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La République démocratique du Congo, ex-Zaïre, pleure aussi Mohamed Ali qui a livré sur son sol l’un des combats qui ont forgé sa légende, contre George Foreman.
Kinshasa, 1974. L’un des moments les plus fabuleux de la carrière de Mohamed Ali. C’est là qu’il a, en effet, disputé l’un des combats les plus emblématiques de l’histoire de la boxe : “Rumble in the Jungle”, le mythique duel face à George Foreman, alors champion du monde des poids lourds. C‘était le 15 septembre, sur invitation du défunt président Mobutu Sese Seko. Un combat qui aura largement participé à immortaliser la légende de celui qu’on surnommait “The Greatest”. Quarante-trois ans après, les Congolais pleurent la mort du légendaire champion.

A KINSHASA, « MOHAMED ALI NOUS AVAIT ENVOÛTÉS »

« On a passé toute notre jeunesse avec Mohamed Ali, c’est lui qui nous a façonnés ». A Kinshasa, Martino Kavuala se souvient avec nostalgie du « grand champion de tous les temps » qui avait enflammé le coeur des Congolais, chez eux, lors de son « combat du siècle » contre George Foreman, en 1974.
« A part le football, c’était la boxe qui était le sport mère par rapport aux autres disciplines », et « comme tout Kinshasa ne jurait que par Mohamed Ali », le « président-maréchal » Mobutu (qui régna sur le Zaïre de 1965 à 1997) « a jugé bon qu’il y ait le combat du siècle ici : Mohamed Ali contre George Foreman ».
Ce « Rumble in the jungle » (« bagarre dans la jungle ») du 30 octobre 1974, qui allait contribuer à forger la légende de Mohamed Ali, Timba Kabwe « Bougnol » l’a vécu de près.
« A notre époque, si tu étais jeune et que tu ne faisais pas la boxe, c’est que tu étais un faux jeune, tu n’avais pas ta place dans la société », raconte cet ancien boxeur amateur de 63 ans qui se présente aujourd’hui comme un « businessman dans l’immobilier ».
« Foreman était beaucoup plus fort. Il frappait, il cognait », mais au huitième round, quand « Ali a senti que son adversaire était fatigué, il lui a donné deux coups au visage, ici et là », dit-il en touchant son mention et sa tempe. « Foreman s’est retourné et s’est écroulé ».
M. Kavuala, lui, a suivi le combat sur un écran « à l’école d’aviation de Kamina, au Katanga » dans le sud-est du pays. « On a eu plus de peur que de mal. Franchement si Mohamed Ali avait été battu ici au Congo, ça allait être le deuil total pour le Zaïre à l’époque et l’Afrique en entier », dit-il.
« Tout de suite après le combat », commencé au milieu de la nuit pour pouvoir être diffusé en direct à une heure de forte audience aux États-Unis, « il y a eu une grande pluie, tout était mouillé », se souvient encore « Bougnol ». « On aurait dit une pluie de bénédiction », ajoute M. Kavuala.
UN MODELE POUR LA BOXE CONGOLAISE
« Il était un boxeur qui était aimé par les Zaïrois, à l'époque. Il était connu pour sa façon de danser sur le ring quand il se battait, mais aussi pour sa beauté physique. À l‘époque, il avait fanatisé presque tout le monde », explique Bernard Okitengadi, un habitant de Kinshasa. « La boxe est devenue une valeur au Congo grâce à lui. Il a encouragé beaucoup de jeunes à commencer la boxe et a attiré l’attention sur notre pays, le Zaïre, à l‘époque », poursuit Tonton Rossy, un autre habitant de la capitale de la République démocratique du Congo.

« Chaque homme devait apprendre à se défendre, et Mohamed Ali, c’était un modèle pour nous ». Dans Kinshasa, « il y avait des multitudes de boxeurs », se souvient encore l’athlète sexagénaire.
Aujourd’hui âgé de 65 ans, avec une longue carrière de boxeur et d’entraîneur derrière lui, Kabwe avait déjà fondé le Boxing Club de la Gombe, dans le nord de la capitale congolaise, quand Mohamed Ali foule le sol congolais. Il fut l’un des nombreux « soigneurs » qui accompagnèrent l’Américain pendant les quelques semaines qu’il passa au Congo avant le match marquant son grand retour sur la scène internationale. Il dit avoir vécu le combat à quelques mètres du ring placé au centre du stade Tata-Rafaël (à l’époque stade du 20-Mai).
UNE PARTIE DE L'HISTOIRE DE LA RD CONGO ENTEREE AVEC ALI

Ce combat restera à jamais gravé dans les mémoires. Il aura définitivement hissé le natif de Louisville au rang de légende et consolidé ses liens avec le continent africain. Ce jour, les Africains et les Congolais ne l’oublieront sans doute jamais. Tant Mohamed Ali, qui n'était pas favori, s’est surpassé, comme dans chacun de ses combats, pour arracher la victoire grâce à sa légendaire ruse et à un public acquis à sa cause qui scandait « Ali Bomayé », « Ali tue-le ». George Foreman tiendra jusqu’au 8e round, avant de s’effondrer par KO.
Depuis, l’histoire d’amour entre Ali et l’Afrique est toujours restée intacte, jusqu'à sa mort ce samedi à l'âge de 74 ans. Mais l’un comme l’autre ont l’impression d’être les gardiens d’une histoire désormais oubliée des Congolais.

« Avec la mort de Mohamed Ali une partie de l’histoire est enterrée », regrette M. Kavuala. M. Kabwe se souvient de la « suite présidentielle » qu’occupait Ali au huitième étage de l’hôtel Intercontinental. La maison à changé de nom et à l’accueil, une jeune réceptionniste avoue n’avoir jamais entendu parlé du boxeur.
Au stade Tata-Rafaël flotte comme un parfum de nostalgie. Gradins et murs sont décrépis, et une fumée âcre saisit le visiteur : on y brûle des déchets à l’intérieur de l’enceinte près de l’entrée principale. Faute d’électricité ce matin, on avance dans les couloirs en s’éclairant de son téléphone.
René Mipendo, responsable de l’exploitation, se souvient de la visite de la fille de Mohamed Ali il y a quelques années. Il en garde le souvenir amer d’une promesse de soutien financier qu’il attend toujours...
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