
Politique
C’est une nuit qui laissera certainement des traces au sein du PPRD. À 3 heures du matin, dans une République qui se dit en quête de cohésion nationale, Emmanuel Ramazani Shadary, le secrétaire permanent du parti de Joseph Kabila, est arrêté par des hommes armés. Une interpellation nocturne et musclée.
Selon ses proches, des hommes armés, certains en uniforme de la Garde républicaine, d’autres en vêtements civils, arrivent à bord de 6 Jeeps et d’un minibus. La porte vitrée principale du salon est brisée. Le groupe se dirige vers la chambre d’Emmanuel Ramazani Shadary. Il lui est demandé de les suivre. À son épouse, ils assurent n’être là que pour exécuter un ordre, sans intention de lui faire du mal. Avant de monter dans l’un des véhicules, Shadary prend ses médicaments, rapporte une source proche de sa famille.
Aubin Minaku sort de sa réserve
L’arrestation de Shadary a poussé Aubin Minaku à réagir. L’ancien président de l’Assemblée nationale et cadre influent du PPRD, a dénoncé une opération menée dans des conditions qui suscitent une vive inquiétude. Il fustige des méthodes qui, selon lui, fragilisent davantage la cohésion nationale.
Sur son compte X, il tonne. « En moins de 24 heures, le secrétaire permanent du PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary, a été arrêté dans des conditions qui suscitent une vive inquiétude, tandis que le siège du FCC a fait l’objet d’une perquisition nocturne. Nous dénonçons ces méthodes qui fragilisent davantage la cohésion nationale. Nous appelons à des clarifications immédiates et au respect strict de nos droits fondamentaux. La relaxe de Ramazani Shadary s’impose. »
Pour Aubin Minaku, il ne s’agit pas d’un simple acte judiciaire, mais d’un signal politique dangereux, un précédent lourd de conséquences. L’opposant exige des clarifications immédiates et insiste sur le respect strict des droits fondamentaux . Le mot est lâché : la relaxe de Ramazani Shadary est, selon lui, une exigence, presque une condition au maintien d’un minimum de confiance institutionnelle.
Difficile de dissocier cette arrestation du contexte politique incandescent qui embrase le pays. Elle intervient quelques mois seulement après la sortie du mouvement Sauvons la RDC et la condamnation à mort de l’ancien président Joseph Kabila par la haute Cour militaire. Reconnu coupable d’être le leader de l’AFC/M23, rendu responsable de l’ensemble des crimes commis par le groupe armé dans l’est de la RDC, Joseph Kabila a été condamné le mardi 30 septembre dernier à la peine capitale, assortie de lourds dommages et intérêts.
Un verdict historique, mais aussi hautement controversé. Absent au procès, non représenté, sans avocat, Joseph Kabila n’a bénéficié que d’un soutien très limité dans la salle d’audience comme à l’extérieur. Le ministère public avait requis la peine de mort, tandis que les avocats de la République avaient, eux, plaidé pour la prison à vie, estimant qu’une telle peine aurait permis à l’ancien chef de l’État de rencontrer ses victimes et de mesurer l’ampleur du mal causé.
La sentence était sans appel : 29 milliards de dollars de dommages et intérêts à verser à l’État congolais, et deux milliards de dollars à chacune des provinces du Nord et du Sud-Kivu, constituées parties civiles.
Shadary, la voix discordante devenue cible ?
Avant son arrestation, Emmanuel Ramazani Shadary n’avait pas mâché ses mots. Dans ses sorties médiatiques, il avait qualifié le procès de Joseph Kabila d’« inopportun », estimant qu’il risquait de diviser davantage les Congolais. Il accusait le pouvoir de Félix Tshisekedi de détourner l’attention de véritables urgences nationales notamment la sécurité, la guerre et la crise politique.
« Ils ont fait ça pour distraire la population et l’opinion au lieu de s’attaquer au sérieux problème de la RDC : sécurité, guerre et surtout la crise politique », avait-il déclaré. L’ancien candidat à la présidentielle de 2023 dénonçait également les accords de Washington et de Doha, qualifiés de revers diplomatiques, et s’interrogeait sur l’apport réel de ce procès au peuple congolais, au détriment, selon lui, de la cohésion et de la réconciliation nationales. Plus grave encore, Ramazani mettait en garde contre le risque d’exacerbation des tensions linguistiques voire géographiques. Des propos considérés aujourd’hui comme un acte d’accusation ou comme un motif supplémentaire de mise au pas.
L’étau se resserre autour du PPRD
Ce n’est pas la première fois que les cadres du PPRD se retrouvent dans le viseur. En mars dernier, Emmanuel Ramazani Shadary et Aubin Minaku avaient été interdits de quitter le territoire national après avoir été invités par la justice militaire à se présenter à l’auditorat militaire supérieur de la Gombe pour éclairer la justice. L’ancien ministre d’État à la Justice, Constant Mutamba, avait alors annoncé des interpellations et auditions de hauts cadres du parti, soupçonnés de complicité avec la rébellion de l’AFC/M23.
Shadary avait également été convoqué au ministère de l’Intérieur et de la sécurité pour s’expliquer sur une communication du PPRD, intervenue au lendemain d’une sortie médiatique de Joseph Kabila depuis la Namibie. Pour beaucoup, l’arrestation de ce mardi apparaît comme l’aboutissement logique d’un engrenage politique. Dans les cercles proches du PPRD, certains n’hésitent pas à affirmer que Shadary paie sa proximité avec Joseph Kabila, accusé d’être, avec Paul Kagame, l’un des patrons de l’AFC/M23.
Sur les réseaux sociaux, l’arrestation de Ramazani Shadary a provoqué une avalanche de réactions. Les camps se radicalisent. Les uns parlent d’un charma qui s’abat sur Shadary et son camp. D’autres dénoncent une arrestation arbitraire, nocturne, indigne d’un État de droit, et redoutent une dérive autoritaire.
Les commentaires fusent, souvent virulents, parfois outranciers, mais révélateurs d’une opinion publique profondément fracturée. Pour certains internautes, « le PPRD récolte ce qu’il a semé ». Pour d’autres, aujourd’hui Shadary, demain n’importe quel opposant. Au-delà du cas Shadary, c’est tout le PPRD qui semble fragiliser. Affaibli, assiégé, le parti de Joseph Kabila apparaît plus que jamais sous pression, pris en étau entre une justice militarisée et un pouvoir déterminé à solder les comptes du passé.
Pendant ce temps, Joseph Kabila, après ses apparitions à Goma et la mise en place du mouvement « Sauvons la République démocratique du Congo », continue de polariser le débat national. Désigné à Nairobi par des opposants congolais comme figure de proue d’une offensive politique et diplomatique contre le régime Tshisekedi, l’ancien président demeure au cœur de la crise. L’arrestation d’Emmanuel Ramazani Shadary n’est donc pas un simple fait divers judiciaire. Elle est le symptôme d’un malaise profond au sein de la classe politique.
Le code à 7 caractères (précédé de « @ ») à côté du Nom est le Code MediaCongo de l’utilisateur. Par exemple « Jeanne243 @AB25CDF ». Ce code est unique à chaque utilisateur. Il permet de différencier les utilisateurs.
Les plus commentés
Politique Le dialogue doit se tenir au pays, sans Nangaa et Kabila » (Christopher Ngoy)
18.02.2026, 10 commentairesProvinces Impôt sur les revenus locatifs à Kinshasa : Daniel Bumba fixe à 20% de retenue sur le loyer pour les immeubles de 1er rang et à 15% pour les 2ème, 3ème et 4ème rang
17.02.2026, 8 commentairesPolitique Dialogue, le schéma Kabund exposé à Louis Michel et Marc Pecsteen
20.02.2026, 7 commentairesOnt commenté cet article
Ils nous font confiance
Ramazani Shadary, secrétaire permanent du PPRD arrêté par les hommes en uniforme @Photo Droits tiers.