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Génocide au Rwanda : la justice française relance l’enquête visant Agathe Habyarimana

2026-05-07
07.05.2026
2026-05-07
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La Cour d’appel de Paris a annulé le non-lieu accordé à l’ancienne première dame rwandaise et ordonné la poursuite des investigations sur son rôle présumé dans le génocide des Tutsis de 1994.

La Cour d’appel de Paris a annulé ce mercredi le non-lieu accordé en 2025 à Agathe Habyarimana, veuve de l’ancien président rwandais Juvénal Habyarimana, et ordonné la poursuite de l’instruction ouverte en France pour « complicité de génocide » et « crimes contre l’humanité ».

La chambre de l’instruction a ainsi relancé une procédure judiciaire engagée depuis 2008 contre l’ancienne première dame rwandaise, soupçonnée d’avoir joué un rôle dans le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994.

La décision intervient après l’appel formé par les parties civiles et le Parquet national antiterroriste (Pnat) contre l’ordonnance de non-lieu prononcée en août 2025 par les juges d’instruction, qui avaient estimé qu’« il n’existe pas de charges suffisantes » contre Agathe Habyarimana.

La Cour d’appel avait initialement prévu de rendre sa décision le 8 avril dernier avant de reporter son délibéré sans explication publique.

Selon les parties civiles, l’ancienne première dame faisait partie de l’« Akazu », terme désignant le cercle rapproché du pouvoir hutu radical autour de la présidence rwandaise avant le génocide.

Elle est soupçonnée d’avoir participé à la préparation des massacres visant les Tutsis et les Hutus modérés après l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, événement considéré comme l’élément déclencheur du génocide.​​​​​​​

Le génocide au Rwanda a fait plus de 800.000 morts selon les estimations de l’ONU.

Les parties civiles et le Pnat reprochaient notamment aux juges d’instruction d’avoir écarté certains témoignages et éléments historiques jugés essentiels dans l’analyse du dossier.

« Les parties civiles comme le parquet estiment qu’il y avait suffisamment d’éléments pour un renvoi devant une cour d’assises », a déclaré Emmanuel Daoud, avocat de la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH).

Selon lui, plusieurs témoins mettent en cause Agathe Habyarimana lors de réunions de préparation d’actes génocidaires au sein de l’« Akazu », notamment concernant l’établissement présumé de listes de personnalités tutsies et de Hutus modérés à éliminer.

Les parties civiles espèrent désormais une reprise des investigations, avec de nouvelles auditions de l’ancienne première dame ainsi que d’éventuelles investigations complémentaires au Rwanda.

Agathe Habyarimana bénéficie actuellement du statut de témoin assisté, intermédiaire entre celui de simple témoin et de mise en examen.

Dans l’ordonnance de non-lieu rendue en 2025, les magistrates instructrices présentaient au contraire l’ancienne première dame comme « victime » de l’attentat ayant coûté la vie à son mari.

Son avocat, Philippe Meilhac, a qualifié mercredi la décision de la Cour d’appel d’« incompréhensible ».

« Dix juges d’instruction se sont succédé dans ce dossier et sont tous arrivés à la même conclusion », a-t-il déclaré, estimant qu’aucun élément ne venait étayer « de manière sérieuse » les accusations visant sa cliente.

Installée en France depuis 1998, Agathe Habyarimana fait depuis plusieurs années l’objet de demandes répétées d’extradition vers le Rwanda, refusées par la justice française.

Cette affaire reste l’un des principaux volets judiciaires ouverts en France autour du génocide des Tutsis, dans un contexte où plusieurs procédures liées au rôle présumé de responsables rwandais présents sur le territoire français ont été engagées ces dernières années.

Serap Dogansoy
AA / MCP , via mediacongo.net
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