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C'est l'un des plus importants procès intenté en République démocratique du Congo contre un officier. Le colonel Bedi Mobuli Engangela est jugé, depuis lundi 18 août, devant le tribunal de paix de Kalehe pour 14 chefs d'accusation, dont des crimes contre l'humanité qui auraient été perpétrés par lui-même ou par ses hommes, les miliciens Maï-Maï. Pendant trois ans, de 2005 à 2007, ce déserteur et ancien commandant de l'armée congolaise, surnommé le "colonel 106", semait la terreur sur une grande partie du Sud-Kivu, dans l'est du pays. Des centaines de victimes ont porté plainte.
Le procès de l'accusé, âgé de 40 ans, pourrait durer quelques semaines. Quelque 700 victimes présumées vont être amenées à témoigner. Visages et corps recouverts, ces dernières, hommes comme femmes, défilent par dizaines à la barre. "’106’ est arrivé dans notre village, le soir, il brûlait des maisons. Il nous tirait dessus. Il enlevait des femmes. Moi-même, j'ai été victime de viols. J'ai réussi à m'enfuir de la forêt et, depuis, j'ai des douleurs qui n'ont toujours pas été soignées", témoigne une femme, 12 ans à l'époque des faits.
"Il est important de protéger les victimes"
Par mesure de sécurité, les Nations unies, sous l’égide desquelles le procès est organisé, ont décidé d’auditionner les victimes à huis clos. Ainsi que de les voiler. "Dans les procès, surtout en matière de violences sexuelles, il est important de les protéger. D'abord, pour la confidentialité des victimes, mais aussi, parfois, par crainte des représailles", indique Miracle Zawadi, psychologue.
"Qu'il soit condamné à mort ou pas, rien n'enlèvera la blessure qui reste dans mon cœur. Mes larmes pourront être séchées grâce à la justice, mais j'aurai toujours au fond de moi cette colère", confie une femme affirmant avoir été, un mois durant, réduite à l'état d'esclave sexuelle. Dix ans après les faits, cette victime ne souhaite qu'une chose : pouvoir un jour se reconstruire.
Ce procès sans précédent contre un officier congolais se veut un signal fort contre l'impunité. Des centaines de victimes attendent réparations et que justice soit rendue. Le verdict est attendu dans une quinzaine de jours. Le colonel Mobuli Engangela encourt une peine d'au moins 20 ans de prison s'il est reconnu coupable. Si des dommages et intérêts devaient être payés, ils incomberaient à l'État congolais, partie prenante à ce procès car civilement responsable.
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