
Politique
Face à la gestion politique et sécuritaire du pays, Mgr Donatien Nshole hausse le ton. Le secrétaire général et porte-parole de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) adopte une posture de plus en plus radicale, dénonçant ce qu’il considère comme une surdité persistante du pouvoir aux interpellations morales et citoyennes.
Questionné sur Top Congo FM, le samedi 31 janvier, le prélat n’a pas éludé les accusations de collaboration entre le Rwanda et le groupe armé M23/AFC actif dans l’est de la RDC. En clair, il a rappelé que sa position ne relève ni de l’idéologie ni de la rumeur, mais qu’elle s’appuie sur « des faits documentés, notamment les rapports d’instances internationales crédibles ».
Dans un ton inhabituellement direct, Mgr Nshole a laissé transparaître une profonde frustration face à l’attitude des autorités. « Tshisekedi n’écoute pas ce que je lui dis. Il veut seulement que les évêques fassent ce que les politiciens veulent et décident », a-t-il lâché, tout en démontrant ainsi une rupture de confiance avec le sommet de l’État.
Pour l’évêque catholique, la crise sécuritaire qui ravage l’est du pays ne peut être ni comprise ni résolue sans reconnaître clairement les ingérences extérieures et leurs effets dévastateurs sur les populations civiles, prises en étau entre violences armées et calculs géopolitiques. « Si les rebelles de l’AFC-M23 tuent, le gouvernement aussi tue. Dans ces conditions, les deux camps sont responsables des violences. Il est donc préférable de se mettre autour d’une même table », a-t-il martelé.
– Refuser l’anathème pour ouvrir la voie au dialogue –
L’homme de Dieu évoque la nécessité de nommer les responsabilités et de sortir des discours de façade. Il appelle à « la vérité, à la responsabilité régionale et à des solutions politiques courageuses », estimant que la paix durable ne saurait émerger tant que les intérêts géopolitiques primeront sur la dignité humaine.
Toutefois, ce ton dur vis-à-vis du pouvoir ne signifie pas, selon lui, une prise de partie militaire ou politique. Bien au contraire, Mgr Nshole revendique une posture de médiation. « Pour un dialogue inclusif réussi, on ne peut pas condamner les parties », apaise-t-il, convaincu que la paix passe par la parole et non par l’exclusion.
Dans cette logique, l’évêque estime qu’il est désormais nécessaire de réunir autour d’une même table le M23, le Rwanda et le gouvernement congolais. « Nous voulons que le M23 vienne à la table des discussions parce qu’il reproche certaines choses au gouvernement. Nous ne condamnons plus personne, car nous voulons le dialogue », a-t-il expliqué.
Et de poser une question qui résume sa philosophie actuelle : « Si vous dites à quelqu’un qu’il est mauvais, puis que vous l’appelez à négocier, viendra-t-il ? ». Une interrogation qui mettrait en lumière son choix assumé pour une diplomatie morale, parfois incomprise.
- Dialogue sans condamnation, une ligne assumée –
Nous ne sommes plus au stade de condamner qui que ce soit, car nous l’avons déjà fait par le passé. Aujourd’hui, nous sommes arrivés au temps du dialogue. Nous voulons un dialogue qui réunisse tout le monde, sans exception, qu’ils aient été condamnés ou non. C’est simple : si l’on condamne, rien ne changera sur le terrain, a-t-il déclaré.
Tant que la guerre se poursuit, aucune partie ne peut prétendre à l’innocence. « Tant que la guerre persiste, toutes les parties sont fautives, car les tueries viennent de partout et ce sont des êtres humains, créatures de Dieu, qui sont tués », s’indigne-t-il, soulignant le caractère universel de la souffrance.
Cette équidistance morale s’accompagne toutefois d’une vigilance accrue face à la désinformation. Interrogé sur les propos de l’ambassadrice du Rwanda aux États-Unis Mathilde Mukantabana évoquant une collaboration avec le M23, Mgr Nshole a exprimé ses doutes mais aussi la possibilité « d’un montage réalisé à l’aide de l’intelligence artificielle ». Cependant, il précise n’avoir pas suivi directement cette intervention et rappelle qu’il se méfie des contenus circulant sur les réseaux sociaux, souvent marqués par la manipulation. « Ce que j’ai retenu, puisque je ne m’appuie pas sur des contenus issus de l’intelligence artificielle, c’est que, dans cet accord, ce que nous appelons agression rwandaise a été qualifié de mesures défensives », a-t-il lâché.
– Ce que révèle la polémique sur l’accord de Washington –
Cette exigence de vérité se retrouve également dans la controverse autour de l’accord dit « de 99 ans », évoqué par Monseigneur Fulgence Muteba. Pour Donatien Nshole, le cœur du problème n’est pas la polémique sur la durée, mais le contenu même de l’accord. « Il y a deux articles dans cet accord qui sont très suspects », relève-t-il. Le premier concerne l’existence d’éléments annexes non publiés. « Est-ce que le gouvernement congolais les a publiés ? Non, parce qu’il n’y a pas de transparence », déplore Nshole, dénonçant une gouvernance qui se fait sans rendre compte aux citoyens.
Le second article insiste sur la confidentialité, laissant entendre l’existence des clauses cachées. « Quand on parle de confidentialité dans un accord, cela veut tout simplement dire qu’il existe des clauses privées, très confidentielles », explique-t-il, alimentant les inquiétudes sur la souveraineté nationale.
Face aux accusations de mensonge visant Monseigneur Muteba, Donatien Nshole renverse la charge de la preuve : « Pourquoi le gouvernement congolais ne ferait-il pas le contraire, en commençant par nous donner la vraie durée de cet accord ? ». Selon lui, tant que l’opacité persistera, le pouvoir devra s’attendre à une parole de plus en plus ferme, critique et engagée.
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Mgr Donatien Nshole, Secrétaire général de la Cenco