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Guerre au Moyen-Orient: C'est quoi un baril de pétrole et pourquoi ça reste la référence aujourd'hui encore ? (et pas la tonne ou le litre)

2026-04-08
08.04.2026
2026-04-08
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Malgré la disparition des barils physiques depuis près d’un siècle, le pétrole continue d’être mesuré et échangé en barils (42 gallons, soit 159 litres) et en dollars, une unité héritée du XIXe siècle qui s’est imposée pour standardiser les échanges et reste utilisée pour sa stabilité face aux variations de densité du brut et pour la simplicité du commerce international.

110 dollars le baril de WTI. 115 pour le baril de Brent. Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, la planète à les yeux rivés sur les cours du pétrole. Et ces cours se résument à une unité de mesure: le baril. Le baril de pétrole est omniprésent dans l’économie mondiale: les prix sont exprimés en dollars par baril, la production en millions de barils par jour...

Et pourtant le baril n'existe pas. Ou du moins quasiment plus. L'objet en tant que tel a presque totalement disparu de la réalité industrielle. Le baril est devenu une unité abstraite, un peu à l'image de l'once pour l'or dont BFM Business racontait ici les origines françaises. Cette unité du baril est héritée d’une époque où le pétrole se transportait encore dans des contenants physiques.

Les origines remontent à 1859, avec le premier puit de pétrole moderne exploité à Drake Oil Well en Pennsylvanie. À cette époque, il n’existe aucune norme et le pétrole est stocké dans des fûts en bois récupérés, souvent issus du commerce du whisky ou du vin. L'attrait pour le pétrole est évidemment moindre qu'aujourd'hui mais la demande est tout de même en forte hausse dans cette seconde partie du XIXe siècle pour le kérosène des lampes à pétrole. Le problème de ces tonneaux dans lesquels on stocke le pétrole, c'est que les volumes varient énormément, ce qui rend les échanges difficiles et peu fiables.

Le baril de 42 gallons apparait en 1866

Pour résoudre ce problème, l'idée d'un standard fait son chemin. Comme le raconte l’American Oil & Gas Historical Society, une poignée de producteurs de pétrole indépendants américains se réunissent en 1866 à Titusville, en Pennsylvanie, et conviennent que désormais, un baril de pétrole serait constitué de 42 gallons, soit environ 159 litres. Ce choix s’appuie sur un format déjà utilisé dans d’autres industries, appelé "tierce", qui offrait un bon compromis entre capacité et maniabilité. La tierce est un fût de taille standard utilisé autrefois pour transporter des liquides comme du vin et de l'huile.

Il en sera donc pareil pour le pétrole. Dans ces années-là, pas de moteur à explosion évidemment, ni train, ni même d'oléoducs, les barils de pétrole (qui sont des fut en bois) sont transportés par des charretiers vers les raffineries.

Les barils de 42 gallons se mettent à abonder (la Pennsylvanie étant la première région productrice du monde en ce temps) et il est temps de formaliser cet accord. C'est en 1872 que l’industrie pétrolière américaine adopte officiellement le baril de 42 gallons comme référence. L’American Oil & Gas Historical Society souligne que cette décision visait à instaurer la confiance entre producteurs, transporteurs et acheteurs, dans un marché encore en structuration.

À la fin du XIXe siècle, l’industrialisation s’accélère, notamment sous l’impulsion de Standard Oil de John Rockefeller, qui deviendra l'homme le plus riche de l'histoire grâce à son monopole sur le pétrole. Des puits aux raffineries en passant par les distributeurs, Rockefeller contrôle tout. Jusqu'au barils. Au lieu de les acheter, la Standard Oil achète des parcelles de chêne, transporte le bois séché jusqu'à Cleveland sur ses propres chariots et fabrique les barils dans sa propre tonnellerie.

Mais au tournant du XXe siècle, les volumes explosent, et les limites du transport en barils deviennent évidentes. Trop petits, coûteux à manipuler et peu adaptés aux grandes distances, ils commencent à être remplacés par des wagons-citernes et des réservoirs métalliques. Un premier clou est planté dans le cercueil du baril. D'autant que le premier vrai navire pétrolier (bateau conçu pour transporter du pétrole en vrac, sans barils), le Zoroaster, est conçu dès 1878 par les frères Nobel (la même famille qu'Alfred Nobel).

1930, déjà plus de baril

Mais c'est surtout entre 1900 et 1930 que l’industrie connaît une transformation majeure. Les oléoducs (pipelines en anglais) se développent, permettant un transport continu sur de longues distances. Parallèlement, les navires pétroliers prennent leur essor. Cette période marque le déclin rapide des barils physiques dans la logistique du pétrole brut.

Dès les années 1930, les barils ont pratiquement disparu de la chaîne principale du pétrole. Ils sont remplacés par des infrastructures industrielles de grande échelle: pipelines continentaux, terminaux portuaires, et immenses cuves de stockage. Le pétrole devient un fluide transporté en continu et non plus une marchandise conditionnée. Aujourd’hui, le transport du pétrole repose sur ces mêmes systèmes mais modernisés: pipelines, superpétroliers, trains-citernes et camions-citernes. Ces moyens permettent de déplacer des millions de barils sans jamais utiliser de barils physiques.

Et pourtant, l’unité elle-même reste centrale dans les échanges internationaux. Le baril n'est pour ainsi dire plus vraiment utilisé depuis près de 100 ans mais il reste l'unité de mesure utilisé pour les volumes de pétrole. Cette persistance s’explique en partie par l’inertie du système: les marchés, les contrats et les statistiques sont tous basés sur le baril. Mais c'est surtout parce que le volume est une mesure plus stable que la masse. La densité du pétrole varie selon sa composition, ce qui rend la tonne moins pratique pour le commerce.

En effet, contrairement à l’eau, le pétrole n’a pas une densité fixe: un pétrole "léger" (comme certains pétroles américains) est plus fluide et moins dense, tandis qu’un pétrole "lourd" (comme certains bruts du Venezuela ou du Moyen-Orient) est plus visqueux et dense. Résultat: une tonne de pétrole peut correspondre à des volumes très différents selon le type de brut. Cela complique les comparaisons, les prix et les contrats. En utilisant le baril, qui mesure un volume constant, l’industrie évite ces variations et garde une base commune simple. Et ça fait 160 ans que ça dure.

 

 

 


Bfm/MCP, via mediacongo.net
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