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Francophonie : un boulevard ouvert pour Louise Mushikiwabo ?

Francophonie : un boulevard ouvert pour Louise Mushikiwabo ? 2018-10-11
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Qui de la Canadienne Michaëlle Jean ou de la Rwandaise Louise Mushikiwabo sera élue secrétaire générale de la Francophonie ?

La candidature de Louise Mushikiwabo est d'autant plus surprenante qu'en tant que membre de l’organisation des pays ayant le français en partage depuis sa fondation en 1970, le Rwanda de Paul Kagame avait pris ses distances et a rejoint le Commonwealth en 2009. 

Branle-bas de combat à Erevan. Le XVIIe Sommet de la francophonie ouvre ses portes. Dans tous les cas, en abordant ce sommet, il faut savoir que l'élection à venir risque fort d'éclipser tous les autres débats de fond. Si le soutien de la France à la ministre rwandaise des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a beaucoup surpris au départ, l'idée et le consensus autour de sa personne ont fait du chemin depuis. Au point qu'elle sera bel et bien la seule candidate face à la sortante Michaëlle Jean, qui, on peut le dire, est lâchée de toutes parts. Même le Canada et le Québec ont annoncé ce mardi 9 octobre qu'ils ne soutenaient plus la candidature de l'ancienne gouverneure générale du Canada à la direction de l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), dont elle est la secrétaire générale sortante depuis 2014.

Pourquoi une telle convergence finalement ? La principale raison est qu'il existe dans l'ADN même de la Francophonie un sacro-saint principe autour de la notion de « consensus. » En fait, toutes les décisions qui ont été prises jusqu'à maintenant en matière de désignation de secrétaire général se sont faites dans le consensus, plutôt que par vote formel. « Le Canada a décidé de se rallier au consensus, comme c'est la tradition, ça a toujours été la manière de faire, on ne va pas la changer », a déclaré à l'AFP une source gouvernementale. « On a bien vu qu'elle [Michaëlle Jean] n'avait pas les appuis nécessaires, la suite lui appartient, il faut se rendre à l'évidence ». Des propos bien mesurés alors que se joue dans les coulisses une véritable guerre feutrée avec, en toile de fond, la volonté de l'Afrique, où vit la majorité des francophones du monde, de « récupérer » le poste de secrétaire général des années après les mandats de l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali et du Sénégalais Abdou Diouf. Comment en est-on arrivé à cette situation de crispation ? Et pourquoi, malgré le consensus autour de Louise Mushikiwabo, de nombreuses questions surgissent sur ce choix qui apparaît in fine comme celui de la France.

Le rapprochement Macron-Kagame à l'origine de la candidature de Louise Mushikiwabo

Tout a commencé le 23 mai 2018 lorsque, à la surprise générale, le président Macron annonçait de l'Élysée, en présence de Paul Kagame, qu'il souhaitait confier les destinées de la Francophonie à Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères du Rwanda. En effet, sans concertation avec l'autre grand bailleur de fonds de l'OIF, à savoir le Canada, le choix de Paris a fait l'effet d'une bombe étant donné les relations complexes entre le Rwanda, ancien protectorat belge, et la Francophonie.

Un choix qui pose questions

Surtout lorsqu'on sait que, au Rwanda, le français a été remplacé par l'anglais comme langue d'enseignement dès 2008. Et le petit pays de la région des Grands Lacs, tout en restant membre de l'OIF, a rejoint le Commonwealth. « Kigali, depuis l'arrivée au pouvoir de Paul Kagame, n'a cessé de prendre ses distances avec notre langue : adhésion au Commonwealth, fin de l'enseignement du français dans les écoles, choix de l'anglais comme langue nationale, rédaction de tous les actes officiels en anglais, y compris lorsque Kagame s'adresse à l'OIF... ou rencontre le président Macron ! Il s'en est fallu de peu que le Rwanda ne quitte définitivement l'OIF.

Et les arriérés de paiement accumulés au fil des ans au titre de sa cotisation due à l'OIF n'ont été soldés qu'en mai », ont dénoncé dans une récente tribune Charles Josselin, Pierre-André Wiltzer, Hélène Conway-Mouret et André Vallini, quatre anciens ministres français chargés de la Francophonie.

Outre la langue, les détracteurs de la candidature rwandaise jugent qu'elle sacrifie la charte de l'OIF, qui a inscrit « le soutien aux droits de l'homme » parmi ses missions premières, sur l'autel d'une réconciliation entre Paris et Kigali, qui accuse la France d'avoir joué un rôle dans le génocide rwandais. Le Rwanda pratique « censure, menaces, arrestations, violences, assassinats » contre les journalistes qui osent dénoncer l'autoritarisme de ses dirigeants, a récemment dénoncé Reporters sans frontières (RSF).

La France finit par convaincre l'Union africaine

Mais, derrière le choix du Rwanda, il y a officiellement un double bénéfice escompté pour la France : se réconcilier avec le régime de Kagame et donner des gages à l'Afrique anglophone. À y voir de plus près, on observe bien que le lien entre politique africaine de la France et francophonie est probablement plus étroit que jamais.

Le deuxième acte de cette candidature-surprise a été posé les 1er et 2 juillet à Nouakchott lors du Sommet de l'Union africaine. Et il s'agissait cette fois-ci d'obtenir un consensus africain à la différence de ce qui s'est passé lors du Sommet de Dakar en 2014, où les États africains ne s'étaient pas organisés pour soutenir le candidat mauricien, Jean-Claude de l'Estrac. Les dirigeants africains ont changé d'approche en apportant en amont leur soutien à la candidature de Louise Mushikiwabo. « Nous nous sommes engagés à lui apporter notre soutien », a déclaré le président namibien, Hage Geingob. Mais pourquoi ? Et quand se sont-ils décidés ? En fait, le cheminement a été très simple. Le Rwandais Paul Kagame est le président en exercice de l'Union africaine avec l'appui de la France, il ne lui restait plus qu'à convaincre le président de la Commission de l'UA, le Tchadien Moussa Faki Mahamat. Non seulement l'Afrique reprend la main, mais elle le fait aussi officiellement pour de bonnes raisons puisque, en raison de l'explosion démographique, 85 % des francophones sur un total de 700 millions vivront en Afrique dès 2050 selon l'OIF.

Michaëlle Jean sur la sellette ?

Enfin, il faut le reconnaître, Michaëlle Jean, ancienne gouverneure générale du Canada née en Haïti, même si elle s'est battue jusqu'au bout pour garder son poste, n'a pas su convaincre par ses arguments qui reposaient surtout sur son bilan. Le Québec, qui est avec le Canada le deuxième contributeur de l'OIF, derrière Paris, avait exprimé ces derniers mois des réserves à l'égard de sa gestion et de son train de vie. « On a eu des remarques sur la gestion, la transparence de l'OIF, ces remarques ont été entendues », a jugé le Premier ministre québécois, Philippe Couillard. Les médias québécois ont pointé ces derniers mois les dépenses, qualifiées de « somptueuses », de la Francophonie pour Michaëlle Jean et sa famille. La résidence officielle de la secrétaire générale de l'OIF a été rénovée pour 500 000 dollars canadiens (plus de 330 000 euros) et quatre chauffeurs sont mis à sa disposition, rapportait notamment en mars le Journal de Montréal.

Au-delà de ces soupçons et de ces bruits de couloirs, Michaëlle Jean n'a jamais vraiment su entrer dans le moule de la Francophonie, la faute peut-être à son élection-surprise qui n'était pas du goût de tout le monde. À l'époque, faut-il le rappeler, même le président sénégalais Macky Sall avançait que, « si le poste est revenu à Michaëlle Jean, c'est à cause d'une non-candidature unique africaine. » Plus rentre-dedans, Alain-Claude Bilie By Nzé, alors porte-parole de la présidence du Gabon, avait prévenu : il y aurait de la « déception » si elle n'agissait pas en faveur du continent, car « il n'y a pas d'OIF sans Afrique » pointant du doigt le rôle de la France de François Hollande... Voilà Louise Mushikiwabo prévenue.


Le Point /MCP, via mediacongo.net
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