
Afrique
Une marée humaine en colère, déterminée, des dizaines de camions et de forces de l'ordre lourdement armées, des affrontements... Des émeutes ont éclaté mercredi 31 août dans la capitale gabonaise, Libreville, dès l'annonce de la réélection du président Ali Bongo Ondimba devant l'opposant Jean Ping, qui s'est de son côté auto-proclamé vainqueur en accusant le pouvoir de fraude.
Selon les résultats officiels, le président sortant a été réélu pour un deuxième septennat avec 49,80% des suffrages devant Jean Ping (48,23%), ex-cacique du régime du défunt Omar Bongo, père de l'actuel chef de l'Etat qui a dirigé ce petit pays pétrolier d'Afrique centrale pendant 41 ans jusqu'à sa mort en 2009. Soit une avance sur son rival de seulement 5.594 voix, sur un total de 627.805 inscrits.
Or, une province fait exception dans cette élection : celle du Haut-Ogooué, berceau de la famille Bongo, où la participation atteint, selon les résultats officiels, 99,93%, alors qu'elle n'est que de 59,46% sur l'ensemble du pays. Et Ali Bongo recueille dans cette province... 95,46% des voix !
Des chiffres que conteste logiquement l'opposition, qui demande en vain un comptage des voix bureau de vote par bureau de vote. Mais la commission électorale a validé la réélection de Ali Bongo déclenchant immédiatement l'embrasement des quartiers populaires de la capitale.
Dès le milieu de l'après-midi, des milliers de jeunes, mais aussi des femmes et des hommes d'un certain âge ont ainsi déferlé dans les rues des "mapanes" (bidonvilles) pour crier leur colère dans une ville de facto en état de siège.
Les partisans de Jean Ping protestent contre la victoire de justesse du président sortant Ali Bongo…

(MARCO LONGARI / AFP)
L’Assemblée nationale aura fait long feu face à la colère des partisans de Jean Ping, candidat malheureux à la présidentielle gabonaise remportée par le président sortant Ali Bongo. Il n’aura d’ailleurs fallu de fait que quelques minutes après la proclamation des résultats pour que les quartiers populaires de la capitale Libreville s’embrasent. Et en fin de journée, c’était au tour de l’Assemblée nationale.
Dès le milieu de l’après-midi, des milliers de jeunes, mais aussi des femmes et des hommes d’un certain âge ont déferlé dans les rues des « mapanes » (bidonvilles) pour crier leur colère dans une ville de facto en état de siège. Leur favori, Jean Ping venait d’être défait d’une courte paille (48 %) face au président sortant (49 %). « Ping heho, Ali dégage ! », hurlaient les manifestants brandissant des tiges de palmier, alors que le ministre de l’Intérieur venait d’annoncer le président sortant vainqueur.
« On en a marre »

(MARCO LONGARI/AFP)
Dans les « PK » (sortie de la ville), les quartiers Nzeng Ayong ou encore Nkembo, des détonations lourdes ont éclaté et des colonnes de fumée noires se sont échappées à plusieurs dizaines de mètres dans le ciel. Sur la voie express, qui contourne la capitale par l’est, des manifestants ont tenté de rejoindre le quartier général de Ping. Les plus énervés ont brûlé ce qu’ils trouvaient (pneus, poubelles…) sur leur passage.
« 2009, 2016… On en a marre, on n’en peut plus de se faire voler la victoire, Ali doit partir », s’emporte Boris, la vingtaine, avant d’énumérer les raisons de sa colère. « Tous les jours c’est la même souffrance : aller 'puiser' l’eau [aux pompes publiques], s’éclairer avec des lampes-tempête à cause des coupures d’électricité, pas de boulot… Il n’a rien fait pour nous ».
Plusieurs morts et blessés ?

(MARCO LONGARI / AFP)
Les gendarmes anti-émeute ont dispersé les mouvements de foule vers des ruelles en terre à coups de grenades lacrymogènes et assourdissantes, et de canons à eau. Si la situation s’envenime, ils sont armés de kalachnikov. Des blindés sont positionnés à plusieurs carrefours stratégiques entourés de très nombreux policiers, gendarmes et militaires avec casques lourds et boucliers.
A la nuit tombante, de nouvelles informations parviennent au milieu de rumeurs invérifiables. L’opposition - notamment Jean Ping via Tweeter - fait état de plusieurs morts et blessés graves, ce que le porte-parole d’Ali Bongo, Alain-Claude Bilie-By-Nze, dément aussitôt, lui aussi sur Tweeter. Puis c’est l’Assemblée nationale qui est la proie des flammes. Un partisan de Ping témoignait sur place : « des manifestants en colère ont brûlé toutes les voitures autour, ensuite ils sont entrés à l’intérieur du bâtiment et ont mis le feu. »
Paris et Bruxelles prônent « la transparence »
A Paris, le quai d'Orsay a demandé aux autorités « d'assurer transparence et impartialité dans la publication des résultats ».
« De même, les éventuelles contestations qui suivront devront emprunter les voies de recours ouvertes par la loi", a-t-il ajouté.
Bruxelles a pour sa part demandé aux autorités gabonaises de « publier les résultats par bureau de vote », et non au niveau national, au nom d'« une pleine transparence », dans une déclaration des services de la chef de la diplomatie européenne, Fédérica Mogherini.
Le camp Ping assure avoir également le soutien des Etats-Unis : « Monsieur Jean Ping réaffirme vigoureusement, en accord avec l'Union européenne et les Etats-Unis, que le recomptage bureau par bureau, devient le seul moyen de garantir désormais la loyauté du scrutin », insiste son chargé de communication au Gabon, Jean-Gasaprd Ntoutoume Ayi, et son avocat à Paris, Me Eric Moutet.
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L'Assemblée nationale en feu, à Libreville, le 31 août 2016. (© Guilou Bitsutsu-Giel,Twitter)