
Afrique
Plus de 9 millions d'Angolais se rendent aux urnes ce mercredi 23 août 2017 pour les élections législatives. L'enjeu : désigner une majorité, qui déterminera du gouvernement et de la présidence du pays. Après la chute vertigineuse des cours du pétrole ces dernières années, l'économie fut un facteur non négligeable de cette campagne.
A la fin de la guerre civile, en 2002, l'Angola avait un atout de taille : la manne pétrolière, qui lui a permis de se reconstruire.
Dans la capitale Luanda et dans les principales villes du pays, des gratte-ciel ont fleuri, boostant la croissance qui s'affichait alors à deux chiffres. Et ce, jusqu'à la chute des cours du pétrole en 2014.
Quand le prix du baril s'est mis à baisser de moitié entre 2014 et 2016, Luanda a perdu la moitié de ses entrées en devises. Conséquence : sur le marché informel de change, le kwanza, sa monnaie, a perdu aussi la moitié de sa valeur.
Pis, pour l'économie, cette fixation du taux de change a eu pour effet de décourager les importateurs. L'an dernier, le niveau des importations françaises a par exemple chuté de 60%.
Les agences de notation revoient les notes du pays à la baisse
Depuis 2014 et le début de la crise, pénuries et impayés se multiplient. Car l'Angola souffre du même mal que les autres pays producteurs de pétrole : c'est une économie peu diversifiée, qui importe presque tout.
Dans un pays qui ne produit presque rien sauf du pétrole, des diamants et des infrastructures, si l'importation de matériaux de construction coûte trop cher, les chantiers s'arrêtent. C'est ce qui arrive à Luanda comme dans d'autres villes.
Plus de devises, cela signifie aussi retard généralisé sur les transferts de fonds : deux à cinq milliards d'encours, murmure-t-on dans les milieux diplomatiques.
Depuis 2014, l'Angola nourrit toutes les inquiétudes. Pour faire des économies, l'Etat a ordonné des coupes budgétaires drastiques. Et malgré un rebond attendu des cours du brut, les agences de notation revoient les notes du pays à la baisse.
Conditions de vie de plus en plus dures pour la population
La dette publique se creuse, même si la situation macro-économique reste stable d'après les agences. Le 15 août dernier, les autorités ont averti qu'elles allaient bientôt émettre pour 2 milliards d'euros d'obligations pour refinancer la dette.
Pendant ce temps, la population souffre. La croissance n'a jamais tout à fait profité aux Angolais, qui ont subi de plein fouet les restructurations des entreprises publiques, mais également l'inflation, qui continue de dépasser les 40%.
La crise était au cœur de la campagne et pourrait peser sur le vote. Les promesses de sortir de la dépendance au pétrole pour diversifier l'économie et créer plus d'emplois sont restées vaines pour l'instant.
De quoi nourrir le ressentiment. Hausse du chômage comme des prix, pénuries… Les conditions de vie sont de plus en plus dures pour la population.
L'Angola reste très mal classé en matière de corruption
La corruption continue de gangréner le système. L’Angola est classé 164e sur 176 pays au dernier classement de l’ONG Transparency International en la matière. Joao Lourenço, le candidat du MPLA, a promis de lutter contre.
Si de nombreux scandales ont entaché l'image de ce parti, il reste le parti-Etat, omniprésent en Angola. Mais l'entourage du président sortant, qui reste président du MPLA, est accusé d'avoir pillé les ressources du pays.
S’il veut conserver un certain soutien populaire, dans les zones rurales, les provinces et les quartiers populaires, il faut que l’Etat-parti retrouve un rôle social effectif. La population attend que le MPLA fasse plus, en particulier la nouvelle génération qui n’a pas connu la période de la guerre civile, les années 1980-1990 et leurs difficultés. Ils ont donc des attentes, une approche différente nécessairement. Lourenço va devoir apporter des changements pour améliorer leurs conditions de vie, ça ne va pas se régler en parlant de la guerre, de la crise liée à la chute des cours du pétrole
José Eduardo Dos Santos, président depuis 38 ans, n'est pas candidat à sa succession mais il l'a soigneusement préparée.

José Eduardo Dos Santos a choisi son ministre de la Défense, Joao Lourenço, pour porter les couleurs du MPLA, le parti au pouvoir depuis l'indépendance en 1975. Le président sortant l'a soutenu publiquement en meeting. Le candidat de « la continuité dans la rénovation » promet de poursuivre la politique du chef de l'Etat sortant. Sur notre antenne, Joao Lourenço assure qu'une fois élu, il n'y aura pas deux présidents ou un exécutif bicéphale.
Pourtant, sa marge de manœuvre sera très faible ; d'abord parce que la présidence du parti reste aux mains de José Eduardo Dos Santos jusqu'en 2018, aussi parce qu'une loi adoptée en juillet l'empêchera de procéder à des changements à la tête de l’armée, des services de renseignement et de la police. Toute cette hiérarchie a été reconduite pour huit ans. Le régime Dos Santos a donc déjà bordé sa succession politique mais aussi économique.
Transition économique
Les principaux pans de l'économie du pays sont dans le giron familial. La fille du président Dos Santos, Isabel, est la femme la plus riche du continent. Elle est à la tête du principal opérateur téléphonique, elle est actionnaire majoritaire de la plus grosse banque angolaise et dirige la compagnie pétrolière nationale, sachant que l’Angola est le deuxième producteur africain d'or noir.
Son fils, Jose Filomeno, lui, est président du fonds souverain angolais. José Eduardo Dos Santos a minutieusement préparé cette transition, depuis des années. Il a souhaité qu’elle se fasse en douceur, en quittant volontairement le devant de la scène, selon Ricardo Soares de Oliveira, professeur à Oxford. La fin brutale d'un régime, ce n’est jamais bon pour les affaires.
Pas de suspens
Les spécialistes sont d'accord pour dire que la seule inconnue, c'est la marge avec laquelle le MPLA va l'emporter. Le MPLA, c'est un parti-Etat en Angola. Un cadre de la formation nous confiait, sous couvert d'anonymat, que pour travailler dans la fonction publique, il fallait appartenir au MPLA. Cette toute puissance s'est illustrée au cours de la campagne électorale. Les autres partis lui ont reproché d'avoir eu accès aux caisses de l'Etat, aux médias, à la logistique pour battre campagne, ne laissant que peu d'espace à l'opposition.
Dans l'immédiat, le changement n'est donc pas en vue, mais le MPLA a intérêt à se réformer dans les années à venir. Il se présente toujours comme celui qui a apporté la paix et le développement en Angola. Or la guerre civile a pris fin en 2002 et de nombreux futurs électeurs n'auront pas connu cette époque. Ils n'en saisiront pas le poids. Et, côté développement, la population vit de plein fouet la crise économique depuis 2014. Le cours du pétrole s'est effondré, l'inflation a bondi de 45 % et la croissance a été quasi nulle en 2016. A cette crise, s'ajoutent des inégalités très profondes et une corruption galopante.
Le grand défi du futur président, ce sera donc de mettre fin à la prédation, de se montrer en tout cas très actif dans ce domaine. Mais il sera difficile pour le prochain régime de poursuivre en justice le régime sortant, tout en maintenant une certaine cohésion au sein du parti.
Face au MPLA
Face au MPLA, dans les urnes, on retrouve son rival historique, l'Unita, l’ancienne rébellion devenue premier parti de l'opposition. Isaias Samakuva, son leader, estime aborder les sujets qui touchent réellement les Angolais ; le chômage, les défaillances de système éducatif ou encore l’absence de service de l’Etat et propose l'instauration d'un salaire minimum de 500 dollars, lorsque le MPLA, pour l’Unita, construit des routes et des ponts, pour masquer ses lacunes.
En 2012, l’Unita avait rassemblé 18% des suffrages. Il s'engage cette fois, en cas de défaite du MPLA, à former une coalition avec les autres partis d'opposition comme la Casa-Ce, qui entend jouer les arbitres et incarner réellement l'après-guerre civile. Ce parti a vu le jour une semaine seulement avant les élections de 2012 et avait obtenu huit sièges à l'Assemblée.
Les élections déjà remises en cause
La Casa-Ce a déjà dénoncé des irrégularités. L'Unita, lui, a porté plainte contre la commission électorale. Il l'accuse de ne pas avoir délivré les documents nécessaires à certains de ses délégués pour assister au scrutin. Des observateurs seront bien sûr présents lors de ces élections ; ceux de la communauté d'Afrique australe (SADC) ont été, dans un premier temps, les seuls à recevoir l'autorisation. L'Union européenne finalement pourra envoyer quatre personnes sur place.
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