
Economie
La confrontation est désormais ouverte. À Tervuren, dans les réserves du Musée royal de l’Afrique centrale, se joue une partie d’une portée exceptionnelle. Derrière des rayonnages couvrant près de 500 mètres linéaires reposent des relevés géologiques établis à l’époque coloniale, des cartes, des forages, des rapports techniques retraçant avec minutie les entrailles du Congo. Ce patrimoine scientifique, longtemps conservé à l’abri des regards, se retrouve aujourd’hui au centre d’un bras de fer entre Washington et Bruxelles.
L’administration Trump avance ses pions. Selon des révélations relayées par le Financial Times, elle agit en coulisses afin que l’AfricaMuseum transfère l’ensemble de ces archives à KoBold Metals, une société minière américaine. Objectif affiché : numériser les documents, injecter l’intelligence artificielle dans leur traitement, identifier avec précision les zones riches en cobalt, cuivre, lithium ou coltan. Un autre objectif stratégique est de sécuriser l’accès aux minerais indispensables à l’industrie technologique mondiale.
La Belgique sous pression américaine
Pour comprendre le dossier, voilà l’histoire : Le 4 décembre 2025, à Washington, le décor était déjà planté. Donald Trump recevait Paul Kagame et Félix Tshisekedi pour sceller un accord de paix présenté comme un miracle. Le texte prévoit également un partenariat stratégique entre les États-Unis et la RDC, centré sur l’exploitation minière. Mais un obstacle de taille surgit : Washington manque d’informations précises sur la localisation des gisements désormais convoités. Ces données, paradoxalement, ne se trouvent pas à Kinshasa. Elles sont à Tervuren, en Belgique.
KoBold Metals, entreprise soutenue par les milliardaires Bill Gates et Jeff Bezos, avait déjà conclu en juillet 2025 un accord avec les autorités congolaises pour avancer sur ce chantier. Mais sans accès aux archives belges, le projet piétine. Face au refus du musée, la Maison-Blanche active ses relais. Des échanges diplomatiques ont eu lieu. Le nouvel ambassadeur américain en Belgique, Bill White, nommé en novembre après avoir soutenu Trump depuis 2016, serait intervenu. Le signal est clair. Washington ne cache plus son impatience.
Bruxelles ferme la porte
La Belgique, elle, oppose une fin de non-recevoir. La ministre en charge du Numérique et de la Politique scientifique, Vanessa Matz, martèle que ces archives sont fédérales, publiques, accessibles aux chercheurs et au grand public selon les règles belges et européennes. Aucun privilège exclusif ne sera accordé à une entreprise privée étrangère sans lien contractuel avec l’État. Le directeur général du musée, Bart Ouvry, enfonce le clou : déléguer la gestion intégrale des archives à une société commerciale serait impensable. Un document peut être consulté ; l’ensemble ne peut être privatisé. Dans le même temps, Bruxelles rappelle qu’un programme structuré de numérisation, soutenu par l’Union européenne, est déjà en cours.
Des copies numériques sont transmises aux autorités congolaises, notamment au Service géologique. Une partie des fonds avait même été digitalisée dès 2010. Deux serveurs doivent être installés : l’un en RDC, l’autre à Tervuren. Quatre scientifiques ont pris leurs fonctions le 1er février, quatre archivistes doivent suivre le 1er mars. L’opération complète s’étalera sur quatre années.
Le cœur du conflit
Au-delà des déclarations officielles, le différend révèle une réalité plus rugueuse. Ces archives ne concernent pas uniquement le Congo. Elles couvrent également le Rwanda, le Burundi et d’autres territoires africains. Tout ne sera donc pas transmis automatiquement à Kinshasa. Cette précision, avancée par la direction du musée, ajoute une couche supplémentaire au débat.
Louis Watum Kabamba, ministre des Mines de la RDC, a indiqué avoir demandé à ses services de négocier avec la Belgique afin d’accélérer la procédure. Pourtant, selon Bart Ouvry, les partenaires congolais se montreraient satisfaits de l’approche actuelle. Le véritable désaccord opposerait surtout l’institution belge à KoBold.
Pendant ce temps, le contexte sécuritaire dans l’est du Congo demeure fragile. Les zones les plus riches en ressources se situent dans le Nord et Sud-Kivu, théâtre d’affrontements impliquant les rebelles du M23 soutenus par le Rwanda. Les Nations unies évoquent une situation toujours instable.
Une bataille pour la maîtrise du sous-sol
Washington voit dans ces documents un levier pour consolider son influence sur l’approvisionnement mondial en minerais critiques. Bruxelles invoque la protection du patrimoine public et la primauté des normes européennes.
Kinshasa aspire à exploiter plus efficacement son sous-sol grâce à l’intelligence artificielle. Contrôler les cartes, c’est orienter les investissements. Détenir les relevés, c’est choisir où creuser. Décider du rythme de numérisation, c’est peser sur la vitesse d’exploitation.
La Belgique affirme agir dans un cadre académique ouvert. Les États-Unis réclament un accès direct pour une société qu’ils soutiennent activement. La RDC, elle, se retrouve au centre d’un affrontement dont elle est à la fois l’objet et l’acteur.
Une chose est sûre, à Tervuren, les étagères n’abritent pas seulement des dossiers jaunis. Elles contiennent la mémoire géologique d’un pays dont le sous-sol nourrit les ambitions planétaires. La bataille pour ces archives est lancée. Elle porte sur l’avenir énergétique du monde.
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