
Société
Bonne fortune pour Fortunat Biselele ? À tout prendre, sans conteste. Dans un pays où liberté provisoire rime souvent avec liberté définitive, quand on a la bonne fortune d’être libéré, on ne philosophe pas.
Même si les registres sont fort différents, la relaxation de l’ancien conseiller privé du chef de l’État survient quelques jours après la libération de l’opposant Franck Diongo. Est-ce les signes avant-coureurs de la décrispation ? Sont-ce les prémices du « printemps » kinois ? Les optimistes y verront en effet ces « hirondelles » qui annoncent le beau temps. De là à rêver d’une liberté provisoirement définitive ou définitivement provisoire pour d’autres détenus à casquette politique comme Salomon Kalonda, Jean-Marc Kabund…, il n’y a qu’un pas que l’imminence des jeux de la Francophonie aide à franchir.
Les sceptiques et même les pessimistes rétorqueront, en revanche, qu’une hirondelle ne fait pas le printemps. Prudence, prudence alors. Fortunes diverses donc pour tous les « cas emblématiques » version régime Fatshi.
Renversant ? Troublant ? Paradoxal ? Oui. Mais pas à l’échelle des relations entre États. Le philosophe allemand Nietzsche n’avait pas tort lorsqu’il affirmait que « l’État est le plus froid de tous les monstres froids ». Lord Palmerston ne disait pas autre chose quand il lâcha : « l’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents ». Ce sur quoi le Général De Gaulle embraya : « les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ».
La démonstration de ce qu’on peut considérer comme la « realpolitik » nous vient de cet axe Brazzaville-Kigali qui se consolide à mesure que les rapports entre la RDC et le Rwanda se détériorent. Faisant sienne la citation de Napoléon selon laquelle la politique de chaque pays est dans sa géographie, Kigali en quête de profondeur territoriale trouve dans le voisin direct de son voisin direct une possibilité de s’aménager un autre espace vital et qui plus est, encore plus près de la capitale Kinshasa.
Symétriquement, fort de son statut de doyen des chefs d’État de la région (mis à part le Camerounais Biya bien en retrait pour des raisons évidentes et l’Equato-guinéen Obiang Nguéma), le Brazza-congolais n’ignore pas qu’il y a un bon coup diplomatico-économique à jouer dans son positionnement actuel. Ne pas avoir à choisir entre un « frère » doublé de « beau-frère » et un « ami ».
C’est bien cela la sacro-sainte loi de l’intérêt. À mille lieues de la conception angélique des relations entre États, façon tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil par laquelle s’illustre parfois Kinshasa.
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