
Afrique
Le Parlement envisage de créer le poste de vice-président. Une décision aux lourds enjeux politiques.
Au Cameroun, les deux chambres du Parlement se penchent actuellement sur une réforme constitutionnelle majeure. Le projet de loi N° 2094, daté d'avril 2026, prévoit la création d'un poste de vice-président de la République.
Officiellement, il s'agit de renforcer l'efficacité de l'État, mais derrière cette adaptation se cachent de grands enjeux politiques.
Ce que prévoit la réforme
Ce projet de loi modifie plusieurs articles-clés de la Constitution de 1972, amendée en 1996 et 2008.
Concrètement, il prévoit :
La nomination et la révocation du vice-président par le Chef de l'État.
Un vice-président aux compétences strictement déléguées par le président.
Et surtout : en cas de vacance présidentielle - décès, démission ou empêchement, le Vice-Président ne ferait plus seulement un intérim court, mais achèverait le mandat en cours.
Officiellement, il s'agit de « renforcer l'efficacité dans la conduite des affaires de l'État » et d'éviter l'organisation immédiate d'un nouveau scrutin.
Mais pour les analystes politiques, le message est tout autre.
Préparation de la succession de Paul Biya ?
Ce projet apparaît comme une préparation de la succession à la tête de l'État. En permettant au vice-président d'achever le mandat présidentiel, le pouvoir central réduit le risque d'instabilité politique lié à l'organisation précipitée d'une nouvelle élection. Il s'agit, factuellement, de la mise en place d'un mécanisme de dauphinat constitutionnel.
Ce dauphinat offrirait un long « runway » au successeur désigné pour s'établir et se légitimer, potentiellement pendant plusieurs années si la vacance survenait tôt dans le mandat de sept ans de Paul Biya. Le chef de l'État camerounais est âgé de 93 ans.
Soutiens et critiques
Les premières réactions ne se font pas attendre. Le parti au pouvoir, le RDPC, soutient en bloc cette réforme, vue comme un facteur de stabilité. L'opposition et la société civile, elles, manifestent leur scepticisme, dénonçant une « manœuvre de succession ».
Certains s'inquiètent de voir le pays dirigé par une personnalité n'ayant pas reçu l'onction du suffrage universel direct. Cette modification constitutionnelle survient sept mois après l'élection présidentielle du 12 octobre 2025.
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