
Economie
Les États-Unis et la Chine ont signé mercredi 15 janvier 2020 la « Phase 1 » d'un accord commercial censé mettre fin au bras de fer qui oppose les deux premières puissances économiques du monde. L'accord signé marque une trêve dans la douloureuse guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis, qui a pesé sur la croissance mondiale.
Pékin s'est engagé à acheter pour 200 milliards de dollars de produits américains au cours des deux prochaines années dans le but de réduire le déficit commercial américain. Les Chinois ont aussi promis de protéger la propriété intellectuelle et d’élargir l’accès à leur marché. Quoi qu’il en soit, pour Donald Trump, « la guerre commerciale ne sera terminée que lorsque tous les tarifs douaniers auront disparu ».
La «Phase 1» ne ferait que marquer une trêve

Depuis les réformes de Deng Xiaoping dans les années 1980, la Chine a entamé un processus de convergence économique avec les pays occidentaux, en tirant profit de la décomposition internationale des processus de production. Principal « atelier du monde », la Chine a attiré les firmes transnationales en leur fournissant une main-d’œuvre bon marché pour assembler les composants industriels, tout en incitant les firmes étrangères à créer des partenariats avec les entreprises d’Etat chinoises et à leur transférer des technologies.
Alors qu’elle ne figurait pas au rang des cinquante premiers exportateurs de produits industriels en 1980, la Chine se hisse sur la première place mondiale en 2010. En 2014, l’économie chinoise devient la première économie mondiale en parité de pouvoir d’achat, détrônant les Etats-Unis et permettant à des centaines de millions de personnes de sortir de l’extrême pauvreté : le taux de pauvreté régresse en effet, de 90% en 1980 à 10% aujourd’hui. La Chine, dont l’économie a bénéficié des progrès technologiques, ne se contente plus de son statut d’« atelier du monde » mais envisage aussi de développer ses propres firmes transnationales dans les secteurs de pointe et détaille ses objectifs dans l’agenda « Made in China 2025 » adopté en 2015 par le gouvernement chinois.
Alors que la Chine ne comptait en 1996 qu’une seule firme parmi les 500 premières firmes mondiales, elle en compte 106 en 2017, contre 132 pour les Etats-Unis [3]. Parmi ces firmes chinoises, on trouve des entreprises publiques des secteurs de l’énergie, des infrastructures, des télécommunications ou de la finance, mais aussi les nouveaux géants du tech – comme Tencent, Baidu, Alibaba, Huawei ou Xiaomi – qui ambitionnent de rivaliser avec les « GAFA [4] » et positionnent la Chine comme acteur majeur de la transition numérique.
« La Chine a mis en place son propre système financier, tout à fait indépendant de l’Occident, ainsi qu’une base scientifique et technique ce qui, combiné avec un facteur de production, tel que la main-d’œuvre, crée une menace directe pour le leadership des États-Unis dans l’économie mondiale», confie à Sputnik Irina Komarova, chef de la chaire de théorie économique à l'Université russe d'économie Plekhanov.
Ce n’est ainsi pas un hasard si les produits chinois ciblés par les tarifs de l’administration Trump, qui accuse la Chine de « vol technologique », appartiennent précisément aux secteurs ciblés par l’agenda « Made in China 2025 » du président Xi Jinping : technologies de l’information, robotique, ingénierie maritime, véhicules électriques, biopharmacie, équipement aérospatial, etc.
La « guerre de l’acier » annoncée par l’administration Trump masque en réalité un enjeu bien plus important. Si les Etats-Unis ont longtemps vu d’un bon œil la réduction des coûts de production permise par l’économie chinoise, il en va tout autrement depuis que le parti communiste chinois menace ouvertement le leadership technologique américain — étape décisive vers le « rêve chinois » énoncé par Xi Jinping, qui ambitionne avec le projet de « Nouvelle Route de la Soie » de hisser son pays au rang de première puissance mondiale à l’horizon 2049.
L’Union européenne, la grande perdante

L’autre candidat naturel à la succession des Etats-Unis est l’Union européenne (UE). Après tout, l’UE est en réalité la première puissance économique mondiale (avec près de 30 % du PIB mondial) et elle pourrait être porteuse d’un modèle économique alternatif. Pour d’autres raisons que la Chine, elle n’en prend cependant pas non plus le chemin.
Contrairement à l’Asie, l’Union européenne n’est pas parvenue à surmonter les difficultés associées à la contagion de la crise américaine. Empêtrée depuis deux ans maintenant dans une crise de la dette qui ne cesse de s’aggraver sans que les responsables politiques et économiques parviennent à l’endiguer, l’Europe apparaît particulièrement mal en point. La crise de la dette européenne n’est en réalité pas un simple avatar de la crise américaine, mais une crise à part entière, qui révèle les faiblesses et les vulnérabilités du modèle européen.
Ces faiblesses tiennent en particulier à l’ambiguïté du projet européen, qui a trop longtemps voulu maintenir la fiction d’une progression parallèle sur la voie de l’élargissement et de l’approfondissement, et à l’incohérence des modes de gouvernance économique interne, avec la coexistence d’une autonomie budgétaire et d’une centralisation monétaire. Quel que soit le jugement qu’on porte sur les raisons profondes de l’échec du projet d’Union économique et monétaire, les faits sont là : en dépit de son poids économique global, qui en fait incontestablement la première économie au monde, l’UE n’est pas perçue comme telle et ne dispose d’aucun des attributs qui lui permettraient d’accéder à ce statut.
Guerre commerciale ou pétard mouillé ?

La menace de « guerre commerciale » agitée par l’administration Trump est en réalité une posture de négociation visant à inciter les différents partenaires commerciaux des Etats-Unis à accepter des concessions bilatérales pour éviter les tarifs annoncés. En outre, en annonçant des mesures susceptibles d’affecter l’ensemble de ses partenaires commerciaux, l’administration Trump a indirectement fait le jeu de la Chine, qui cherche à éviter toute confrontation directe avec les Etats-Unis. Le gouvernement chinois préfère tirer profit de l’irritation internationale suscitée par les mesures unilatérales de l’administration Trump pour se forger une image de défenseur du multilatéralisme et de la mondialisation.
S’il a clairement annoncé qu’il prendrait toutes les dispositions nécessaires afin de défendre ses intérêts, le gouvernement chinois privilégie la négociation et dispose de marges de manœuvre qui lui permettent d’octroyer des concessions aux Etats-Unis. C’est notamment le cas en matière de protection des droits de propriété intellectuelle, sujet qui constitue la principale pomme de discorde entre les deux puissances : si les firmes chinoises ont longtemps cherché à imiter les innovations des firmes étrangères, on constate qu’elles s’illustrent désormais dans leur volonté d’innover et donc aussi de protéger leurs brevets. Plus la Chine innove, plus elle a intérêt a protéger les droits de propriété intellectuelle et pourrait donc, sans se faire prier, répondre aux demandes des Etats-Unis en cette matière.
Le gouvernement chinois avait d’ailleurs démontré ses capacités de négociation bilatérale avec l’« accord commercial intérimaire » conclu en 2017 suite au « programme de travail de cent jours » avec les Etats-Unis : les concessions chinoises, déjà peu substantielles, avaient été monnayées en contrepartie de concessions américaines.
Le désordre mondial

En définitive, la stratégie commerciale de l’administration Trump ne suffira ni à résorber le déficit commercial des Etats- Unis ni à enrayer la montée en puissance de la Chine. Nul ne sait toutefois jusqu’où peut mener cette stratégie unilatérale de la confrontation… L’histoire des « transitions hégémoniques » nous enseigne en effet que la rivalité croissante entre une puissance hégémonique en perte de vitesse et une puissance émergente déterminée à prendre le leadership fragilise le système international qui devient instable et dangereux.
La régulation de la mondialisation nécessiterait de refonder le système multilatéral afin d’y intégrer les puissances émergentes, de renforcer les normes internationales et de répondre aux défis du changement climatique, de l’instabilité financière, de l’évasion fiscale, de la protection des données personnelles ou des conditions de travail. Ce n’est malheureusement pas l’option prise par l’administration Trump, qui préfère se retirer des accords internationaux et saper les fondements du système multilatéral instauré par les Etats-Unis après la Deuxième Guerre mondiale.
Nul ne peut dès lors garantir que ce « choc des puissances » USA/Chine ne débouchera pas à terme sur un affrontement commercial et diplomatique de plus grande ampleur.
En outre, l’annonce du déclin de l’empire américain et, dans la foulée, de l’économie américaine n’est pas un phénomène récent, puisqu’il était déjà question, dès le début des années 1990, d’un « recentrage asiatique » de l’économie mondiale [[L’ouvrage portant sur le recentrage asiatique du Pacifique et de l’économie mondiale en général date de 1991 : M. Fouquin et al., Pacifique : le recentrage asiatique, Economica, Paris, 1991.]].
Pour autant, la perte progressive d’importance de l’hégémonie américain ne signifie pas qu’émergera à sa place une puissance équivalente, capable en particulier d’imposer un véritable modèle économique alternatif qui se substituerait à celui dont la faillite vient d’être démontrée. Certes, la nature ayant horreur du vide, la disparition de la grande puissance dominante devrait ouvrir la voie à l’émergence d’une autre, mais il n’est pas sûr que ce point ait été atteint. Dès lors, le monde se trouve aujourd’hui dans une phase de transition dont l’issue est pour le moins incertaine.
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Possédant une base scientifique et technique indépendante de l’Occident et des ressources en main-d’œuvre, la Chine menacerait l’hégémonie des États-Unis dans l’économie mondiale.