
Politique
Le speaker n’a pas souvent sa langue en poche. C’est le principal reproche qu’on fait à Kamerhe depuis l’époque de Kabila. Devant caméras lors d’une conférence de presse avec Maxime Prévot, le chef de la diplomatie belge, le président de l’Assemblée nationale s’est exhibé en donneur de leçons,tout en arborant le costume de rassembleur. «…Mais ce que nous voulons, c’est le dialogue, le dialogue entre États, le dialogue au niveau national pour recréer aussi la cohésion nationale entre Congolais parce que le président entouré de toutes les forces politiques et sociales est plus fort qu’avec la seule majorité à l’Assemblée nationale », a-t-il conseillé.

Fidèle à sa réputation de tribun, Vital Kamerhe a dressé, aux côtés de Prévot, un bilan mitigé de récentes négociations. Selon lui, « les processus de Doha et Washington n’ont pas, à ce jour, apporté de changements significatifs sur le terrain », insistant sur l’urgence d’un cadre plus large et inclusif pour faire avancer le processus. À l’occasion, Kamerhe a évoqué la nécessité d’impliquer d’autres partenaires stratégiques. « Il faut renforcer les efforts et associer l’Afrique et l’Union européenne à une démarche plus globale », a-t-il plaidé. Le président de la Chambre basse a salué le rôle joué par Bruxelles. Il a reconnu « l’engagement clair et sincère de la diplomatie belge en faveur de la cause congolaise », appréciant cette fermeté face au Rwanda. Pour lui, la Belgique constitue un allié fiable. « J’ai apprécié la posture sans ambiguïté de la Belgique, notamment dans la défense des intérêts congolais », a-t-il lâché, en référence aux répliques de Bruxelles contre Kigali.
Concurrence éhontée
Seulement, les propos de Kamerhe soutenant le dialogue national ont fâché certains caciques du pouvoir. Le président de la Chambre basse a étalé les limites de Doha et Washington, pourtant deux trophées du succès diplomatique de Tshisekedi qu’il compte soumettre à l’Assemblée nationale pour entérinement. « Renier les accords de Washington est une dérive qui peut lui attirer la foudre », anticipe un cadre du parti présidentiel qui plaint Kamerhe pour ses égarements et son populisme débordant. En plus, désapprouve-t-il, il fait concurrence au chef de l’État. L’initiative des catholiques et protestants a été acceptée en premier par le président Tshisekedi. À la suite des discussions, une commission spéciale incluant les membres de son cabinet avait été mise en place pour approfondir les échanges avec les initiateurs. M. Tshisekedi avait recommandé d’élargir l’initiative du « Pacte social pour la paix et le bien vivre-ensemble en RDC et dans les Grands-Lacs » à d’autres courants religieux. D’où la création d’un cadre de concertation composé jusqu’ici de huit confessions religieuses et ouvert à toutes les autres confessions religieuses reconnues en RDC, sous la dénomination du Conseil inter-religieux congolais « C.I.C ».
L’ambiguïté
Il n’a pas l’habitude de soupeser ses mots. Même s’il soutient le président ou tance parfois le Rwanda et le M23, Kamerhe reste ambigu dans ses démarches pour mettre fin à la guerre. Tantôt il critique Kagame, tantôt il se livre à des accolades avec les délégués de Kigali dans des forums internationaux, bref un personnage difficile à cerner. Pourtant,la ligne du gouvernement est très claire. « Défendre les processus de Washington et de Doha » mais qui, aux yeux de Kamerhe, ne vont malheureusement pas mener à la paix.
Devant Prévot, Vital a préconisé un second souffle. Aux divergences persistantes de belligérants, le président de l’Assemblée nationale soutient l’idée d’un dialogue national qui inclurait toutes les forces politiques. Le dire devant l’hôte belge donne des points au pouvoir de Kinshasa peu engagé dans un schéma d’ouverture à l’opposition non armée. Cependant en haut lieu, certaines voix dissonantes n’approuvent pas cette option de précipiter la tenue du dialogue, lequel contraindrait, qu’on le veuille ou pas, le président à partager le pouvoir. Lui qui ne cesse de rappeler un membre de son sérail, a eu la confiance de 73 % des Congolais lors de derniers scrutins. La posture de VK risque de créer des fractures au sein de la famille présidentielle où la plupart des cardinaux s’opposent à l’idée des religieux. Pas pour rien qu’on a collé aux catholiques et protestants les délégués des autres confessions religieuses pour gripper la machine, analyse un politologue congolais. « Le principe du dialogue est acquis mais ce n’est pas encore le moment, le président Tshisekedi a encore près de trois ans de règne », glisse un cadre de l’Union sacrée remonté contre VK qu’il accuse de jouer un double jeu.
Le contrepied
Comme Bemba et Mutamba, Kamerhe voit son heure de gloire arriver. L’homme a hâte de competir en 2028. Cependant, il souhaite un processus électoral transparent. À l’Udps, personne n’est dupe. Tous savent que Kamerhe va trahir Fatshi comme il avait menti à son père ( feu Etienne Tshisekedi) en 2011. « Il sait qu’il ne sera pas le dauphin du chef et voudrait déjà s’assurer des règles du jeu », s’emporte un conseiller à la présidence.
À la permanence du parti présidentiel à Limete, le speaker de l’Assemblée nationale est vomi. Son nom ne passe pas. Une sorte d’unanimité se dégage autour de sa traîtrise et de ses positions controversées. Un certain pasteur Gully Bokwala l’avait clashé publiquement pour sa supposée complicité avec les rebelles. Dans une vidéo au ton virulent, le combattant avait même proposé sa déchéance du perchoir. Sous la pression de Mutamba aujourd’hui livré aux loups, le zélé avait été interpellé avant d’être libéré. Signe que la plupart des cadres de l’Udps partagent ce point de vue. Ils scannent de la même façon le cliché de Kamerhe, qu’ils considèrent comme ambitieux, prêt à tout pour reprendre le fauteuil présidentiel.
Dimanche dernier, une organisation pro-pouvoir dénommée « Front anti-dialogue », avait rejeté toute idée du dialogue national tendant à pousser le président à céder une partie de son pouvoir. Deux jours avant dans les colonnes du journal Ouragan, Thierry Monsenepwo n’était pas d’accord pour un dialogue qui viendrait affaiblir le président. À ses yeux, le dialogue devait avoir comme finalité la paix. Pas remettre en cause son pouvoir.
Nombreux analystes s’accordent sur une future séparation entre VK et Fatshi. A un moment, l’hypocrisie va s’arrêter. Chacun montrera son vrai visage. D’ailleurs vers 2028, le président de l’Assemblée nationale ne mettra pas longtemps ses ambitions présidentielles en sourdine, surtout que son partenaire de Cach aura déjà épuisé ses deux mandats constitutionnels.
Les prétentions du speaker de la Chambre basse ne sont pas vues d’un bon œil par les hommes de confiance du chef. Il est clair que l’Udps ambitionne de conserver le pouvoir. Le président mise sur un bon cheval qu’il choisira au moment opportun. Ainsi, pour mater la fronde, les durs à cuire n’hésiteront pas à évincer le pion gênant. Financièrement, Kamerhe est bloqué à la Chambre basse, nous dit-on. On ne lui donne pas les moyens que Mboso. « Il ne faut pas surtout enrichir un futur conquérant », ironise un élu allié de l’Udps. Entre-temps, des rumeurs enflent déjà à l’hémicycle sur la mise à l’écart de VK à la prochaine session de septembre. Une pétition serait déjà en gestation même si toutes les sources contactées par Ouragan n’ont pas révélé l’identité de la personne qui portera l’initiative. Seule certitude, la fin de règne de Kamerhe n’est plus loin. Les conservateurs du pouvoir ne supportent plus les affronts que le leader de l’UNC fait subir à leur guide suprême. Ils souhaitent tourner au plus vite sa page.
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Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale @Photo Droits tiers.