
Politique
La ville de Goma servira de siège du Gouvernement central pendant quelques jours. Déjà ce lundi matin, le Premier ministre Augustin Matata et toute son équipe quittent Kinshasa pour la capitale provinciale du Nord-Kivu. Une réunion du Conseil des ministres y sera présidée par le chef de l'Etat, selon une source qualifiée qui a contacté Forum des As hier en fin d'après-midi.
Sauf ultime changement, la réunion des membres du Gouvernement national pourrait se tenir ce mercredi à Goma. Le président Joseph Kabila, à Kisangani depuis le week-end dernier, quittera donc la capitale "boyomaise" pour rejoindre toute l'équipe dans la capitale provinciale du Nord-Kivu. Cette rencontre intervient après la mission d'un groupe de membres de l'Exécutif national, conduite par Richard Muyej.
Depuis dimanche 17 novembre, six ministres Matata séjournent à Goma. Objectif, s'imprégner de la situation sécuritaire, humanitaire et sanitaire après la débâcle militaire du M23.
L'IMPERATIF DU RECONFORT MORAL
Lorsqu'il s'agit de commenter la situation dans l'Est du pays, certains analystes empruntent le court chemin. Dans un lyrisme de bon ou mauvais aloi, les mêmes analystes qualifient la situation précaire dans la partie orientale de la RD Congo de la "guerre de l'Est". Une manière de voir les choses qui crée un chiisme psychologique dans les esprits des Congolais des autres provinces. Cependant, peu importe la diversité d'opinions qu'ils peuvent avoir, les Congolais doivent savoir que l'Est de leur territoire voile un enjeu international incontestable. La sociologie des rébellions en RD Congo renseigne que toute les rébellions naissent dans l’Est du pays, même si la plupart des dirigeants desdits conflits armés n'ont pas eu la même motivation, à savoir la chute du régime de Kinshasa. Exception faite à l'Alliance des forces démocratiques de libération du Congo (AFDL), conduite par feu Laurent-Désiré Kabila (septembre 1996-mai 1997). C'est donc la seule rébellion qui avait réussi à renverser le régime du président Mobutu. Toutes les autres n'ayant pour visée affichée que la balkanisation du territoire national. Par devers elle, la déstabilisation du pouvoir de l'Etat.
Vu de Rutshuru, de Masisi ou de Nyiragongo, l'Est de la RD Congo représente l'enjeu même de la souveraineté internationale et nationale de la RD Congo. Avec euphémisme, certains analystes iraient même peut-être loin pour déduire que la stabilité du pouvoir en RD Congo se joue dans les montagnes de l'Est. Par conséquent, en temps de paix comme en temps de crise politique, il n'y aurait donc aucun inconvénient à ce que les différents dirigeants du pays multiplient des réunions dans les Kivu. Trois raisons. Le premier avantage est d'ordre psychologique. Car, la population particulièrement meurtrie du Nord-Kivu, se sentira une fois de plus réconfortée. En plus de cela, la présence des membres du Gouvernement national dans l'Est du pays a aussi le mérite de renforcer la présence de l'autorité de l'Etat. Du coup, dissuader les auteurs de toute tentative de fractionnement du territoire national.
Tout bien considéré, la défense de l'intégrité territoriale postule un impératif qui n'incombe pas qu'aux seules Forces publiques. Ni moins encore au Pouvoir central. Bien au contraire. Les différents compartiments du Pouvoir doivent se sentir concernés. Car, aussi longtemps que la ville de Goma continuera à abriter les "états-majors " de la plupart des Ong internationales, les populations autochtones se sentiront coupées du pouvoir central. D'où, les risques à ces mêmes habitants de se sentir délaissés et, par conséquent, baisser l'ardeur de la résistance, tel que le préconise l'ethnographe et philosophe haïtien, Jean Price-Mars, dans sa célèbre théorie indigéniste.
Qu'une réunion du Conseil des ministres se tienne à Goma, le choix n'est donc pas hasardeux. C'est qu'en plus des raisons liées aux infrastructures, la province du Nord-Kivu incarne tous les mauvais souvenirs des conflits armés qui se sont succédé en RD Congo. On se rappellera du Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD) en 1998, le Congrès national pour la libération du peuple (CNDP) en 2004, puis finalement la ouatée M23. Non compris tous les groupes armés opérant dans la région.
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