
Politique
Félix Tshisekedi y a mis moyens politiques, diplomatie et intelligence. Tout faire pour honorer sa signature en faveur de Denis Kadima à la tête de la CENI. Diplomates, politiques et religieux embarqués.
Les mots peu incisifs de Fridolin cardinal Ambongo Besungu à l’endroit du pouvoir de Félix Tshisekedi ce mercredi 1er décembre 2021 à Isiro, chef-lieu de la province du Haut-Uélé à l’occasion de la commémoration de la bienheureuse Anuarité Nengapeta, martyre de pureté et en présence de la première dame Denise Nyakeru Tshisekedi, en disent long sur les vrais enjeux des huis clos entre les hauts dignitaires du régime et le cardinal le mardi 23 novembre 2021 à Kinshasa d’une part et sur la rencontre solennelle entre les évêques catholiques et Félix Tshisekedi en personne le mardi 26 novembre 2021.
Des ponts ont été jetés entre le régime et l’Église, des concessions non négligeables ont été conclues et les relations plus ou moins normalisées entre les deux blocs. D’ailleurs, les seuls mots et bouts de phrases sortis des bouches des pasteurs suffisent pour comprendre qu’un travail de fond a été fait. « Il y a un temps pour tout », lançait monseigneur Marcel Utembi Tapa, archevêque de Kisangani et président de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) au sortir de l’audience avec le président de la République.
« On peut trouver un consensus et je pense qu’on peut évoluer avec Denis Kadima », a courageusement nuancé l’Abbé Donatien Nshole, secrétaire général de la CENCO et secrétaire permanent de la plateforme des confessions religieuses, lundi dernier au centre interdiocésain. « Ces faits viennent donc jeter un doute sur la sincérité de l’Église catholique après plusieurs cas de figure à l’actif du comportement désormais jugé caméléonien de cette confession religieuse aux yeux de la population », dénonce un cadre Lamuka. Le changement d’opinion dans le chef des dirigeants de l’Église catholique devient presqu’exagérément dangereux à la fois pour les acteurs politiques de l’opposition que pour les forces vives de la nation qui se sont toujours identifiées à travers les prises de position des catholiques.
Et l’Abbé Donatien Nshole n’est pas allé par le dos de la cuillère pour s’adresser aux opposants : « ne vous cachez plus derrière l’Église », a-t-il fulminé. Et Tshisekedi, ancien patron de l’opposition congolaise a bien reçu ce message. Lui, qui connait bien la chanson pour avoir fleurté avec la même Église depuis des années. Le président de la République a donc joué une carte qui lui était bien aisée, facilitée et ouverte par un groupe de prélats qui change indifféremment de position pour complaire à qui peut servir immédiatement ses intérêts, se chuchotent-on dans les états-majors politiques qui jugent ce rétropédalage catholique quelque peu rabaissant.
Approcher l’église et la communauté internationale, deux fronts de Tshisekedi pour Kadima

« Servir et faire plaisir », une belle devise prêchée par le cardinal Fridolin Ambongo à Isiro mercredi 1er décembre 2021, message qui, selon lui, dit tout sur la vocation profonde des prêtres et des consacrés catholiques. Pour le prélat, les prêtres et autres consacrés doivent inconditionnellement servir le Christ, servir l’Église et servir le peuple sans prétention et sans aucun calcul. Trouver leur joie en servant le peuple de Dieu à l’exemple du Christ lui-même qui s’est présenté parmi nous comme un serviteur humble et toujours disponible. S’adressant spécifiquement aux députés du Haut-Uélé et à travers eux, à toute l’élite politique du pays, il a déclaré : « Ne trahissez jamais notre peuple, ne trahissez jamais notre pays. Que la politique soit pour vous une chance en vous mettant au service de votre peuple », fin de l’exhortation du Cardinal à Isiro. Une prédication qui vient expliquer l’attitude actuelle du cardinal vis-à-vis de la politique active de la nation. Décidemment, l’Église a tourné la page Kadima. Il faut aller de l’avant.
L’axe de la diplomatie secrète de Félix Tshisekedi avait été également actionné vers la communauté internationale. Avec un seul argument de taille, nous a-t-on rapporté.
Deux acteurs clés furent mobilisés pour la cause. Mike Hammer, ambassadeur des Etats-Unis d’Amérique et François Beya, conseiller spécial du chef de l’Etat en matière de sécurité. Mike Hammer dont les efforts étaient déjà constamment ressentis en amont, lors de la grande campagne pour un consensus dans la désignation du président de la CENI, a dû prendre les choses telles qu’elles se sont finalement présentées, c’est-à-dire, marcher et évoluer avec le même Denis Kadima investi président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), en dépit de graves contestations soulevées aussi bien par les Églises catholique et protestante que par l’opposition politique et les forces vives.
François Beya, le puissant « spécial » de Félix Tshisekedi aurait sérieusement travaillé dans le rapprochement du pouvoir avec la puissante Église catholique, considérée comme la locomotive de la contestation anti-Kadima via les plateformes laïques CALCC et MILAPRO. Ici, Tshisekedi fera fort. Trois chefs des institutions phares de la République (Gouvernement et Parlement) mobilisés sous le regard alerte de François Beya pour rencontrer le cardinal consterné par les attaques subies de la part des militants politiques pro-pouvoir. Des discussions de profondeur ont eu lieu entre les deux parties. Et des vérités ont été dites entre hommes. Le tout n’a pas suffisamment transpiré dans la presse.
Pendant ce temps, Américains et Européens auraient été appelés à s’impliquer pour appuyer la nouvelle équipe de la CENI. C’est le diplomate américain qui a justifié publiquement le ballet diplomatique observé ces dernières semaines au siège national de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Au terme d’un entretien avec le président Denis Kadima Kazadi le vendredi 26 novembre 2021, Mike Hammer avait déclaré : « Je suis venu rencontrer le nouveau président de la CENI, précisément parce que le président de la RDC (Félix Tshisekedi) a fait la demande de l’accompagnement et le soutien de la Communauté internationale dans le processus électoral pour commencer à faire des préparatifs des bonnes élections inclusives et transparentes en 2023 ».
Avec ce précieux développement, Denis Kadima pourra espérer siéger encore quelques semaines en paix en attendant que d’autres fronts soient progressivement contenus.
Tshisekedi a fait sa part, à Kadima de s’assumer

Bien qu’incomplète, l’actuelle équipe de la CENI est déjà passée à la vitesse supérieure en amorçant la phase préparatoire des élections générales de 2023. Un atelier d’imprégnation riche en activités s’étale sur toute cette semaine en vue de préparer les nouveaux membres aux véritables défis techniques et opérationnels des élections. Sur ce point, Kadima maitrise parfaitement les commandes de la machine. Ce sont les étapes à venir qui détermineront ses véritables capacités de grand manager des élections.
Trouver une équipe de travail bien forte et capable de bien encadrer son leadership électoral, rassurer les Églises catholique et protestante déjà sensibilisées, rassurer l’opposition politique, la société civile, les mouvements citoyens et toutes les sensibilités socioprofessionnelles du pays autour des élections. Certes, le chemin n’est pas facile à emprunter pour un « mikiliste » (personnalité issue de la diaspora) qu’il est, étant entendu que d’autres actions de contestation sont envisagées par le CALCC et MILAPRO pour une mobilisation citoyenne de grande envergure nationale.
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