
Politique
Sous les lustres feutrés de Doha, la diplomatie se déploie, polie, mesurée, presque théâtrale. On y parle paix, trêve, réconciliation. Mais derrière ce vernis courtois, une autre scène se joue, celle du fracas des armes dans les collines de Masisi et Rutshuru. Tandis que les négociateurs s’échangent des poignées de main à des milliers de kilomètres, les canons, eux, parlent un tout autre langage. Le M23, en apparence disposé au dialogue, se prépare en réalité à la guerre. Et Kinshasa, lucide, devrait désormais troquer la naïveté diplomatique pour la vigilance stratégique.
Depuis les premières heures de ce lundi, le tonnerre des armes a de nouveau retenti dans le territoire de Masisi. À Luke, les rebelles de l’AFC/M23 ont attaqué les positions des Wazalendo, déclenchant des affrontements violents. Selon des sources locales, les détonations d’armes lourdes et légères ont commencé dès cinq heures du matin, semant la panique au sein de la population. Les habitants, pris de peur, fuient en masse vers les collines et les brousses environnantes, abandonnant leurs maisons et leurs biens. Ce théâtre de violence, déjà éprouvé par plusieurs cycles de guerre, replonge une fois de plus le Nord-Kivu dans une tragédie sans fin.
Car, au-delà du bruit des armes, c’est toute une stratégie de conquête qui se déploie. L’AFC/M23, mouvement armé soutenu par l’armée rwandaise, selon les Nations unies, poursuit son projet d’expansion territoriale dans les territoires de Walikale, Masisi et Rutshuru. Le dernier rapport du secrétaire général de l’ONU, António Guterres, est sans équivoque : le M23 et ses alliés ont non seulement étendu leur zone d’influence, mais aussi instauré dans les zones occupées une administration parallèle, imposant taxes, jugements sommaires et enrôlements forcés. Ce n’est plus une simple rébellion : c’est une tentative d’institutionnalisation d’un pouvoir illégal au cœur du territoire congolais.
Selon ce rapport accablant, au moins 1 454 personnes ont été arrêtées arbitrairement et conduites dans des camps à Rutshuru pour y suivre un entraînement militaire forcé. Dans la chefferie de Bwisha, entre le 9 et le 28 juillet, 335 civils, dont 52 femmes et 24 enfants, ont été massacrés lors d’une opération conjointe du M23 et de la Force de défense rwandaise. Ce chiffre glaçant constitue l’un des bilans humains les plus lourds enregistrés depuis la résurgence du mouvement en 2022. Des villages entiers ont été incendiés, des commerces rasés, et des familles décimées, tout cela sous le regard d’une communauté internationale hésitante, et parfois complice par son silence.
Dans les zones qu’il contrôle, le M23 ne cache plus ses ambitions politiques. Le 1er octobre dernier, sur le terrain poussiéreux de la base militaire de Tshanzu, Sultani Makenga, le coordonnateur militaire du mouvement, a prononcé un discours sans équivoque : « Notre mission est de libérer le pays de ce régime de Kinshasa. » Des jeunes hommes et femmes, fraîchement formés, ont défilé en uniforme vert, baïonnettes au canon, dans un décor où la rhétorique révolutionnaire se mêlait à la propagande de guerre. Le message est clair : le M23 ne parle plus de négociations, il parle de renversement du pouvoir. Il rêve désormais d’un État parallèle, d’un territoire autonome, d’un Congo amputé.
Deux semaines plus tôt, 7 400 autres recrues avaient été présentées à Rumangabo, parmi lesquelles d’anciens FARDC et quelques Wazalendo retournés. Bertrand Bisimwa, l’un des dirigeants politiques de l’AFC/M23, s’était alors félicité de cette montée en puissance, parlant d’une « révolution qui entrait dans sa phase déterminante ». Derrière ces mots en apparence exaltés se cache un projet bien plus sombre : « la balkanisation du pays. Car lorsqu’un mouvement armé forme ses troupes, administre un territoire, et se met à délivrer ses propres documents, c’est déjà l’amorce d’une sécession », a fustigé Kantula Pierre, un observateur de la de la scène politique congolaise.
La diplomatie de Doha : l’espoir fragile d’un dialogue qui s’effrite
Et pourtant, au même moment, la diplomatie s’active pour la reprise des pourparlers. Sous la médiation du Qatar, Kinshasa et le M23 sont attendus cette semaine à Doha pour une nouvelle phase de négociations. Au menu des discussions figurent l’échange des prisonniers, l’ouverture de couloirs humanitaires dans les zones sous contrôle du M23, ainsi que la création d’un mécanisme de suivi du cessez-le-feu. Mais au-delà de ces mesures dites « de confiance », plusieurs divergences de fond continuent de dresser un mur entre les deux parties.
Kinshasa campe sur une exigence claire : le retrait intégral du M23 des territoires occupés et le respect absolu de la souveraineté nationale de la République démocratique du Congo.
En face, le mouvement rebelle réclame des garanties sécuritaires tangibles et une reconnaissance politique qu’il estime lui être déniée depuis de longues années. Ce nouveau round de négociations va également se pencher sur la question des prisonniers, un dossier sensible dont le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a la charge. Sur le papier, un mécanisme a déjà été signé : identification, vérification, puis libération des détenus de deux camps. En pratique, rien n’a encore bougé. La guerre, elle, continue de rugir.
À Washington, un accord économique historique, le Cadre d’intégration économique régionale (REIF), n’a pas été signé non plus entre la RDC et le Rwanda. Un texte censé relancer la coopération bilatérale dans les secteurs des mines, de l’énergie, de l’industrie et du tourisme transfrontalier. C’est à la dernière minute que Kinshasa a refusé de signer. Motif : la présence toujours active de troupes rwandaises dans l’est du pays.
Ce refus, qualifié d’« inattendu » par la diplomatie rwandaise, est en réalité un acte de lucidité politique, se flatte Mukishi, un cadre de l’Udps. Et un diplomate onusien de questionner « Comment parler d’intégration économique avec un voisin dont l’armée occupe encore une partie de votre territoire et soutient une rébellion armée qui massacre vos citoyens ? ». « Le gouvernement congolais a eu raison de dire non. Et il doit continuer à le faire. Car céder aujourd’hui, ce serait consacrer demain la partition du pays », a martelé de la Lucha.
À en croire un cadre MLC, le M23 a franchi la ligne rouge. Enrôlements forcés, massacres, création de structures administratives parallèles, et bientôt selon certaines sources, la délivrance de passeports dans les zones qu’il contrôle. « Ce ne sont plus des signes d’une rébellion en quête de paix, mais les jalons d’un État parallèle en gestation », a-t-il dénoncé, avertissant l’opinion que « l’heure n’est donc plus à la distraction ni aux demi-mesures mais à l’action pour libérer le pays ».
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Les délégations de la RDC et du M23 à Doha @ Photo Droits tiers.