, elle ne saurait être gravée dans le marbre. Aucune Constitution n’est immuable. »

Des tensions au sein même de l’Union sacrée

Le débat ne divise pas seulement l’opposition et la majorité : il fracture aussi l’Union sacrée. Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat, s’était publiquement prononcé contre toute révision constitutionnelle lors d’une conférence de presse tenue le 4 mars. Une prise de position qui a immédiatement provoqué des tensions, certains sénateurs de son propre regroupement (AFDC-A) s’étant désolidarisés de ses propos.

Face à la pression, il avait tenté de désamorcer la crise : « Je présente mes excuses et réaffirme ma loyauté au Chef de l’État, Son Excellence Félix Tshisekedi, ainsi que mon engagement au sein de l’Union sacrée de la Nation. »

Mais la polémique ne s’est pas éteinte. Une pétition a été déposée contre lui par le sénateur Danny Kabongo, membre de l’UDPS. Sans attendre l’issue de cette initiative, Modeste Bahati Lukwebo a finalement choisi de démissionner, illustrant les profondes fractures internes au sein de la majorité présidentielle.

Un climat déjà sous tension

Le 24 mars, une dizaine de militants de l’opposition ont été interpellés à Kinshasa alors qu’ils manifestaient contre toute éventualité de changement ou de révision de la Constitution.

Ce regain de tensions intervient alors que la Constitution congolaise a fêté ses 20 ans le 18 février 2026 et que le président Félix Tshisekedi, réélu en 2023, est censé achever son mandat en 2028. Dans ce contexte, certains analystes estiment qu’une révision pourrait ouvrir la voie à de nouvelles perspectives politiques, notamment autour de la question d’un éventuel troisième mandat.

Mais pour beaucoup, l’urgence reste ailleurs. Dans un pays confronté à des défis sécuritaires majeurs, relancer un tel débat apparaît, pour ses détracteurs, comme un pari politique risqué aux conséquences potentiellement lourdes pour la stabilité nationale.

 

Merveille Assani
Le Point / MCP, via mediacongo.net
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Il y a 3 jours
La soudanisation : À part la séparation des deux Soudans, abondamment expliquée par de nombreux analystes, il existe un aspect que beaucoup ignorent. En effet, le général Hemeti fut le chef d’une milice Janjawid (équivalente aux Forces du Progrès ou Wazalendo en RDC, aux Interahamwe au Rwanda ou aux Imbobera Kuré au Burundi). Les Janjawid sont une milice arabe soudanaise tristement célèbre pour leur rôle dans le conflit du Darfour, où ils ont perpétré des atrocités de masse : massacres, viols et déplacements forcés de populations non arabes. Ils ont joué un rôle central dans le génocide du Darfour au début des années 2000. En 2013, les Janjawid ont été réorganisés en Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire intégré à l’appareil sécuritaire du Soudan, placé sous le commandement du général Hemeti. Celui-ci a joué un rôle clé dans les coups d’État soudanais de 2019 et de 2021 Actuellement, c’est lui qui affronte les forces gouvernementales soudanaises dans la guerre civile en cours

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Il y a 4 jours
Indifférence des États-Unis, de la France et de la Belgique face aux détournements massifs du régime Tshisekedi. Savez-vous que 70 % des recettes de la Gécamines, durant le règne du MPR, étaient transférées sur les comptes privés de Mobutu avec la complicité de certains officiels belges ? Une bonne nouvelle est qu’à sa mort, tout cet argent estimé à 22 milliards a été confisqué par les Occidentaux, y compris ses maisons et autres propriétés. La famille de Mobutu vit désormais grâce aux aides des gouvernements qui les accueillent. C’est aussi l’exemple d’autres dictateurs africains après leur chute. Cela expliquerait la haine manifestée contre le régime de Kabila : lui ne plaçait pas son argent en Europe, possédait peu ou pas de propriétés,en occident. La Belgique et les etats Unis ont vite compris qu’il n’y aurait aucun bénéfice à tirer de son règne et meme lors de sa chute. Il fallait donc s’en débarrasser rapidement.

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Il y a 4 jours
Un journaliste mediocre de tres mauvaise qualite .

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Il y a 4 jours
Kabila est un jeune garçon, très expérimenté, avec beaucoup d'expérience. Il a seulement 54 ans. Partout dans le monde il est jeune. Il a demandé de balayer ce système fait des vieux corrompus non seulement par l'argent ,mais aussi l'âge. Ainsi sans etre Kabiliste, ou du PPRD, ou FCC. Chaque jeune doit regarder le devant, son futur. Chacun doit regarder à son père, oncle, eecc à ceux qui croient que le meilleur futur est possible. Les congolais, surtout les jeunes, ils doivent éviter l'erreur des Américains qui avaient voté Trump. Tenez, durant son premier mandat surtout à la fin, Trump avait chié sur les institutions, violant le Capitol. Quelques années après, le même Trump se représente, il est voté massivement. Mais où en sommes-nous avec la guerre ou ses guerres. Aujourd'hui le monde est dans un désastre économique. Parfois une fois suffit pour juger un homme. En deux mandats Tshilombo a détruit les espoirs d'une nation unie, souffrance et misère sont au rendez-vous chaque jour. Alors balayer le système et défendre la constitution, sont les uniques options possibles pour la RDC.

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Tshilombo n’aura pas l’occasion de changer ou de modifier cette constitution. Ça ne passera pas. Sa fin est proche et l’Udps enterré

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