
Afrique
Dans une sortie médiatique très offensive, Patrick Muyaya a sèchement recadré Paul Kagame, l’exposant à ses propres contradictions. S’appuyant sur les Accords de Washington, le porte-parole du gouvernement congolais a déconstruit face aux journalistes, point par point, la posture de Kigali, entre engagements signés et réalités contredites sur le terrain.
Le patron de la Communication et médias s’est déchaîné avec force pour démontrer les contradictions du pouvoir rwandais malgré la signature par le président rwandais des accords de Washington.
Muyaya met les points sur les i
Les Accords de Washington, que Muyaya invite les Congolais à lire avec rigueur, structurent désormais l’action gouvernementale autour de deux axes distincts. D’un côté, un processus de paix destiné à mettre fin à une crise qui dure depuis plus de trois décennies. De l’autre, un partenariat stratégique avec les États-Unis, pensé comme un levier de transformation économique. Une articulation claire, martelée par le ministre, qui insiste sur un principe intangible, aucune ambition de développement ne peut prospérer sans stabilité sécuritaire durable.
Cet accord, c’est un accord du futur. Cet accord, ce n’est pas pour le président de la République, ce n’est même pas pour nous gouvernement, c’est pour le peuple congolais. Ces accords ne viennent pas seulement régler un problème de sécurité qui nous plante depuis plus de 30 ans, mais cet accord vient jeter les bases d’un partenariat stratégique consolidé avec le gouvernement américain qui pourra, à travers le travail qu’il fera avec la République démocratique du Congo ou les investissements qu’il fera, contribuer à accroître sa puissance et nous permettre de dégager des ressources pour faire notre développement, a-t-il indiqué aux journalistes.
C’est précisément sur ce terrain que Kinshasa place Kigali face à ses responsabilités. Pour la première fois depuis trente ans, le Rwanda a reconnu, dans un cadre formel, son implication dans le conflit sur le sol congolais. Une évolution que le gouvernement considère comme un acquis fondamental, tant elle vient briser une longue tradition de dénégation. Dès lors, toute tentative de repli discursif apparaît en décalage avec les engagements actés. Or, selon Patrick Muyaya, les faits sont têtus. Malgré la signature des accords, des opérations militaires rwandaises ont été observées, notamment autour d’Uvira et dans plusieurs parties du Nord-Kivu, avec un niveau de déploiement militaire particulièrement élevé. Une attitude qui, du point de vue de Kinshasa, traduit la volonté manifeste de contourner les obligations tout en préservant une marge de manœuvre. Une pratique que le ministre Muyaya décrit d’ailleurs comme une constante dans la gestion rwandaise des crises régionales.
L’accord de Washington ne piétine pas du tout. Nous voulons ici apporter une solution définitive à une crise récurrente qui dure plus de 30 ans. Vous savez, ce que 30 ans représentent dans une vie. Et donc, il est tout à fait évident que le président rwandais, coutumier des combines, pensait encore que cette fois, il pouvait, malgré la signature, continuer avec ces méthodes du passé.
Cette fois, le contexte a changé, martèle Patrick Muyaya. Les États-Unis ont enclenché des sanctions visant directement l’appareil militaire rwandais. Une cible stratégique, tant cette structure constitue le socle du pouvoir à Kigali, y compris dans ses dimensions économiques. Pour Muyaya, cette décision marque un tournant. Elle prive ce dispositif de certaines capacités d’action et annonce une pression croissante si les engagements ne sont pas respectés.
Les critiques formulées par Kagame à l’encontre de ces mesures n’altèrent en rien leur portée. Kinshasa rappelle que d’autres acteurs internationaux ont déjà emboîté le pas, à l’image de l’Union européenne qui a suspendu certains appuis militaires. Dans cette configuration, le pouvoir rwandais se retrouve confronté à une réalité nouvelle, celle d’un encadrement international plus ferme, moins perméable aux récits construits. Car c’est bien sur le terrain du récit que le ministre congolais s’attarde longuement.
Et vous aviez suivi que les Américains avaient prévenu, les Américains avaient averti. Il faut regarder l’ampleur des sanctions qui ont été prises. Ce ne sont pas des sanctions contre les individus, ce sont des sanctions contre l’armée rwandaise. L’armée rwandaise, quelqu’un dirait en anglais que c’est le pivot du système du président Kagame. Ça veut dire que tout le pouvoir rwandais, l’exercice du pouvoir, y compris au plan économique, est détenu par son armée. Et son armée, aujourd’hui, ne peut plus commercer en dollars. Son armée, qui pouvait parfois accepter des rôles de mercenariat de part et d’autre, ne peut plus être dans ses rôles commerciaux. Le fait pour le président Kagame de qualifier ses sanctions d’injustes ou de les rejeter n’a aucun impact sur leur application. Parce que vous avez déjà suivi que l’Union européenne a décidé de ne plus financer le projet ou le soutien militaire qu’il donnait au Rwanda dans les cas des opérations au Mozambique. C’est qu’aujourd’hui, le président rwandais sait, et c’est pour ça qu’il est particulièrement agité depuis la signature des accords de Washington, il sait que c’est le début de la fin de ses aventures au Congo. Et cette fois-ci, bien au-delà de la détermination du président de la République, nous avons un médiateur qui dispose des leviers, parce que si le président rwandais avait de la considération pour la médiation africaine… je crois qu’on aurait déjà la paix restaurée dans l’est de la RDC. Mais ceci dit, aujourd’hui, il sait qu’au-delà de la manipulation, au-delà des campagnes mensongères, il sait qu’il ne peut plus bouger jusqu’à ce qu’il aura rempli sa part. C’est ici l’occasion… , le temps qu’il pense gagner, c’est le temps qui ouvre les malheurs. Souvenez-vous Paul Kagame a dit à ceux qui lui promettaient des sanctions d’aller en enfer. Mais aujourd’hui, ce qui va se passer sur l’armée rwandaise aura un impact. Peut-être pas tout de suite, les sanctions sont arrivées le 8 mars. On verra dans un mois, dans deux mois, dans trois mois, s’il gardera la même posture. De toute évidence, lui, il est coutumier de mentir à son peuple, de mentir à son opinion, a-t-il démontré.
Et d’ajouter : « Les faits sont clairs aujourd’hui, c’est le Rwanda qui agresse la RDC. Mais il est évident que le président Kagame n’a plus aucun argument. Et que s’il ne s’acquitte pas de ce qui a été signé ici, à la face du monde, ceux qui sont les médiateurs dans le cas de l’accord de Washington tireront les conséquences. Et les Américains ont déjà annoncé que c’était une première vague de sanctions. Vous vous souvenez de l’histoire du pharaon dans la Bible, avec les 10 plaies ? Sûrement qu’il durcira son cœur, mais plus il durcira son cœur, plus les sanctions s’agrandiront ».
La question des FDLR, régulièrement invoquée par Kigali, est décrite comme un argument récurrent, utilisé pour justifier des interventions militaires. Muyaya ne nie ni la présence de réfugiés rwandais, estimés à plusieurs centaines de milliers, ni celle de résidus de groupes armés issus des événements de 1994. Mais il conteste l’exploitation politique de cette réalité. Plusieurs opérations militaires ont été menées par le passé, parfois conjointement avec le Rwanda, sans qu’une solution définitive n’émerge. Un constat qui, selon lui, fragilise la crédibilité de cet argument. Ainsi, Kinshasa propose une approche structurée, reposant sur l’identification des éléments concernés, leur isolement, puis leur retour encadré, à condition que Kigali s’inscrive dans une logique de coopération sincère, sans instrumentalisation.
Pressé de toute part, le pouvoir rwandais introduit désormais des notions plus diffuses, comme celle d’une prétendue idéologie génocidaire. Une construction que Muyaya juge insaisissable et difficilement vérifiable, ouvrant la voie à toutes les interprétations.
Le ministre des Médias s’attaque également à la posture politique de Kigali, qu’il décrit comme fondée sur la dictature, la contrainte et la fermeture. Il évoque un système où l’expression est encadrée, où l’opposition peine à exister. Dans cette lecture, les discours sur l’unité ou la lutte contre l’extrémisme épinglés par Paul Kagame lors de la 32è commémoration du génocide de 1996 apparaissent en contradiction avec les pratiques observées au Rwanda. C’est donc le jour et la nuit. Rien de ce que le régime rwandais a évoqué reflète la réalité que vivent les rwandais.
Je ne sais pas, si aujourd’hui il y a encore quelqu’un qui accorde un crédit à ce que dit le président rwandais. Au-delà de personnes qu’il oblige à se lever lorsqu’il parle, ou des personnes qu’il oblige à applaudir. N’avez-vous pas remarqué que le président rwandais a perdu totalement sa sérénité en tout cas depuis quelques mois, avec tout ce que nous avons déployé comme stratégie ? J’aime aller dire, et je le répète encore, quelqu’un à Kinshasa dirait qu’il est en mode étage. Ça veut dire qu’aujourd’hui, il n’y a plus de crédibilité à accorder à sa parole, parce qu’un président de la République, il y a bien de choses qu’il ne peut pas dire. Il a promis l’enfer à ceux qui pensaient à raison qu’il devait sortir ses militaires de notre pays. Aujourd’hui, il est bien difficile d’accorder du crédit à ce que le Kagame a dit, parce que c’est contradictoire avec les actes qu’il pose. Le premier extrémiste de la région, c’est bien évidemment lui, a tranché Muyaya.
Pour autant, Kinshasa prend soin de dissocier clairement le peuple rwandais de ses dirigeants. Le différend est présenté comme un conflit avec un régime extrémiste, non avec la population rwandaise. Patrick Muyaya insiste sur la diversité congolaise et sur les efforts déployés pour prévenir toute dérive communautaire, rejetant fermement les accusations de discours de haine. Au fil de cette intervention, le porte-parole du gouvernement congolais laisse entendre que la RDC va maintenir la pression diplomatique pour obliger le Rwanda à respecter ses engagements. Une posture qui place désormais Kigali devant une alternative claire.
Kinshasa réaffirme sa constance. Les Accords de Washington ne constituent pas un simple cadre théorique, mais un instrument contraignant dont l’application est désormais scrutée. Toute tentative de contournement expose son auteur à un isolement progressif. Pour le gouvernement congolais, le temps des arrangements implicites semble révolu. Kigali est sommé de s’aligner sur ses propres décisions prises lors de la signature de l’accord de Washington. Et les américains continuent d’observer. Et si Paul Kagame continue de les humilier, Donald Trump et son administration seront obligés carrément d’imposer la paix dans l’est de la République démocratique du Congo via des moyens plus durs que la diplomatie.
Eurobons de 1,2 milliards d’euros levés, une preuve de crédibilité

Avant d’entrer dans le vif du sujet sécuritaire, le porte-parole du gouvernement congolais a tenu à poser un jalon économique majeur. La République démocratique du Congo vient de franchir un cap inédit en levant 1,25 milliard de dollars sur les marchés internationaux. Une opération qui, selon lui, consacre les efforts engagés depuis plusieurs années sous l’impulsion de Félix Tshisekedi pour restaurer la crédibilité du pays.
l faut noter que les progrès que le président de la République souhaite pour la RDC, les graines que nous plantions hier ont commencé à porter des fruits. Et je pense que le premier eurobond qu’on lève de l’histoire d’ailleurs de ce pays aura un effet catalyseur qui nous permettra de mobiliser davantage de milliards pour assurer le développement de notre pays. je crois que c’est un effet immédiat. Donc les investisseurs se sont engagés à donner ces financements en République démocratique du Congo, évidemment dans des conditions bien définies, avec des taux qui sont assez réduits.
C’est une bonne nouvelle, nous aurons ici des ressources qui nous permettront d’investir pour l’électricité, pour les infrastructures et tout ce qui va aider les pays à aller vers la dynamique de développement.
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Patrick Muyaya, ministre de la Communication et médias et porte-parole du gouvernement congolais @Photo Droits tiers.