
Société
Sur une étendue de 95 hectares à sa création en 1978, le site ne couvre présentement que quelque 4 hectares. Les chefs coutumiers pointés du doigt.
Si les morts pouvaient se choisir un lieu d’enterrement, personne n’accepterait le cimetière de Kinsuka. Une cité pour les morts à sa création en 1978, ce lieu de sépulture situé au quartier Snel-Mbushi de la commune de Mont-Ngafula, dans l’Ouest de Kinshasa, s’est transformé en un quartier résidentiel. Selon des informations recueillies sur place, les premiers envahisseurs ont construit leurs maisons sur le site à partir de 2005. Depuis, morts et vivants cohabitent. Mais ils ne se parlent pas.
Les premiers actes de spoliation du cimetière de Kinsuka n’ayant pas été réprimés, ont finalement donné lieu à une dépossession à grande échelle. Sur un total de 95 hectares à sa création en 1978, le cimetière de Kinsuka ne couvre actuellement qu’environ quatre hectares seulement. Arithmétiquement, quatre-vingt onze hectares ont été vendus aux privés. Des sources croisées, un groupe de chefs coutumiers se prévalant de la qualité de propriétaires de terres, seraient à la base de cette situation.
Interpellés (en retard ?), le ministère de l’Intérieur et des Affaires coutumières, ensemble avec l’Hôtel de ville de Kinshasa, se sont ressaisis pour tenter de stopper ces opérations de vente de terrains sur le site. C’est ainsi qu’en 2011, un bureau de la Police d’intervention rapide (PIR) a été ouvert au cimetière de Kinsuka. Objectif, dissuader les vendeurs et les acquéreurs potentiels. Malheureusement, la présence de ces éléments en Kaki bleu foncé, s’est finalement révélé une peine perdue. Car, les chefs coutumiers ayant pris goût au gain que leur procure le commerce de terre, n’ont pas désarmé. Bien au contraire. L’aventure a continué son bonhomme de chemin.
Le 22 mars dernier, des éléments de la Police militaire (PM) ont été envoyés sur le site du cimetière, en renfort aux policiers antérieurement commis. Selon une autorité locale contactée sur place, la présence de ces agents de l’ordre visait la sécurisation des quatre hectares du cimetière, non encore dépouillés.
Des morts enterrés sur les morts
Vieux de 36 ans, le cimetière de Kinsuka a été désaffecté depuis plusieurs années. Malheureusement. Certains habitants, non seulement de Mont-Ngafula, mais aussi ceux de la commune voisine de Ngaliema, continuent à y enterrer leurs morts. Il s’agit principalement des familles sans ressources ni revenus, incapables de payer les frais d’inhumation exigés dans des cimetières encore affectés.
Ici, l’essentiel n’est pas d’obtenir une tombe de plus d’un mètre de profondeur. Chose impossible, dans la mesure où il n’y a plus d’espace libre. L’important pour les membres de famille qui vont enterrer le leur, se limite à trouver un caveau de fortune. Donc, même au-dessus d’un sépulcre préexistant. Doit-on penser à des enterrements clandestins ? Pas du tout. Les ensevelissements ont lieu en plein jour et moyennant un pourboire aux agents du service de l’Etat commis sur le lieu.
L’envahissement du cimetière par les vivants et les enterrements anarchiques plantent le décor de l’insécurité des morts inhumés à Kinsuka. Un sacré désacralisé à souhait. La fameuse épigraphe d’adieu : « Que ton âme repose en paix », en guise de dernier hommage au défunt, y est sans aucune conviction.
Cependant, si les morts enterrés au cimetière de Kinsuka « dénoncent » les pollutions sonores diurnes et nocturnes quasi permanentes, les vivants, nouveaux occupants du site, regrettent leurs conditions de vie. Ils y sont sans eau potable. Faute de cette denrée indispensable à la vie, les acquéreurs de titres fonciers au cimetière de Kinsuka boivent l’eau de puits, creusés dans l’enceinte même du site (sur des tombeaux désaffectés ?). On peut déjà imaginer les conséquences d’une eau de telle origine sur la santé. L’explosion d’une endémie d’origine hydrique, en l’occurrence le choléra, est donc à craindre.
CITOYENS ANARCHISTES OU ETAT ANARCHIQUE
Le cimetière de Kinsuka n’est qu’une illustration des domaines spoliés de l’Etat congolais. Tout le problème, réside dans la gestion du cadastre. S’il est admis que le petit citoyen doit s’assumer dans l’acte qu’il pose, en acquérant par exemple un terrain sur un site « non autorisé », il est aussi vrai que l’Etat, par ses services qualifiés interposés, doit également prendre ses responsabilités. Ce qui, malheureusement, ne semble pas être le cas. Assez souvent, c’est la population, victime de l’incurie des agents de l’Etat, qui est sanctionnée, alors que les spoliateurs se la coulent douce sans la moindre crainte d’être poursuivis. Alors que de bon droit, les deux parties doivent répondre, chacune de ses actes.
Mme Nathalie Katongolo, ménagère et propriétaire d’une parcelle au cimetière de Kinsuka interrogée par « Forum des As », ne retient pas sa langue. « Nous déplorons l’attitude de nos dirigeants. Ces parcelles, nous les avons achetées en bonne et due forme auprès des chefs coutumiers. La preuve est que nous détenons tous les documents livrés par les services qualifiés des Affaires foncières. Notamment le service en charge du Cadastre. Nous avons été désagréablement surpris de constater que, plusieurs mois après, l’Hôtel de ville puisse envoyer ses bulldozers pour démolir nos habitations, alors que nous avions préalablement obtenu toutes les autorisations de bâtir », dit-elle larme dans l’œil.
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