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L’Afrique du Sud teste massivement pour enrayer le Covid-19

L’Afrique du Sud teste massivement pour enrayer le Covid-19 2020-05-29
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Citée comme un exemple par l’OMS, la campagne massive de tests menée par l’Afrique du Sud apparaît aujourd’hui comme contre-productive

Bhelekasi Madlalose se fraie un chemin entre les chauffeurs de taxis collectifs d’Ivory Park, un township très pauvre au nord de Johannesburg. Ils font la queue pour être testés. Madlalose, une infirmière de Médecins sans frontières (MSF), rejoint ses collègues du Ministère de la santé qui organisent l’opération de community screening and testing (CST, dépistage et tests dans les communautés).

Depuis un mois, 11 millions de personnes (20% des Sud-Africains) ont été dépistées et près de 600 000 testées pour le Covid-19. «Nous avons décidé de ne pas attendre que les patients arrivent dans les hôpitaux, mais plutôt d’aller les chercher dans les communautés», explique le Dr Salim Abdool Karim, qui conseille le ministre de la Santé.

Cette campagne massive expliquerait, en partie, le succès de l’Afrique du Sud dans la lutte contre la pandémie. Le virus a débarqué au pays de Mandela, le 5 mars, en même temps qu’au Royaume-Uni. Mais les courbes de contagion ont été bien différentes. Les chiffres sont parlants: côté infection, 22 600 en Afrique du Sud contre près de 260 000 au Royaume-Uni; 429 décès contre 36 793.

Une campagne unique au monde

La pandémie touche surtout la ville très touristique du Cap, qui avait déjà été frappée par l’épidémie de H1N1 en 2009. L’Afrique du Sud a, en tout cas, réagi très tôt à la menace, comme s’en est félicité, en avril, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom, en citant le confinement sévère imposé dès le 27 mars et la campagne CST, unique au monde.

Madlalose est passionnée par sa mission. Chaque jour, cette femme vive de 51 ans forme des infirmières, souvent rappelées de leur retraite pour participer au CST. Mais aujourd’hui, elle n’a pas le temps. Elle fera elle-même les tests avec une collègue. Les taximen s’impatientent. «On doit en tester 500 mais on n’a reçu que 150 kits de tests, explique-t-elle. Les autres vont arriver.»

Les deux infirmières de MSF montent une tente sur le parking de la gare et enfilent leurs survêtements et masques de protection. Les chauffeurs qui présentent des symptômes sont dirigés vers un camion du Service national des laboratoires médicaux (NHLS). Les autres sont testés par plusieurs ONG qui participent à la campagne. «Normalement, on ne teste que les gens symptomatiques, explique Madlalose. Mais là, on va tester tous les chauffeurs, qui sont des personnes à risque.»

Un taximan fait la grimace, pendant que l’infirmière introduit une tige au fond de son nez. Pas le choix: il y a pénurie de tests pour la gorge. «Je suis content de l’avoir fait, dit-il. Même si je porte un masque quand je conduis, je peux être infecté par la monnaie des clients. A Ivory Park, les gens ne font pas attention.» Dans les rues, beaucoup de passants ne respectent pas l’obligation du port de masque.

60 000 «fourmis»

Eduquer le public est l’une des missions des 60 000 agents de santé communautaire, les «fourmis» du CST. Ce sont surtout des femmes, qui dépistent d’habitude les malades du sida et de la tuberculose. Elles ont rajouté le Covid-19 à leur arsenal. Identifiables à leurs t-shirts orange, elles interrogent des gens qui font la queue devant un supermarché, à côté de la gare des taxis. «On leur pose des questions sur leur santé, explique Edith Makawa. On envoie ceux qui présentent des symptômes se faire tester.» Les autres jours, Edith fait du porte-à-porte dans le bidonville. «Je visite 30 familles par jour. Les Sud-Africains sont très coopératifs. C’est plus compliqué avec les étrangers, surtout les clandestins.»

«Le but du CST est d’éduquer le public et d’isoler au plus vite les personnes infectées, explique Madlalose. On va dans les quartiers populaires, les centres commerciaux et des sociétés privées. Certains agents de l’Etat, comme les policiers et le personnel de santé, sont aussi testés.» Cette stratégie explique peut-être que le virus n’ait pas fait plus de ravages dans les townships surpeuplés, en dehors de ceux du Cap. Mais elle a atteint ses limites. «Les labos ont de la peine à suivre», reconnaît Popo Maja, le porte-parole du Ministère de la santé.

L’attente des résultats s’allonge

Seulement la moitié de l’objectif – 36 000 tests par jour – a été atteinte. Et, plus grave, le délai pour obtenir un résultat est passé de deux jours à deux semaines à Johannesburg. Résultat: les salles de triage des hôpitaux sont encombrées par des malades en attente de résultat. Certains pointent du doigt le gaspillage de ressources: les tests, importés, coûtent cher. Or seulement deux tests «communautaires» sur 1000 sont positifs.

«Notre stratégie de tests doit être revue pour protéger l’intégrité de notre système de santé, recommandent deux professeurs d’université, Marc Mendelson et Shabir Madhi, dans un récent article. Nous devons priorité aux malades en situation grave.» Dimanche, le président Cyril Ramaphosa a reconnu les difficultés. «Nous allons y remédier», a-t-il promis. En attendant, MSF s’est retiré, jeudi, de la campagne CST. L’ONG préfère concentrer ses efforts sur l’ouverture, cette semaine, d’un hôpital de campagne de 60 lits au Cap, dans le township de Khayelitsha, qui compte déjà 1500 infections.


Le Temps / MCP, via mediacongo.net
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