
Politique
Aujourd’hui, la tête de Katumbi est à couper. Demain et après demain, à qui le prochain tour ? Déjà, Loseke Tharcisse, Oly Ilunga sont dans le viseur. Autrefois, Gustave Beya Siku en avait payé les frais. Mais qui, finalement, éteindra le feu si ce feuilleton aller jusqu’au bout de cette levée des boucliers au goût âcre ? Décidément, la brèche de la pente glissante autour de ce vif débat sur la nationalité risque de jaillir des flammes aux effets contagieux.
Le petit tissu de confiance qui, le 31 décembre 2016, avait conduit les plénipotentiaires de l’Accord politique conclu sous la férule des Evêques, au Centre Interdiocésain, à la Gombe, est en train de brûler. Difficile, donc, de sceller un pacte républicain, pourtant, important pour poser les balises en vue des élections apaisées, justes, transparentes et démocratiques, telles que prévues, le 23 décembre 2018, conformément au calendrier du 5 novembre 2017.
Ainsi, la décrispation politique, la gestion consensuelle, la redynamisation de la CENI et du CSAC qui auraient dû, logiquement, être de mise afin de créer un environnement dépollué, relèvent plutôt d’une vue d’esprit dont la matérialisation tarde encore à venir.
Dans la foulée, l’actuel débat axé sur la nationalité, depuis que Jeune Afrique a placé la tête de Katumbi au pilori, ressemble, en un mot comme en mille, à un arbre qui veut bien cacher la forêt.
A l’analyse, lorsqu’on regarde de près le tableau, des craintes d’un embrasement du climat sont de plus en plus perceptibles. Car, à tout prendre, s’il était donné aux fureteurs, le pouvoir d’aller jusqu’au bout, bien des cadres éparpillés dans les différentes institutions du pays, n’en sortiraient que trop peu ragaillardis.
L’affaire de la nationalité, comme l’on peut l’imaginer, peut dégénérer en un conflit transversal aux conséquences multiples.
Rétroviseur
Au sortir des assises de Sun City, en 2003, ce même débat s’était emparé de l’agora politique RD. Congo. Mais, les éclaboussures qu’il comportait avait vite fait qu’un moratoire soit décrété jusqu’à ce jour.
D’ailleurs, des exemples, après cette épopée du moratoire se sont multipliés. D’aucuns ont parlé de surprises. Alors que d’autres, plus catastrophistes, n’ont pas manqué de crier au scandale. S’il fallait y trouver un juste milieu, un point d’équilibre aurait, sans nul doute, permis aux spécialistes de cette question de nationalité à y mettre un véritable bémol.
L’ironie, avec le recul de temps et en regardant dans le retroviseur, est qu’on a toléré que certains cadres, pourtant, détenteurs de plus d’une nationalité, trônent à certains postes stratégiques, sans qu’ils n’en aient été éjectés.
Bien des cas illustrent, si besoin en était encore, une telle acception des choses. Faut-il rappeler qu’à un certain moment, Gustave Beya Siku, ancien Directeur de cabinet du Chef de l’Etat, fut récusé par la Belgique qui ne voyait pas comment l’accréditer comme Ambassadeur de la RD. Congo à Bruxelles, alors qu’il était, lui-même, un sujet belge.
A l’arrivée de Badibanga, le même sujet était revenu à la surface. L’histoire du moniteur belge répertoriant le nom du Premier Ministre issu des entrailles de l’Accord de la Cité de l’Union Africaine, avait un tel retentissement qu’elle avait tout l’air d’écrouler un château de sable bâti en Espagne, si pas de chambouler tout l’édifice résultant d’âpres assises balisant la voie à la tenue des élections apaisées en RD. Congo. Il y renonça, tout même. Mais, il n’en avait pas été moins tacheté. Et, la liste, si longue soit-elle, ne pourrait pas être close, si d’autres cas plus nombreux que les étoiles du ciel, n’étaient pas cités. Oly Ilunga, l’actuel Ministre de la Santé. Roger Lumbala, l’Opposant aux capacités de transhumance politique inconsidérées, serait du nombre. Pas plus tard que ce mercredi 28 mars, devant le Tribunal de Grande Instance de Kinshasa/Matete, ce sont les Avocats de Jean-Marc Kabund qui accusaient Tharcisse Loseke de détention de la nationalité belge. Au demeurant, même ses propres ont confirmé sa renonciation, le procès dont l’affaire a été prise en délibéré, reste pendant.
Ainsi, comme l’on peut s’en apercevoir, cette affaire de nationalité, loin d’être simplement emberlificotante pour la suite du processus électoral, risque de tout emporter sur son passage. Le moins que l’on puisse dire est qu’en définitive, tous les écueils, déjà dépassés ou résolus dans l’Accord de la Saint Sylvestre, n’en arrivent à compliquer l’équation à un bon nombre d’acteurs politiques qui, normalement, sont engagés dans la course à la présidentielle jumelée aux législatives nationales et provinciales du 23 décembre 2018.
Que faire alors ?
Entre le désarroi et la colère de tous ceux qui seront confrontés au problème du seuil de représentativité, du cautionnement et de la machine à voter, la carapace de la nationalité qui s’en mêle périclite la RD. Congo vers un nouveau précipice où l’absence d’inclusivité secrètera, naturellement, une forte contestation des résultats des futures élections. Ceci pourrait avoir pour conséquence, si l’on n’y prend garde, de plonger le processus de l’alternance démocratique dans une nouvelle zone de turbulences politiques marquées d’instabilité institutionnelle et de nouvelles crises de légitimité et de légalité.
En tout cas, l’embellie est toute dans un nouveau consensus sur toutes les questions qui fâchent. Sinon, la RDC ira tout droit vers un séisme politique.
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