
Politique
Pendant plusieurs mois, une impression s’est insidieusement installée dans l’opinion congolaise, nourrie par des images venues d’outre-Atlantique et relayées sur les réseaux sociaux. Marcel Malanga, fils de Christian Malanga, apparaissait aux États-Unis dans un décor de normalité presque déconcertante. Sourires discrets, cadres domestiques, allure d’un jeune homme revenu à une vie ordinaire.
Certains congolais se posaient cette question lancinante : l’un des visages de la tentative de coup d’État du 19 mai 2024 en République démocratique du Congo avait-il définitivement échappé à la justice ? La réponse est désormais « non ».
Loin d’un effacement judiciaire, l’affaire Malanga entre au contraire dans une nouvelle phase, plus rigoureuse encore, sous l’autorité de la justice fédérale américaine. La présence, à Kinshasa, de deux agents spéciaux du Federal Bureau of Investigation (FBI) vient dissiper toute ambiguïté. Marcel Malanga sera bel et bien jugé aux États-Unis, au même titre que les autres ressortissants américains impliqués dans cette entreprise insurrectionnelle avortée.
Arrivés de Nairobi, siège du bureau régional de l’attaché juridique du FBI pour l’Afrique de l’est et centrale, les enquêteurs américains mènent actuellement, dans la capitale congolaise, un complément d’investigations déterminant. Cette démarche s’aligne dans la préparation du procès prévu en mars prochain devant un tribunal fédéral du district de l’Utah, un rendez-vous judiciaire scruté avec attention tant à Washington qu’à Kinshasa.
Au cœur de cette procédure figure le dossier Christian Malanga, cet Américain d’origine congolaise présenté par les autorités comme le cerveau de la tentative de coup d’État manqué du 19 mai 2024, neutralisée au Palais de la Nation. Si le principal protagoniste a trouvé la mort lors des événements, son ombre continue de planer sur cette affaire aux ramifications multiples, où se croisent justice congolaise et justice américaine.
Selon des sources judiciaires, l’ensemble des acteurs ayant participé à la procédure en République démocratique du Congo notamment magistrats, enquêteurs et avocats ont été auditionnés par les agents du FBI. Les échanges ont porté sur le déroulement de l’instruction, les audiences tenues à Kinshasa, ainsi que sur l’évaluation des dommages civils liés à cette tentative de renversement de l’ordre constitutionnel. Rien n’a été laissé à l’approximation, chaque étape ayant été passée au crible dans la perspective du procès américain.
Dans le box des accusés à Salt Lake City, plusieurs noms sont appelés à comparaître : Marcel Malanga, 22 ans, Tyler Thompson, 22 ans, Benjamin Zalman-Polun, 37 ans, et Joseph Peter Moesser, 67 ans. Tous citoyens américains, ils avaient été jugés et condamnés à Kinshasa avant d’être extradés vers les États-Unis à la suite de la commutation de leur peine de mort en servitude pénale à perpétuité, décision entérinée par une ordonnance présidentielle.
Devant la justice fédérale américaine, les charges sont lourdes. Il est notamment question de complot en vue de fournir un soutien matériel et des ressources à une entreprise terroriste, de complot en vue d’utiliser des armes de destruction massive, de projets d’attentats contre des installations gouvernementales, ainsi que de complots visant à tuer ou à enlever des personnes dans un pays étranger. Autant de qualifications pénales qui confèrent à ce procès une dimension exceptionnelle.
Pour rappel, les faits remontent à la nuit du dimanche 19 mai 2024. À l’aube, la République démocratique du Congo se réveille sous le choc d’une attaque armée ciblant quelques symboles du pouvoir. Tout commence par une tentative avortée contre l’hôtel Pullman, au centre de Kinshasa, où le président Félix Tshisekedi était attendu. Un groupe d’une vingtaine d’hommes armés, vêtus de tenues militaires et arborant le drapeau du Zaïre, fit ensuite irruption à la résidence de Vital Kamerhe, alors vice-Premier ministre et candidat de la majorité présidentielle à la présidence de l’Assemblée nationale.
Bilan : deux policiers et un assaillant perdent la vie. Selon l’entourage de Vital Kamerhe, ce dernier et sa famille sortent indemnes de l’attaque. Les assaillants poursuivent leur progression jusqu’au Palais de la Nation, qu’ils investissent brièvement avant d’être repoussés. Sur les réseaux sociaux, le groupe revendique son action, se présente comme issu de la diaspora et affirme vouloir changer des choses dans la gestion de la République. En milieu de matinée, l’armée congolaise annonce avoir repris le contrôle de la situation. Le porte-parole des FARDC confirme que des Congolais et des étrangers impliqués dans le putsch ont été mis hors d’état de nuire, y compris leur chef. Le nom de Christian Malanga Musumari apparaît rapidement comme celui du meneur présumé. Congolais de la diaspora, âgé de 41 ans, ancien militaire de formation, il a longtemps vécu aux États-Unis avant de tenter une carrière politique en RDC, notamment lors des législatives de 2011 dans les rangs de l’opposition.
Arrêté à l’époque pour ses positions ouvertement hostiles au régime de Joseph Kabila, Christian Malanga fonde ensuite, aux États-Unis, l’United Congolese Party (UCP), avant de créer en 2017 à Bruxelles un gouvernement en exil baptisé Nouveau Zaïre . Entre politique et affaires, notamment dans le secteur minier en RDC et au Mozambique, son parcours demeure marqué par des contacts avec d’anciens acteurs de rébellions passées, ce qui éclaire, en partie, les symboles brandis lors de l’attaque du Palais de la Nation.
Si l’implication de Christian Malanga dans les événements du 19 mai ne fait guère de doute, de nombreuses interrogations subsistent sur d’éventuelles complicités extérieures. Une question qui restera probablement sans réponse, le chef présumé du commando ayant été abattu par un élément de la Garde républicaine.
Au-delà des faits, cette tentative avortée soulève de profondes interrogations. La stratégie des assaillants, visiblement vouée à l’échec, interroge par son caractère limité et symbolique. Aucun site stratégique majeur à savoir : télévision nationale, aéroport, camps militaires n’a été durablement ciblé. L’attaque révèle également des failles sécuritaires notables, notamment sur les conditions d’entrée des assaillants sur le territoire et leur accès à des sites ultrasensibles de la capitale.
Après les faits, au total, trente-sept prévenus, dont trois Américains, avaient été condamnés à mort par le tribunal militaire de Kinshasa. Parmi eux figuraient également un Belge, un Britannique et un Canadien, tous Congolais naturalisés. Les trois ressortissants américains condamnés à mort ont ensuite bénéficié de la grâce présidentielle annoncée le 1ᵉʳ avril 2025, leur peine étant commuée en prison à perpétuité, avant leur extradition vers les États-Unis.
Ainsi, l’image d’un Marcel Malanga définitivement affranchi de toute poursuite s’effondre face à ce nouveau rebondissement judiciaire. La justice américaine a repris le dossier à sa source. La présence des agents du FBI à Kinshasa en est l’illustration la plus éclatante. En mars prochain, devant un tribunal fédéral de l’Utah, l’affaire Malanga connaîtra un nouveau chapitre, où les faits, rien que les faits, devront répondre devant la loi.
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Marcel Malanga, fils de Christian Malanga, chef du coup d’État manqué du 19 mai 2024 en RDC. Le jeune américain apparaît en tenue de détenu lors d’une audience foraine de son procès à la prison militaire de Ndolo, à Kinshasa @Photo Droits tiers.