
Société
Une affaire qui gêne et à laquelle la rédaction de la prestigieuse TV5MONDE a consacré un pertinent dossier, complété par la rédaction du trihebdomadaire AfricaNews. Tandis que Kinshasa porte Juliana Lumumba en candidate pour succéder à la Rwandaise Louise Mushikiwabo à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie -OIF-, un dossier comptable traîne derrière cette ambition comme une tache indélébile. Trois ans après les IXes Jeux de la Francophonie organisés du 28 juillet au 6 août 2023 dans la capitale de la République Démocratique du Congo, des réclament encore quelque 37 millions de dollars.
Cette créance en souffrance n’a pas échappé à l’attention de TV5MONDE, un média francophone majeur avec une audience mondiale très élevée, touchant plus de 60 millions de téléspectateurs hebdomadaires dans plus de 200 pays. Elle risque surtout de transformer la vitrine diplomatique en embarras politique. «Ils devaient payer. Ils ne l’ont pas fait. Je demande à l’État de pouvoir me payer, tout simplement. Parce qu’en fait, je suis Congolais», lance Steve Konde, patron de MediaMages, en montrant l’entrepôt où s’entassent projecteurs et écrans loués pour la cérémonie d’ouverture -matériel dont une partie n’a jamais été restituée ni réglée. Selon lui, des locations ont été transformées en ventes forcées, sans qu’aucun paiement ne lui revienne. Conséquence: trésorerie au bord du gouffre et emplois menacés.
Le cas de MediaMages n’est pas isolé. Le reportage affirme que plus de 300 sociétés -et plus de 5 000 emplois indirects- attendent toujours d’être payées. Même les artistes invités ont subi le blocage: la facture du chanteur Ferré Gola n’a été honorée qu’en janvier. Exaspérés, les prestataires réunis au sein d’un collectif ont dit avoir adressé 27 courriers restés sans réponse et ont, fin décembre 2026, envoyé à la Présidence une mise en demeure «formelle et urgente», fixant un ultimatum au 30 décembre pour obtenir règlement. Sans suite.
Sur le plan administratif, la responsabilité se dilue. Le Comité national des Jeux de la Francophonie -CNJF-, qui a piloté l’événement et géré un budget d’environ 66,9 millions d’euros, reconnaît des retards face à la caméra de TV5. «Les paiements se faisaient par échéance… le dernier paiement qui devrait être fait, c’est celui qu’ils attendent encore», admet son directeur, Isidore Kwandja, en promettant que l’État «fera l’effort nécessaire». Mais le CNJF renvoie plusieurs dossiers vers d’autres ministères -notamment le ministère des Sports- et la cascade de responsabilités rend toute solution incertaine.
La polémique a pris une dimension publique. Une vidéo virale accuse Steve Konde d’avoir tenté de «salir la réputation» des Jeux en prétendant des contrats inexistants, évoquant un engagement pris avec le ministère des Sports. François Kabulo, le ministre des Sports, a depuis quitté ses fonctions, compliquant davantage la traçabilité des engagements. Pendant ce temps, infrastructures et équipements réceptionnés sont régulièrement utilisés, tandis que les factures restent impayées.
Après la liesse, la facture!
À Paris, l’OIF rappelle que l’organisation des Jeux est déléguée au pays hôte et qu’elle ne peut se substituer à des obligations nationales. Mais sur la scène internationale, l’image d’un État qui laisse traîner des dettes de cette ampleur est dommageable: comment convaincre des partenaires et des électeurs que Kinshasa est apte à diriger une institution quand elle tarde à honorer ses fournisseurs domestiques?
Pour la candidature de Juliana Lumumba, le risque est double. D’une part, l’effet d’opinion: chaque plainte médiatisée affaiblit le discours diplomatique. D’autre part, le risque opérationnel: procédures judiciaires, blocages de services, nouvelles mises en demeure -autant de facteurs susceptibles de déclencher une «tache d’huile» qui entacherait durablement la crédibilité du pays.
Si la dette de Konde n’est pas reconnue, dans la capitale, les entrepreneurs reconnus et engagés pour la construction des infrastructures réclament des mesures claires et rapides: publication des contrats, clarification interministerielle des responsabilités budgétaires, calendrier précis de paiement et recours à des mécanismes d’arbitrage indépendants. Certains proposent des garanties externes pour rassurer les créanciers et éviter que cette dette intérieure ne devienne un précédent catastrophique pour l’économie nationale.
Au‑delà des chiffres, c’est la réputation d’un État qui est en jeu. Une candidature à la tête de la Francophonie se bâtit autant sur la diplomatie que sur la capacité à tenir parole chez soi. «Sans ces partenaires, sans leur engagement, il n’y aurait jamais pareilles infrastructures et, par ricochet, les jeux. Et sans ces jeux et leur retentissement international, l’ambition de briguer un poste phare ne serait peut-être jamais née», raisonne un diplomate africain. À Kinshasa, des voix appellent aujourd’hui à une intervention directe du président Félix Tshisekedi pour régler le dossier -vite- avant que la fumée des impayés n’atteigne les cimes de la diplomatie.
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