
Société
Kinshasa est confrontée à une vague persistante d’enlèvements suivis de demandes de rançon. Chaque semaine, des familles affirment recevoir des appels anonymes exigeant des sommes importantes pour la libération d’un proche. Les images d’enfants, de jeunes filles ou de chefs de famille circulent sur les réseaux sociaux, alimentant la psychose dans plusieurs communes de la capitale de la République Démocratique du Congo.
Les kidnappeurs ont un mode opératoire est presque identique : un numéro inconnu contacte la famille, impose un ultimatum et exige un transfert d’argent. Ces ravisseurs semblent agir sans crainte d’être identifiés ou localisés. Pourtant, depuis plusieurs années, l’achat d’une carte SIM est conditionné par l’enregistrement de l’identité de l’utilisateur.
Alors pourquoi ces numéros restent-ils intraçables ? Comment des criminels peuvent-ils multiplier les appels de rançon sans être rapidement neutralisés ?
Les opérateurs télécoms sous pression
De nombreux kinois pointent désormais du doigt les réseaux de télécommunications installés en RDC. Pour eux, il est incompréhensible qu’en 2026, avec les technologies de géolocalisation, d’identification des abonnés et de traçabilité des communications, les auteurs de ces crimes continuent d’agir presque à visage découvert, du moins numériquement.
Ils estiment que techniquement, les opérateurs disposent de données permettant de localiser approximativement un appareil via les antennes relais ; identifier le titulaire déclaré d’une carte SIM ; retracer l’historique des appels. Ces capacités existent, à en croire plusieurs internautes. La question est donc celle de leur exploitation effective.
Par ailleurs, les habitants de Kinshasa dénoncent soit une défaillance grave dans l’application des règles d’identification des abonnés, soit des complicités internes. La vente de cartes SIM déjà préenregistrées, pratique régulièrement dénoncée, fragilise l’ensemble du dispositif de sécurité.
Une coordination défaillante ?
Du côté institutionnel, la collaboration entre opérateurs, services de sécurité et autorités judiciaires reste entourée d’opacité.
Les données téléphoniques sont soumises à des procédures légales strictes, nécessitant des réquisitions officielles. Mais dans des situations d’enlèvement où chaque minute compte, ces lourdeurs administratives peuvent ralentir les enquêtes, selon plusieurs observateurs.
Pour une partie de l’opinion, l’argument procédural ne suffit plus. Les citoyens rappellent que l’État impose l’enregistrement biométrique des SIM au nom de la sécurité. Si ces données ne permettent pas de protéger les populations, à quoi servent-elles ?
Certains kinois dénoncent une mobilisation rapide des forces de l’ordre dans les dossiers politiques, mais une réponse jugée insuffisante face à l’insécurité quotidienne. D’autres s’interrogent sur le rôle des services spécialisés en cybercriminalité et en télécommunications.
« À quoi sert l’enregistrement de nos identités si les criminels continuent d’utiliser des numéros anonymes ? », s’indigne un internaute.
Un autre estime que sans une réforme profonde du système de contrôle des SIM et sans audits indépendants des opérateurs, les enlèvements risquent de se banaliser.
Complicité ou faillite du système ?
Accuser formellement les réseaux de télécommunications de complicité suppose des preuves judiciaires. Mais l’accumulation des cas et la répétition du même schéma alimentent les soupçons.
Deux hypothèses dominent dans le débat public :
• une exploitation systématique des failles du système d’identification ;
• des complicités internes ou des négligences graves au sein de la chaîne de contrôle.
Dans les deux cas, la responsabilité institutionnelle est engagée.
La recrudescence des kidnappings à Kinshasa dépasse la simple criminalité ordinaire. Elle met en cause la capacité de l’État à protéger ses citoyens et à faire fonctionner les outils technologiques qu’il a lui-même imposés.
Sans transparence sur les mécanismes de traçabilité, sans sanctions exemplaires en cas de manquement, et sans coopération efficace entre télécoms et services de sécurité, le doute continuera de grandir.
Pour les familles touchées, le débat technico-juridique importe peu. Ce qu’elles attendent, ce sont des réponses rapides, des arrestations crédibles et la fin d’un climat où un simple appel téléphonique peut faire basculer une vie.
Le code à 7 caractères (précédé de « @ ») à côté du Nom est le Code MediaCongo de l’utilisateur. Par exemple « Jeanne243 @AB25CDF ». Ce code est unique à chaque utilisateur. Il permet de différencier les utilisateurs.
Les plus commentés
Politique Conférence de Munich : Denis Mukwege attribue la crise congolaise à une « mauvaise gouvernance » et plaide pour un dialogue national
16.02.2026, 10 commentairesPolitique Le dialogue doit se tenir au pays, sans Nangaa et Kabila » (Christopher Ngoy)
18.02.2026, 10 commentairesProvinces Impôt sur les revenus locatifs à Kinshasa : Daniel Bumba fixe à 20% de retenue sur le loyer pour les immeubles de 1er rang et à 15% pour les 2ème, 3ème et 4ème rang
17.02.2026, 8 commentaires
Ils nous font confiance